Budget 2020 : un peu mieux que les années précédentes

1. Franck Riester présentant son budget 2020
Photo : Didier Rykner
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La présentation du budget du ministère de la Culture (ill. 1) est un exercice difficile à commenter. Les ministres parlent en effet toujours d’un avenir très hypothétique, avec des chiffres - ceux du projet de loi de finance - qui ne reflètent que très imparfaitement le budget réellement exécuté. Il serait souhaitable qu’un point soit d’abord effectué pour examiner ce budget réel par rapport à ce qui était annoncé. C’est ainsi que nous disposons aujourd’hui des vrais chiffres de 2018, qu’il faut comparer à ceux annoncés en septembre 2017, même si ce n’était pas par le ministère actuel.

Avant de parler du budget 2020, nous nous sommes donc penché sur l’exécution du budget 2018 tel qu’on le trouve sur le site de la performance publique. Et de manière plutôt satisfaisante, la mission patrimoine ne s’en sort pas trop mal par rapport à ce qui était annoncé. Pour les autorisations d’engagement, la différence entre le projet de loi de finance et l’exécution est certes conséquente (elle est de - 9,7% pour l’ensemble de la mission, et de - 9,4% pour le patrimoine monumental), mais les crédits de paiement exécutés, le chiffre sur lequel on doit se baser puisqu’il s’agit de l’argent effectivement dépensé sur l’exercice, sont bien ceux qui étaient prévus sur l’ensemble de la mission, même si pour le patrimoine monumental ils ont tout de même légèrement diminué de - 1,63%.
Cela n’est sans doute pas satisfaisant, car l’on sait que les besoins sont infiniment plus importants, mais au moins ce qui était annoncé n’est pas trop différent de ce qui a été fait, ce qui est déjà un bon point. C’est loin d’être toujours le cas comme nous l’avons expliqué à plusieurs reprises, par exemple dans cet article.


2. Évolution du budget 2020, mission patrimoine
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Nous ne savons pas encore quel sera le budget exécuté en 2019, mais il est probable que, grâce au loto du patrimoine et à la mission Bern, le constat de l’écart entre ce qui était annoncé et ce qui a été exécuté soit plutôt bon.
Quant au budget 2020 (ill. 2), si l’on est encore bien loin des vrais besoins, un véritable effort est annoncé dont il faudra vérifier qu’il sera mis en œuvre. C’est ainsi qu’est prévu dans le projet de loi de finance 1002 millions (un peu plus d’un milliard donc) pour l’ensemble de la mission patrimoine (c’est-à-dire le patrimoine monumental, l’architecture, les musées, les archives et l’archéologie).

Mais le ministère ne peut s’empêcher de compliquer ce qui devrait (ou qui pourrait) être simple. Ainsi, il compare le montant prévu dans la loi de finance 2020 à la loi de finance initiale 2019, alors que la comparaison devrait être avec le projet de loi de finance 2019. Même si cette approximation est fréquente (d’autres ministères la pratiquent), elle témoigne d’un manque de rigueur. Surtout, il fait une erreur de calcul. Il affiche en effet une augmentation des crédits de paiement de la mission patrimoine de 27,5%, ce qui serait considérable. Or, 92,3/909,6 n’a jamais fait 27,5%, mais 10,1% ce qui n’est pas tout à fait la même chose. En réalité, il aurait donc fallu comparer 1001,9 (crédits de paiement du PLF 2020) à 893,7 (crédits de paiement du PLF 2019), ce qui fait 10,8%, soit un tout petit peu plus que 10,1%, mais toujours nettement moins que 27,5%.
Ce n’est pas la seule erreur : la restauration des MH grands projets passe de 34,5 à 38,3 millions, et on lit dans le tableau que cela correspond à une augmentation de 97,9%…
On constate donc que le ministère semble fâché avec les chiffres ce qui tempère un peu la bonne surprise de cette augmentation, sur le papier, de 10,8%. On attend de voir ce que cela donnera lors de l’exécution.

Les crédits de paiement prévus pour le patrimoine monumental augmentent bien, eux, de 21,9%, ce qui est important, mais seulement de 1% pour l’entretien et la restauration des monuments historiques hors grands projets. Villers-Cotterêts bénéficie de 30 millions, ce qui est une excellente chose comme nous l’avons déjà écrit (voir l’article), mais on aimerait davantage de détails pour voir à quoi profitent les 42,6 millions d’augmentation qui ne concernent ni Villers-Cotterêts, ni l’entretien et la restauration des monuments historiques. Remarquons que la restauration de Notre-Dame, entièrement payée par le mécénat, se trouve hors du périmètre du projet de loi de finance.

Ce budget demeure très insuffisant d’autant que l’on pourrait avoir au moins 900 millions, rien que pour le patrimoine monumental, et sans effort budgétaire supplémentaire, si l’on se décidait à mettre en œuvre les deux mesures que nous suggérons (voir cet article) et que le ministère ne semble pas prêt à vouloir étudier [1]. Il est néanmoins orienté dans le bon sens. Mais il faut signaler deux points particulièrement inquiétants, sur lesquels nous avons interrogé le ministre, qui ne nous a pas vraiment rassuré.

Le premier concerne le Louvre. Dans un souci de mieux répartir « l’allocation des moyens du ministère entre Paris et les régions », la dotation de ce musée va encore diminuer de 11 millions en 2020, ceci devant être compensé par « la dynamisation de sa trajectoire de recettes propres ». On sait ce que cela veut dire [2], alors que la direction du musée s’avère absolument incapable de le maintenir à flot, avec notamment des fermetures de salles jamais vues depuis au moins trente ans (voir cet article). Franck Riester a indiqué que des changements auraient lieu prochainement, les règles de gestion des emplois du Louvre devant être modifiées. Nous craignons fortement que cela soit insuffisant, surtout avec encore 11 millions de moins.

Le second a trait aux trésors nationaux. Non seulement beaucoup d’œuvres sortent de France dotées d’un certificat d’exportation alors que celui-ci devrait leur être refusé pour 30 mois, mais un grand nombre de chefs-d’œuvre majeurs, et forcément très chers, sont actuellement retenus temporairement. On peut citer les deux paysages de Fragonard (voir la brève du 15/5/17) dont le refus de certificat va arriver à échéance très prochainement (et qui risquent de sortir de France) ; le dessin de Léonard de Vinci (voir l’article) que, à notre avis à tort, le Louvre tente d’acheter ; deux panneaux de Giovanni Bellini dont nous parlerons bientôt ; un dessin de Michel-Ange sur lequel nous publierons un article d’ici demain ; et surtout ce chef-d’œuvre absolu qu’est le Porte-Étendard de Rembrandt (voir la brève du 22/4/19).
Or, le poste intitulé « Acquisition et enrichissement des collections publiques » demeure depuis des années au niveau désespérément bas d’à peine 10 millions d’euros, après avoir été divisé par deux il y a quelques années (voir l’article). Il est vrai que le ministère préfère dépenser des millions à envoyer en province des œuvres numérisées (voir l’article) plutôt que des œuvres réelles qu’elle pourrait acquérir pour les musées en région.
Franck Riester a cependant affirmé que le dispositif d’acquisition des trésors nationaux pour les musées par des entreprises, avec 90% de déduction fiscale, ne serait pas touché par la réforme du mécénat en cours. Cela est une bonne chose, mais encore faut-il trouver les mécènes, ce que le ministère semble de moins en moins capable de faire. Au moins aura-t-il, cette année, présenté le meilleur budget que l’on ait vu depuis plusieurs années. On apprend à se contenter de peu.

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