L’Apothéose du Génie. Les Expositions Universelles, leurs artistes et leur esprit

Paris, Galerie Aveline, du 11 septembre au 19 octobre.

1. Eugenio Bellosio (1847-1927)
L’Apothéose du Génie, 1900
Pièce centrale en vermeil, bronze patiné et émail - 110 x 94 cm (détail)
Brême, Galerie Neuse
Photo : Galerie Neuse
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Qu’est-ce que l’Apothéose du Génie ? L’exposition que la galerie Neuse organise à Paris, dans les salons de la galerie Aveline, emprunte son titre qui pourrait au premier abord sembler pompeux à l’œuvre phare de la sélection présentée jusqu’à mi-octobre. Il s’agit d’un objet (ill. 1) grandiose, conçu par l’orfèvre italien Eugenio Bellosio pour la plus fastueuse des grandes expositions universelles : celle de 1900, organisée à Paris, qui vit le triomphe de la fée électricité ! Réalisée à Milan avec le but assumé d’impressionner les visiteurs de l’exposition, L’Apothéose du Génie justifie à elle seule le surnom donné à son auteur, qualifié de « Cellini de Lombardie ». Montagne de vermeil, de bronze patiné et d’émaux, cette pièce exceptionnelle (ill. 2 et 3) symbolise idéalement les principes mis en œuvre lors des expositions universelles, dont trente-six des pays participants en 1900 sont représentés sur la base par une série d’écussons émaillés.


2. Eugenio Bellosio (1847-1927)
L’Apothéose du Génie, 1900
Pièce centrale en vermeil, bronze patiné et émail - 110 x 94 cm (détail)
Brême, Galerie Neuse
Photo : Galerie Neuse
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3. Eugenio Bellosio (1847-1927)
L’Apothéose du Génie, 1900
Pièce centrale en vermeil, bronze patiné et émail - 110 x 94 cm (détail)
Brême, Galerie Neuse
Photo : Thierry Malty
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Installée à Brême, en Allemagne, la galerie Neuse est désormais l’un des piliers de la Tefaf, la foire de Maastricht, où elle occupe à chaque édition un grand stand. C’est dans le même esprit qu’a été conçue cette présentation parisienne, avec des objets peut-être encore plus spectaculaires mais surtout une mise en scène (ill. 4 et 5) particulièrement évocatrice. C’est en effet au célèbre décorateur François-Joseph Graf qu’a été confié le décor éphémère qui sert d’écrin aux trésors de la galerie Neuse. Ce dernier fut naguère chargé de la conception de plusieurs stands de l’ancienne Biennale des Antiquaires, sous la verrière du Grand Palais, voire de la scénographie de la foire toute entière. A plus petite échelle, même si l’exposition parisienne se compose d’une enfilade de pièces, c’est l’esprit des années fastes de ce qui était autrefois la manifestation phare du marché de l’art européen que l’on retrouve ici. Mais ce regard rétrospectif, certainement nostalgique, est surtout convoqué pour restituer l’atmosphère des stands des grandes expositions universelles. L’ambiance recréée sert donc à merveille les objets présentés, qui sont tous des chefs-d’œuvre absolus de l’historicisme du XIXe siècle à son apogée.


4. Vue de l’exposition L’Apothéose du Génie
Photo : Thierry Malty
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5. Vue de l’exposition L’Apothéose du Génie
Photo : Thierry Malty
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Il faut absolument visiter cette exposition - gratuite, comme dans toutes les galeries - et se laisser emporter par l’éclat des émaux, le scintillement des dorures ou la virtuosité des ciselures. Les matières les plus nobles, parfois modelées par les techniques les plus novatrices pour l’époque, ont été confiées aux mains les plus expertes de leurs temps. Énumérer chaque objet serait fastidieux : il faut seulement souligner qu’on y trouve à la fois des pièces françaises, italiennes, germaniques, britanniques ou espagnoles. Toute l’Europe des métiers d’art est représentée dans cette quête onirique d’un idéal esthétique puisant largement son inspiration dans les sources anciennes ou les modèles historiques. On redécouvre place Beauvau des objets dont on se demande presque s’ils sont vraiment à vendre mais qu’on aimerait évidemment voir enrichir les collections de nombreux musées. Beaucoup d’entre eux regardent tellement le Moyen Age ou la Renaissance qu’on en serait presque tenté d’oublier qu’ils ont été imaginés à l’heure de la Révolution industrielle, au prix de nombreuses heures de travail.

Le catalogue bilingue publié à l’occasion de l’exposition, qui reproduit la grande majorité des pièces exposées, est également muni de quelques essais passionnants et d’une très belle préface d’Olivier Gabet, directeur du musée des Arts décoratifs de Paris, dont il n’est pas interdit de méditer la conclusion : « Ne reconnaît-on pas immédiatement un chef-d’œuvre décoratif du XIXe siècle ? Un siècle qu’il faut apprendre à connaître et ne jamais cesser d’aimer... »


Collectif, L’Apothéose du Génie. Les Expositions Universelles, leurs artistes et leur esprit, Schünemann, 2019, 160 p., 24,90 €, ISBN : 9783796110887


Informations pratiques Galerie Aveline, Place Beauvau, 94 Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris. Tél : +33 (0)1 42 66 60 29. Ouvert du lundi au samedi de 10h à 19h.
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