Achat, don et dépôts au musée de l’École de Nancy

19/4/19 - Acquisitions - Nancy, musée de l’École de Nancy - Trois dépôts de l’arrière petit-fils d’Émile Gallé, Alain Bourgogne, viennent enrichir provisoirement le très riche fonds Émile Gallé déjà conservé par le musée de l’École de Nancy. Il s’agit d’une coupe et de deux vases tardifs. A cette époque, les pièces de verrerie n’étaient plus réalisées dans la cristallerie de Meisenthal en Allemagne mais dans celle qui a été adjointe aux Etablissements Gallé en 1894. L’innovation technique était alors à son paroxysme. Parmi les nombreuses inventions, la marqueterie de verre, expérimentée à Meisenthal depuis 1887-1889, était désormais parfaitement maîtrisée et mise en œuvre à grande échelle à partir de 1897-1898. Le 26 avril 1898, Émile Gallé en déposa le brevet d’invention à l’Institut national de la propriété industrielle. Si la technique est simple dans son principe - il s’agit d’insérer dans le verre encore à l’état pâteux des fragments de verre de différentes couleurs -e sa réalisation est particulièrement périlleuse. Après 1904, à la mort d’Émile Gallé, elle sera abandonnée.


1. Émile Gallé (1846-1904)
Coupe à décor d’orchidée
Verre, marqueterie de verre, décor gravé
17 x 17 cm
Nancy, musée de l’École de Nancy
Photo : musée de l’École de Nancy
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2. Émile Gallé (1846-1904)
Vase à deux anses à décor de nénuphars,
vers 1898-1900
Verre, marqueterie de verre, décor gravé
32 x 25 cm
Nancy, musée de l’École de Nancy
Photo : musée de l’École de Nancy
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La coupe à décor d’orchidée et le vase à anses à décor de nénuphars qui rejoignent les collections du musée en sont deux illustrations. Tous deux déploient des motifs floraux, sujets principaux de l’œuvre de Gallé qui était aussi botaniste. La fleur d’orchidée très réaliste se déploie sur la panse de la coupe dans des tonalités translucides de roses, d’orangés et de jaunes. Cette plante était celle qui le passionnait le plus. Il lui dédia des essais scientifiques et la déclina à de multiples reprises, qu’il s’agisse de reproductions strictement scientifiques ou de représentations plus allégoriques d’orchidées lorraines ou tropicales. Autre thème récurrent, le nénuphar émerge sur la panse du vase à anses depuis un réseau de lignes horizontales ondulantes figurant, sur la base, un milieu aquatique. La fleur de nénuphar est ici figurée à différents stades de floraison, autre constante de l’œuvre d’Émile Gallé qui, du bouton de la naissance à la décrépitude de la fleur fanée, se plut à évoquer les différents « âges de la vie ».


3. Émile Gallé (1846-1904)
Vase à décor de lys, 1903
Verre, application, décor gravé, socle en métal
34 x 16 cm
Nancy, musée de l’École de Nancy
Photo : musée de l’École de Nancy
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Le vase à décor de lys, le troisième concerné par le dépôt, illustre également cette dimension symbolique du décor devenu vanité. La fleur de lys est apposée en application autour de la panse dans des tonalités claires de blanc et de jaune. Elle est représentée, dans un grand réalisme, sous trois formes, en bouton, épanouie puis se fanant. Le vase repose sur un socle en métal. Émile Gallé, à l’instar d’autres artistes Art nouveau, ajoutait souvent à ses verreries des socles en bois, en métal ou en verre qui pouvaient être permanents ou temporaires.


4. Atelier Gallé
Étude de fleurs pour vase avec annotations de Gallé
Aquarelle et gouache
Nancy, musée de l’École de Nancy
Photo : musée de l’École de Nancy
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5. Victor Prouvé (1858-1943)
Étude pour le vase Les Hommes noirs
Crayon noir
Nancy, musée de l’École de Nancy
Photo : musée de l’École de Nancy
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Parallèlement à ces dépôts, le musée de l’École de Nancy a acheté aux descendants de Jean Rouppert un ensemble de trois cents dessins issus de l’atelier des dessinateurs des Établissements Gallé. Jean Rouppert y travailla de 1913 à 1924, d’abord comme décorateur sur verre puis comme dessinateur et professeur de dessin pour les apprentis. Lorsqu’il quitta l’entreprise, en désaccord avec son directeur Paul Perdrizet, il emporta avec lui un ensemble conséquent de ses propres dessins mais aussi ceux d’anciens et d’actuels dessinateurs de l’atelier. Ce fonds vient compléter un ensemble déjà conséquent de dessins de l’atelier Gallé entré au musée de l’École de Nancy grâce au don du petit-fils d’Émile Gallé, Jean Bourgogne, en 1981. Le musée d’Orsay conserve lui aussi un important ensemble de ces dessins qui lui fut offert également par Jean Bourgogne en 1986.

Les dessinateurs, réunis en atelier, transposaient sur le papier les idées des directeurs artistiques avant leurs réalisations matérielles. Documents préparatoires, leurs dessins n’ont pas toujours été bien conservés. Certaines feuilles sont pliées, trouées ou déchirées. Le fonds acquis est d’une très grande diversité chronologique, technique et thématique. Aux côtés de Jean Rouppert, les auteurs sont nombreux et pas toujours identifiés puisque les dessins ne portaient aucune signature et usaient d’un style commun, l’inventivité individuelle n’ayant pas le droit de cité. Ils portent tout au plus le tampon Cristallerie Gallé ou la mention Atelier Gallé apposés à des fins juridiques. Ils sont principalement réalisés à l’aquarelle, au crayon, à l’encre, à la gouache et au lavis sur divers papiers et plus rarement sur du calque. Ils concernent essentiellement la production en verre et plus rarement la céramique et l’ébénisterie. Ils peuvent être des études d’ensemble ou de détails et parfois des représentations d’œuvres abouties.

Parmi eux, un dessin préparatoire, dont l’auteur n’est pas identifié, développe le motif du vase à anses à décor de nénuphars dont nous avons parlé ci-dessus tandis qu’une étude de Victor Prouvé est à rapprocher du vase d’Émile Gallé intitulé Les Hommes noirs dont le musée de l’École de Nancy et le Corning Glass Museum conservent chacun un exemplaire. Présenté à l’Exposition universelle de 1900, il est l’une des œuvres les plus militantes d’Émile Gallé qui y prend la défense du capitaine Dreyfus, Les Hommes noirs représentant les juges et les militaires l’ayant condamné. Enfin citons les nombreux dessins de Jean Rouppert parmi lesquels trois grands types se distinguent : les études de fleurs - qui se rapprochent de planches encyclopédiques -, les projets préparatoires de vases ou de lampes et les projets avec motif animalier.


6. Victor Prouvé (1858-1943)
Portrait de Thérèse Gallé enfant, vers 1880
Huile sur toile
Nancy, musée de l’École de Nancy
Photo : musée de l’École de Nancy
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Signalons pour finir le don, toujours par Alain Bourgogne, arrière petit-fils d’Émile Gallé, d’un portrait de Thérèse Gallé enfant par Victor Prouvé. Le musée de l’École de Nancy conserve plusieurs portraits de la famille Gallé peints par Victor Prouvé. Les deux familles étaient liées depuis la génération précédente, Gengoult Prouvé, le père de Victor, ayant été modeleur céramiste chez Charles Gallé. Thérèse, la fille aînée d’Émile et Henriette Gallé est représentée à mi corps dans un format oval. Sa posture dynamique, les mains appuyées sur diverses fleurs disposées au premier plan, confère une spontanéité à la pose qu’appuie encore la mèche bouclée de cheveux s’échappant sur le front. Victor Prouvé l’avait déjà représentée peu de temps auparavant aux côtés de sa sœur Lucile et les représentera de nouveau en 1889 accompagnées de leur sœur cadette Claude. Ce tableau a également été offert au musée de l’École de Nancy par Alain Bourgogne en 2012. Leurs parents furent eux aussi peints par Victor Prouvé, Henriette Gall-Grimm en 1880 et Émile Gallé en 1892 dans un très beau portrait, attablé parmi ses verreries et ses chères orchidées.

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