Acquisitions récentes du Musée des Avelines à Saint-Cloud

1. Pierre-Georges Jeanniot (1848-1934)
Le Voyageur se trouve mal
et est obligé de s’asseoir
, 1883
Encre de chine, mine de plomb,
rehauts de blanc - 25,9 x 15,6 cm
Saint-Cloud, Musée des Avelines
Photo : Musée des Avelines
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6/8/12 - Acquisitions - Saint-Cloud, Musée des Avelines - Plusieurs œuvres du XIXe siècle ont rejoint les cimaises du musée des Avelines depuis la dernière brève que nous avions publiée en août 2011. Deux d’entre elles sont de la main d’artistes clodoaldiens, Édouard Dantan et Gaston La Touche, les autres évoquent Saint-Cloud, qui n’attira pas seulement les princes, les rois et les empereurs, mais aussi les Parisiens en quête de verdure et de sport nautique.

Seize feuilles de Pierre-Georges Jeanniot ont été achetées à la librairie Chrétien, faubourg Saint-Honoré à Paris. Il s’agit de dessins originaux pour les illustrations du Voyage de Saint-Cloud par mer et par terre de Louis-Balthazar Néel, réédité en 1884. L’ouvrage, qui fut publié pour la première fois en 1748, détourne le genre du récit de voyage pour railler les pérégrinations du parisien nigaud que les dessins de Jeanniot traduisent avec beaucoup d’humour et un sens du pittoresque savoureux. En guise d’introduction, le premier montre un peintre portraiturant « l’aventurier ». Les suivants décrivent le voyageur avant son départ, qui fait quelques visites « utiles » puis déguste un verre de vin à table et va payer son perruquier. Une fois embarqué, il déjeune au pied du grand mât et a la bonne idée de s’asseoir sur des cordages nouvellement goudronnés ; soudainement ému par deux villes, Vaugirard et Issy, qu’il aperçoit depuis le pont du navire, il est pris d’un malaise (ill. 1) : « je changeai de couleur, et me trouvai si mal que je fus obligé de m’asseoir. Plusieurs passagers s’en aperçurent, et me demandèrent ce que j’avois, si ce n’étoit point l’effet de ma chute, ou l’air de la mer ? Les uns me badinèrent, et d’autres me plaignirent : cependant un d’eux qui me parut s’intéresser le plus à moi, tira mon flacon de la poche et m’en frotta les tempes (…) Je viens d’entendre nommer deux Villes qui m’ont touché de bien près ; l’une m’a ravi impitoyablement ce que l’autre avoit pris plaisir à me donner… ». Le voyageur finit par débarquer au port de Sèvres et par retrouver la belle Henriette, aboutissement de son voyage, et surprend au passage des amoureux au bois de Boulogne. Deux dessins non édités complètent la série : l’un représente le voyageur baisant la main d’Henriette et l’autre le montre courant d’un point à un autre.

2. Jean-Louis Petit (1795-1876)
Course d’avirons sur la Seine près de Saint-Cloud, 1849
Huile sur toile - 56 x 93 cm
Saint-Cloud, Musée des Avelines
Photo : Musée des Avelines
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Dix de ces dessins sont accompagnés de leur gravure. L’ensemble, montré à l’occasion de l’exposition Un dimanche à Saint-Cloud entre le 14 juin et le 22 juillet 2012, vient compléter la collection des Avelines, riche d’une vingtaine de gravures – de Daumier, Vernet et bien d’autres - sur le thème du voyage à Saint-Cloud au XIXe siècle. Le musée possède en outre un exemplaire de la deuxième édition de 1878 du récit de Néel (complété par Augustin-Martin Lottin), accompagné de douze eaux fortes par Jules Adeline.
Pierre-Georges Jeanniot, ami de Degas, dont on devine l’influence dans un nu d’Orsay, fut peintre de la vie mondaine en plus de ses talents de dessinateur et de graveur. Il illustra de nombreux ouvrages, des Liaisons dangereuses à Candide, en passant par Tartarin de Tarascon, collabora aux revues La Vie Moderne, La Lutte Moderne, Le Rire ou encore L’Echo de Paris, et devint directeur du Journal amusant.

3. Edouard Dantan (1848-1897)
Autoportrait, 1870
Pastel - 72 x 63 cm
Saint-Cloud, Musée des Avelines
Photo : Musée des Avelines
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Également acquise par les Avelines en 2011, la Course d’avirons sur la Seine près de Saint-Cloud est une peinture de Jean-Louis Petit, achetée auprès d’Art Valorem à Paris, dans une vente de gré à gré (ill. 2). Surtout connu pour sa série des ports de la Manche, qu’il met en scène par temps de tempête et sous une lumière crépusculaire, Petit peignit aussi, entre 1845 à 1850, quelques vues de Paris et de sa région, choisissant souvent le motif du pont, celui de la Concorde, le pont Louis XV ou comme ici le pont de Sèvres, que l’on aperçoit en arrière-plan, souligné par un rayon de soleil. Emmanuelle Le Bail signale un tableau de Samuel-William Reynolds conservé au musée de Chantilly, qui reprend le même point de vue que celui-ci, permettant, si besoin est, de confirmer la localisation topographique. Cette huile rappelle en outre que l’aviron devint un sport amateur très populaire au XIXe siècle et passionna toutes les classes sociales. Le canotage se développa à Paris dans les années 1830-1840 ; une rivalité naquit d’ailleurs entre les canotiers plus enclins aux promenades, et ceux qui considéraient l’aviron comme une activité sportive des plus sérieuses. En 1834, furent organisées les premières courses parisiennes en canots. D’autres œuvres, comme les Régates à Asnières d’Antony Morlon (un peu plus tardives) évoquent ces courses ; mais si Morlon s’attache à observer la foule sur les rives, Jean-Louis Petit réalise avant tout une peinture de paysage, avec un bel effet de lumière.

Cette toile vient compléter les différentes visions de Saint-Cloud que conserve le musée, notamment une Vue de Saint-Cloud et du Mont Valérien à travers le pont de Sèvres, par Sarazin de Belmont. Édouard Dantan quant à lui, fournit une image hivernale de sa ville, dans un tableau acquis l’année dernière, qui a été complété depuis peu par le don d’un Autoportrait (ill. 3), resté jusqu’ici dans la descendance de l’artiste, comme les trois autres autoportraits que l’on connaît de lui ; l’un d’eux, réalisé trois ans plus tard, est d’ailleurs très comparable à celui des Avelines et démontre l’évolution de l’artiste, qui arrive à donner plus de vie et de force à son tableau sans pourtant changer la composition.
Fils de Dantan l’aîné, neveu de Jean-Pierre, Édouard Dantan appartient à une famille de sculpteurs clodoaldiens, bien représentés au musée. Et s’il préféra la peinture, il intégra la sculpture dans ses toiles, avec un succès considérable. Élève d’Isidore Pils puis d’Henri Lehmann à l’École des Beaux-Arts, il fut à la fois peintre de décorations murales, de scènes de genre et illustrateur. Il peignit des sujets religieux jusqu’en 1878, dont L’Annonce aux bergers et La Vocation des apôtres Pierre et André (dépôt de l’Hôpital de Saint-Cloud [1]), conservées au musée des Avelines qui possède également - outre deux vues de Saint-Cloud - des roses trémières au pastel, technique que l’artiste pratiqua beaucoup. Mais Dantan fut aussi un portraitiste talentueux et prolifique à la recherche d’instantanéité et cet autoportrait permet ainsi d’évoquer un autre aspect de sa production.

4. Gaston La Touche (1854-1913)
Les Amoureux, 1893
Pastel - 80 x 48 cm
Saint-Cloud, Musée des Avelines
Photo : Musée des Avelines
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Artiste de Saint-Cloud, que connaissait d’ailleurs Dantan, Gaston La Touche, fréquenta le quartier de la Nouvelle Athènes à Paris, se lia avec Édouard Manet et Félix Bracquemond, sous l’influence duquel sa palette s’éclaira et sa peinture se fit moins réaliste, au profit de sujets inspirés des fêtes galantes, tirées de Watteau, Boucher, et du XVIIIe siècle français en général. Puvis de Chavannes lui aussi marqua le peintre. Le musée a acheté en 2012, auprès de la galerie Étienne Bréton, un lumineux pastel intitulé Les Amoureux, dans lequel cette transition stylistique se fait sentir (ill. 4). Peut-être préparatoire à un tableau conservé dans une collection privée madrilène, l’œuvre montre un couple enlacé, détouré par la lumière, qui se fond dans des couleurs à la fois chaudes et automnales que l’on retrouve dans Les Amants et les cygnes. Des amours secrètes, peut-être, comme le suggère l’attitude de la femme qui résiste et se détourne. L’atmosphère de l’œuvre madrilène est assez différente : plus précise, elle place les amoureux sur le côté, dans un écrin de verdure bien défini quoique vaporeux et une lumière plus douce et plus réaliste.
Le musée des Avelines consacre tout un espace à La Touche, de La Pêche miraculeuse, au portrait à l’aquarelle de Joseph Cirasse, et prépare en outre une rétrospective de son œuvre qui devrait avoir lieu en 2014. Signalons enfin que l’Hôtel de Ville de Saint-Cloud est décoré par plusieurs compositions de l’artiste.

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