Acquisitions récentes du Musée des Avelines à Saint-Cloud

9/8/11 Acquisitions – Saint-Cloud, Musée des Avelines - Les récentes acquisitions du musée des Avelines à Saint-Cloud montrent encore une fois que l’institution reste fidèle à sa vocation de mettre en valeur le patrimoine local.
Offert par Etienne Breton en 2010, un livre-objet s’ouvre en son centre sur deux aquarelles de Guillaume Dubufe, enchâssées dans des reliures, figurant la pieuse Marguerite au jardin et à l’église avec, en guise de légendes, de courts extraits du fameux opéra de Charles Gounod, oncle de l’artiste (ill. 1 et 2). Comme en témoigne un portrait du compositeur esquissé au crayon sur la page d’ouverture, ce livre lui fut offert par son neveu, probablement à l’occasion de la 500e représentation de Faust.


1. Guillaume Dubufe (1853-1909)
Marguerite au jardin, 1887
Aquarelle - 83 x 57 cm
Saint-Cloud, Musée des Avelines
Photo : Musée des Avelines
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2. Guillaume Dubufe (1853-1909)
Marguerite à l’église,1887
Aquarelle - 83 x 57 cm
Saint-Cloud, Musée des Avelines
Photo : Musée des Avelines
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Fils d’Edouard et petit-fils de Claude-Marie Dubufe, Guillaume fut à la fois l’un des fondateurs du salon des aquarellistes et un peintre décorateur de renom, passant ainsi du minutieux au monumental avec une facilité déconcertante. On pourrait d’ailleurs entreprendre une visite de Paris sur le thème des plafonds qu’il décora, en commençant par le foyer de la Comédie française (1885), puis la galerie Lobau de l’Hôtel de Ville (1891) et la salle des fêtes du palais de l’Elysée (1894), pousser jusqu’à la Bibliothèque de la Sorbonne (1896) et finir gare de Lyon avec le restaurant le Train bleu (1902).
Gounod quant à lui, séjourna régulièrement à Saint-Cloud, notamment chez les Zimmerman, ses beaux-parents [1], c’est pourquoi le musée des Avelines lui consacre tout un espace, dans lequel on peut admirer un buste du compositeur par Carpeaux, acquis en 2008 (voir l’article), que vient documenter une lettre entrée dans les collections en mai 2010, dans laquelle le sculpteur évoque l’achat de ce buste par Angèle Duglé, nièce de Gounod.

3. Jean-Pierre Dantan dit le jeune (1800-1869)
Autoportrait, 1835
Bronze - 47,4 x 29 x 27,3 cm
Saint-Cloud, Musée des Avelines
Photo : Musée des Avelines
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Un don des Amis du musée vient lui aussi compléter judicieusement les collections : il s’agit d’un autoportrait de Jean-Pierre Dantan, dit le jeune, membre aujourd’hui le plus connu d’une autre dynastie d’artistes (ill. 3) : son père, sculpteur ornemaniste, travaillait le bois et son frère Antoine-Laurent dit l’aîné remporta le Prix de Rome de sculpture en 1828 ; quant à son neveu, Edouard, il choisit non le burin mais le pinceau (voir l’article).
Jean-Pierre Dantan suivit les cours de Bosio à l’Ecole des Beaux-Arts en 1823, puis exposa au Salon dès 1827, avant d’accompagner son frère en Italie, et revint finalement à Paris en 1830. Contemporain de David d’Angers et d’Honoré Daumier, il fut un portraitiste recherché, dessinant et sculptant aussi bien des caricatures - qui firent son succès - que des effigies plus sérieuses - qui assurèrent sa subsistance. Son premier portrait-charge fut en 1827 celui du peintre César Ducornet [2], suivi d’une longue série, qui inspira sans doute Daumier pour ses Célébrités du Juste Milieu. Hommes politiques, mais surtout acteurs, musiciens, écrivains... Dantan conçut des centaines de petits bustes de vingt à soixante centimètres, diffusés par des lithographies, exposés dans son « musée Dantan » et vendus en plâtre ou en bronze, qu’il signait sous forme de rébus : une dent et une allégorie du Temps représenté jeune (voir l’article). Il épinglait ou saluait ainsi le tout-Paris, de Berlioz à Hugo en passant par Cicéri peintre et décorateur de théâtre, ou encore Pierre Duval Le Camus, artiste de Saint-Cloud auquel le musée a consacré récemment une exposition (voir l’article). S’il réalisa aussi des autoportraits caricaturaux [3], celui des Avelines est moins courant par son caractère réaliste ; cette étude fidèle de ses traits renvoie peut-être à l’intérêt du sculpteur pour la phrénologie. Cet autoportrait, dont l’épreuve en bronze date de 1835 et l’original de 1830, est exposé dans une salle consacrée aux artistes clodoaldiens et plus particulièrement à la dynastie Dantan. On peut ainsi y découvrir un autre portrait « sérieux » de Jean-Pierre : celui du maréchal Bugeaud, marquis de la Piconnerie, duc d’Isly, ainsi qu’un portrait de Charles X par Antoine-Laurent qui s’installa à Saint-Cloud dès 1865.

4.Edouard Dantan (1848-1897),
Le Clocher de l’église de Saint-Cloud, effet de neige, 1894
Pastel - 70 x 92,5 cm
Saint-Cloud, Musée des Avelines
Photo : Musée des Avelines
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Edouard Dantan enfin est l’un des favoris du musée qui lui consacrera une exposition en 2012 [4]. Un pastel intitulé Le Clocher de l’église de Saint-Cloud, effet de neige, acquis en 2011 (ill. 4), vient compléter les quatre peintures déjà conservées dans les collections et peut ainsi être mis en regard avec La Gare de Saint-Cloud (1880). Edouard Dantan suivit les enseignements d’Isidore Pils et d’Henri Lehmann à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris, tenta vainement d’obtenir le prix de Rome et se contenta d’une médaille d’or à l’Exposition universelle de 1889. D’abord peintre d’histoire, comme en témoignent L’Annonce faite aux bergers et La Vocation des apôtres Pierre et André, il se tourna progressivement vers une peinture moins académique, peignant avec un certain naturalisme des scènes de genre, des paysages, des marines ; il réalisa également des décorations murales et des illustrations d’ouvrages.

Les artistes du XXe siècle ne sont pas en reste et le musée peut se targuer d’être un centre de référence pour l’œuvre de Jean Chièze, depuis que l’association qui porte son nom et dont le but est d’encourager la gravure sur bois, a donné aux Avelines l’ensemble de son fonds patrimonial, soit 404 éléments dont 101 gravures, 8 dessins, 95 livres illustrés et 193 matrices, en bois et sur plaque de métal (ill. 5) ; par ailleurs, 4 autres gravures d’Albert Decaris (1901-1988) représentent Jean Chièze. La richesse de cet ensemble permet d’expliquer clairement la gravure sur bois en exposant côte à côte matrices, gravures et livres illustrés, tout en mettant en valeur l’œuvre figurative de ce graveur qui vécut à Saint-Cloud de 1939 à 1970, et dont le musée possédait déjà un fonds important.


5. Jean Chièze (1898-1975)
Paysans vivarois17/30
Gravure en bois de bout - 39 x 32 cm
Saint-Cloud, Musée des Avelines
Photo : Musée des Avelines
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6. Octave Denis Victor Guillonnet (1872-1967)
Les Paons à la fontaine
Pastel, 38 x 28 cm
Saint-Cloud, Musée des Avelines
Photo : Musée des Avelines
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D’Octave Guillonnet enfin, un lumineux pastel intitulé Les Paons à la fontaine a été offert par Elisabeth et Jacques Foucart (ill. 6). Le peintre, qui réalisa des paysages aux couleurs chatoyantes, notamment des vues du parc de Saint-Cloud, est également connu pour ses grandes compositions décoratives, dont celle qu’il réalisa pour le ministère des Affaires étrangères du Venezuela. Ce pastel révèle les affinités stylistiques qui lient l’artiste à Gaston Latouche (1854-1913) peintre clodoaldien dont le musée possède onze tableaux. De fil en aiguille, chaque œuvre renvoie ainsi à une autre pour former un tout cohérent.

Informations pratiques : Musée des Avelines, 60 rue Gounod, 92210 Saint-Cloud. Tél. : 01 46 02 67 18. Ouvert du mercredi au vendredi de 12 h à 18 h et du samedi au dimanche de 14 h à 18h. Entrée gratuite

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