Acquisitions récentes du Musée des Beaux-Arts de Montréal : peintures anciennes et XIXe

12/9/10 – Acquisitions – Montréal, Musée des Beaux-Arts – A l’occasion du cent cinquantième anniversaire de sa création, le Musée des Beaux-Arts de Montréal a lancé une grande campagne d’appel à mécénat pour susciter 150 dons d’œuvres. L’une des plus importantes ainsi offerte, due à la générosité de Michal et Renata Hornstein, est une superbe nature morte de Frans Snyders (ill. 1), la première à entrer dans les collections du musée. On y voit une biche éviscérée et son faon, pendus par les pattes, aux côtés d’oiseaux accrochés en enfilade, d’un poulet ou d’un coq suspendu par le bec à un crochet et un fragment de carcasse difficilement identifiable. Une hure de sanglier, un homard, des artichauts et une grande corbeille de fruits posés sur la table complètent la composition. Deux petits singes volant du raisin donnent une touche d’humour à une scène par ailleurs presque cruelle par son réalisme.
Ce tableau peut être daté des années 1640. Un dessin préparatoire est conservé au British Museum. On y voit peu de différences : la principale étant l’absence de la partie supérieure gauche avec la fenêtre et le singe.


1. Frans Snyders (1579-1657)
Nature morte dans une cuisine
Huile sur toile - 177,8 x 137,5 cm
Montréal, Musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Montréal
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2. ALexis Peyrotte (1699-1769)
Le singe prédicateur, vers 1760
Gouache sur carton - 28,5 x 35,7 cm
Montréal, Musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Montréal
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Dans le genre animalier, on soulignera également le don d’une amusante gouache [1] (ill. 2) attribuée avec une quasi-certitude à Alexis Peyrotte, un ornemaniste ayant beaucoup travaillé pour Louis XV.
Le singe prêchant, bien qu’habillé comme un moine capucin [2] est en réalité un jésuite déguisé qui harangue des dindons. Une gravure anonyme, d’une composition très proche et sans aucun doute réalisée d’après Alexis Peyrotte est souvent publiée légendée par le quatrain suivant : « Suspendu dans une hôte au Chicot d’un vieil arbre / Sur le sommet dusquel est perché un hibou / Un Singe Loyauliste en Capucin Malabre / Annonces à ses dindons à mieux fraper leurs coups ». Loyauliste signifie disciple d’Ignace de Loyola, le fondateur des Jésuites. On sait que celle-ci fut dissoute par Louis XV en 1764 et cette caricature, qui doit dater du début des années 1760, s’inscrit évidemment dans ce contexte de la lutte contre la Compagnie [3].


3. Théodore Chassériau (1819-1856)
Jeune fille pleurant sur une stèle ou
Le Souvenir, 1840
Huile sur toile - 61,2 x 50,1 cm
Montréal, Musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Montréal
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4. Théodore Chassériau (1819-1856)
Jésus au jardin des Oliviers, 1840
Huile sur toile - 450 x 357 cm
Lyon, Musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Lyon
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Le 9 juin 2010, le musée a acheté à New York, chez Christie’s, pour 104 500 $ (frais inclus), Le Souvenir (ill. 3), une toile de Théodore Chassériau peinte à l’âge de 21 ans, à l’époque où il commence à se détacher de l’influence de son maître Ingres pour s’orienter vers un art plus proche de celui de Delacroix.
Le sujet, une femme pleurant sur une stèle, est typiquement d’inspiration romantique. Le tableau, d’après une tradition remontant au baron Arthur Chassériau à qui il a appartenu, aurait été peint à l’occasion du décès du fiancé de la fille d’un ami du peintre, sans doute Paul de Saint-Victor. L’attitude de la jeune femme éplorée peut-être rapprochée de celle du Christ dans Jésus au jardin des Oliviers [4] (ill. 4) qui date de la même année 1840. Les deux tableaux partagent d’ailleurs la même atmosphère et une gamme de coloris comparable.

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