Beaucoup d’œuvres remarquables à la Biennale de Florence (et une acquisition pour les Offices)

Nous n’étions allé qu’une seule fois à la Biennale de Florence, en 2017 (voir la brève du 25/9/17). L’édition 2019 se poursuit jusqu’à dimanche prochain et l’impression déjà favorable que nous avions eue s’est confirmée cette année, avec cette fois-ci, à notre avis, encore davantage d’œuvres importantes. Il est incontestable que cette foire devient l’une des plus intéressantes et des plus riches en œuvres d’art anciennes, essentiellement italiennes bien sûr. Seul bémol pour les acheteurs internationaux, de nombreux objets sont notifiés, ce qui signifie qu’ils ne peuvent pas sortir d’Italie, contrainte qui diminue ainsi fortement leur prix de vente au quart, voire au dixième de celui auquel ils seraient vendus sur le marché international.




1. Vittore Ghislandi, dit Fra’ Galgario (1655-1743)
Portrait d’un jeune gentilhomme
Huile sur toile - 95 x 71 cm
Galerie Canesso
Photo : Galerie Canesso
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C’est ainsi que chez Maurizio Canesso, trois œuvres provenant d’Italie devront y rester, parmi lesquelles un portrait de Fra Galgario (ill. 1) qui trouverait indiscutablement sa place vers un grand musée hors des frontières tant il est remarquable, ainsi qu’un Saint François en extase de Gioacchino Asssereto. De même, dans le stand de Carlo Orsi, on pouvait admirer un buste en bronze du pape Urbain VIII Barberini (ill. 2) qui avait été prêté au Getty Museum dans le cadre d’une exposition sur les portraits sculptés du Bernin. Il était évident qu’une sculpture de cette qualité ne pouvait, compte tenu de la loi italienne, être autorisée à l’exportation.
L’art de la sculpture est remarquablement représenté dans cette foire. C’est ainsi qu’un autre buste de pape en bronze, celui de Pie V (ill. 3), datant de la fin du XVIe siècle et anonyme, marque également les visiteurs sur le stand de Walter Padovani. Nous n’avons pas demandé systématiquement quelle œuvre était ou non notifiée mais il est probable que celle-ci le soit également.


2. Gian Lorenzo Bernini (1598-1680)
Buste d’Urbain VIII Barberini, 1658
Bronze - 101,5 x 78 cm
Carlo Orsi
Photo : Galleria Carlo Orsi
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3. École romaine, vers 1570
Buste de Pie V
Bronze - 110 x 65 x 32 cm
Walter Padovani
Photo : Didier Rykner
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Chez Lullo-Pampoulides, marchands londoniens dont nous parlons souvent car ils présentent des œuvres en général remarquables, nous avons retenu une figure en terre cuite (ill. 4), élément d’un Baptême du Christ d’une virtuosité impressionnante avec la main qui ressort en haut relief. Ce relief est attribué à Girolamo Ticciati, sculpteur actif à Florence dans la première moitié du XVIIIe siècle. Remarquons qu’une œuvre de celui-ci figure également dans l’exposition dédiée aux bronzes florentins des XVIIe et XVIIIe siècles qui vient d’ouvrir au Palazzo Pitti et à laquelle nous consacrerons un article.


4. Attribué à Girolamo Ticciati (1679-1745)
Le Baptême du Christ, vers 1730
Terre cuite - 68 x 68 cm
Lullo-Pampoulides
Photo : Lullo-Pampoulides
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5. Domenico Guidi (1625-1701)
Monseigneur Giacomo Franzone,
futur pape Innocent XI

Terre cuite
Altomani & Sons
Photo : Didier Rykner
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Nous reproduirons ici aussi un très beau buste en terre cuite également de Domenico Guidi (ill. 5), qui n’est pas celui d’un pape puisqu’il s’agit de Monseigneur Girolamo Franzone [1].
Mais les XIXe et XXe siècles sont également bien représentés dans la foire, et c’est avec ce dernier que nous finirons cette revue des sculptures, et même avec un Français, Raymond Delamarre, et trois plâtres patinés (ill. 6) préparatoires à des figures pour le Palais de Chaillot.


6. Raymond Delamarre (1890-1986)
Les Connaissances Humaines, 1937
Plâtre patiné - H. 126 cm
Robertaebasta
Photo : Didier Rykner
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7. Plusieurs esquisses de Gaetano et Ubaldo
Gandolfi sur le stand de la galerie Fondantico
Photo : Didier Rykner
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Les dessins sont rares même si l’on en trouve, et notamment une exposition de feuilles de Luigi Sabatelli présentées par la Galleria del Laocoonte. Quant aux peintures, elles sont évidemment très nombreuses et elles aussi d’une qualité souvent très haute. Nous avons été frappé notamment chez Fondantico par un mur entier d’esquisses de Gaetano et Ubaldo Gandolfi (ill. 7), dont seules deux étaient notifiées.
La peinture la plus ancienne que nous reproduirons ici date du XVIe siècle et est due à un artiste que nous ne connaissions pas, né à L’Aquila, ville qui nous est chère et dont nous avions parlé il y a quelques années après le terrible tremblement de terre qui l’avait touchée (voir les articles). Il s’agit de Pompero Cesura, avec une très belle Résurrection du Christ (ill. 8) visible sur le stand d’Altomani & Sons.


8. Pompeo Cesura (?-1571)
Résurrection du Christ
Huile sur panneau - 179 x 123 cm
Altomani & Sons
Photo : Didier Rykner
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9. Jacopo Chimenti, dit l’Empoli (1551-1640)
Vierge à l’enfant et le jeune saint Jean-Baptiste
Huile sur toile - 114 x 84 cm
Cantore Galleria Antica
Photo : Cantore Galleria Antica
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L’art florentin du XVIIe siècle est logiquement représenté, notamment avec une belle Vierge à l’enfant avec le petit saint Jean-Baptiste par Jacopo da Empoli (ill. 9) chez Cantorie Galleria Antiquaria.
Nous avons également remarqué un Saint Jérôme d’Orazio Gentileschi chez Robilant & Voena, et nous terminerons cette recension avec un grand Christ en croix par Giovanni Battista Crespi chez Maurizio Nobile. Celui-ci nous a dit que l’œuvre n’était pas notifiée. Avec celles qui proviennent de l’étranger et sont en importation temporaire, il y a pour les amateurs et les musées de quoi faire de beaux achats dans cette foire.


10. Daniele da Volterra (vers 1509-1566)
La Vierge à l’enfant, le petit saint Jean-Baptiste et sainte Barbe
Huile sur panneau - 171 x 134 cm
Florence, Galleria degli Uffizi
Photo : Benappi
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Le Musée des Offices d’ailleurs ne s’y est pas trompé. Il a acquis, auprès de la galerie Benappi, une importante Vierge à l’enfant (ill. 10) par Daniele da Volterra, un disciple de Michel-Ange célèbre pour sa Déposition de croix de l’église de la Trinité à Rome, mais aussi pour avoir recouvert de repeints de pudeur les figures de la Sixtine, gagnant ainsi le surnom de Braghettone. Ce tableau, que nous avions vu en 2016 à la Tefaf et reproduit dans l’article consacré à cette foire, a la même provenance qu’un Élie dans le désert qui avait été acheté l’année dernière, également par les Offices auprès de la même galerie Benappi. Nous renvoyons le lecteur à la brève que nous avions consacrée à cet achat.

Didier Rykner

Notes

[1Addendum : nous avions écrit, sur la foi du cartel, qu’il s’agissait du futur pape Innocent XI. Ce qui est faux comme nous l’a précisé Tancrède Herzog, que nous remercions. Innocent XI était bien sûr un Odescalchi.

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