Belle préemption de Strasbourg, pour un tout petit prix...

17/10/18 - Acquisitions - Strasbourg, Cabinet des estampes et des dessins - Après la lecture de notre brève du 13 octobre dernier, la Bibliothèque nationale de France (que nous avions contactée mais qui n’avait pu nous répondre dans les temps) nous a adressé les précisions suivantes :

« Ayant pris connaissance de cet article, la BnF souhaite faire connaître les points suivants :
- Comme il est d’usage, le conservateur chargé d’intervenir dans cette vente avait un mandat jusqu’à une certaine somme, définie en concertation avec la direction du département dont il relève, et conformément à ces instructions il n’est pas allé au-delà dans les enchères.
- Au vu des contacts préalables à la vente, que la BnF prend systématiquement au regard de sa mission de grand département, aucune autre institution patrimoniale concernée n’avait pris de disposition d’intervention.
- Sur la recommandation récurrente du Ministère de la Culture, la BnF fait en sorte de ne pas utiliser systématiquement la préemption pour des sommes faibles, même s’il y a une marge d’appréciation, au cas par cas.
- La BnF fait le constat du développement récent sur le marché d’un certain intérêt pour les manuscrits ou les ouvrages enluminés du 19e siècle ; elle-même est attentive à cette tendance, tout en restant fidèle à ses critères d’acquisitions.
 »

Ainsi, le ministère de la Culture aurait donné l’instruction de ne pas utiliser « systématiquement » la préemption pour des « sommes faibles ». Il est possible que quelqu’un, un jour, au ministère, ait donné cette instruction qui n’en est pas une (que veut dire « systématiquement » dans un tel contexte ?). Ce qui est certain en revanche, c’est que cela ne correspond ni à l’esprit ni à la lettre du code du patrimoine [1] qui ne donne aucun prix minimum.


1. Attribué à l’école strasbourgeoise du début du XVIIe siècle,
d’après Hendrick Goltzius (1558-1617)
La Cène
Gouache - 16,5 x 11 cm
Préempté par le Cabinet des estampes
et dessins de Strasbourg
Photo : SVV Millon
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2. Hendrick Goltzius (1558-1617)
La Cène
Estampe - 20 x 13,3 cm
New York, The Metropolitan Museum of Art
Photo : The Metropolitan Museum of Art
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En refusant d’utiliser un outil que la loi donne aux musées (qui n’en ont pas tant que cela), et alors que l’un des objectifs des institutions patrimoniales est, justement, d’enrichir le patrimoine national, il est inadmissible que la BnF prenne ainsi un double risque : soit de payer plus cher une œuvre d’art que s’il l’avait préemptée, soit de ne pas pouvoir l’acheter alors qu’ils auraient pu en avoir les moyens grâce à la préemption, comme ce fut le cas pour le livre de prières de Marie-Amélie.

Heureusement, d’autres musées pratiquent différemment. C’est ainsi que dans la vente de dessins anciens et modernes qui avait lieu lundi 15 octobre à l’Hôtel Drouot, les Musées de Strasbourg ont pu préempter pour seulement 1235 € avec les frais une gouache sur papier présentée comme de l’école allemande du XVIIe siècle, qui n’était d’ailleurs estimée que 400 à 500 €. La raison de cette préemption nous a été donnée par Florian Siffer, responsable du Cabinet des estampes et des dessins de Strasbourg : « Cette miniature est peintre d’après une estampe de Goltzius pour une série gravée de douze épisodes de la Passion datant de 1599. Cette miniature possède un certain nombre de caractéristiques - partir d’un modèle gravé, des coloris très saturés et chatoyants, notamment le rose - qui correspondent à l’école strasbourgeoise du début du XVIIe siècle, ou au moins à celle du Rhin Supérieur. »
Florian Siffer a souligné l’aide très précieuse qu’il avait pu avoir de la Direction Régionale des Affaires Culturelles Grand-Est pour la procédure ayant mené à cette acquisition, qui n’a posé aucun problème pour la préemption, bien au contraire, pas davantage d’ailleurs que le service des acquisitions au ministère de la Culture à Paris. La BnF, à l’avenir, n’aura plus aucune excuse pour ne pas préempter, quel que soit le prix d’adjudication.

3. Jean-Urbain Guérin (1761-1836)
Portrait du général Kléber
Crayon noir et estompe rehaussé de blanc - 20 x 17 cm
Strasbourg, Cabinet des estampes et dessins
Photo : SVV Osenat
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Remarquons aussi que le 1er juillet dernier, le même Cabinet des dessins avait pu acquérir, toujours par préemption et à un prix également très raisonnable (6875 € avec les frais), chez Osenat à Fontainebleau, un portrait du général Kléber par Jean-Urbain Guérin.
Célèbre miniaturiste strasbourgeois actif au tournant du XIXe siècle, particulièrement pendant la République et l’Empire, Guérin fut l’élève de Jacques-Louis David et de Jean-Baptiste Regnault. Son portrait de Kléber, préparatoire à une gravure exécutée par Franz Gabriel Fiesinger donna lieu à de nombreuses copies et répliques. Le Louvre conserve une miniature de Guérin qui reprend ce même modèle.

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