Budget : le gros mensonge de François Hollande

Qui avait déclaré, le 19 janvier dernier : « J’affirme que le budget de la culture sera entièrement sanctuarisé durant le prochain quinquennat » ? Le président de la République élu quelques semaines plus tard, François Hollande. Pourquoi les médias s’empressaient-ils - nous les premiers - de souligner les mensonges proférés par Nicolas Sarkozy avant et au cours de son mandat, alors qu’aujourd’hui cette promesse simple et raisonnable semble en passe de tomber aux oubliettes sans que nul ne la rappelle ?

Si l’on en croit, en effet, tous les signes en provenance du ministère et des établissements publics, le budget de la Culture, et notamment celui consacré au patrimoine et aux musées, connaîtra une baisse vertigineuse l’année prochaine, seulement comparable à celle qui avait été la sienne sous le ministère de Renaud Donnedieu de Vabres.
Selon Vincent Noce dans Libération, qui consacre à cette question l’un des articles les plus complets et semble-t-il les mieux informés, ce serait une baisse de pas moins de 15% qui menacerait les monuments historiques. Alors qu’il faudrait au moins 400 millions par an (une goutte d’eau dans le budget de la France) pour espérer maintenir tant soit peu le patrimoine, alors que malgré les promesses de Nicolas Sarkozy le chiffre de 2010 n’était que de 347 millions (toujours selon Noce), une telle baisse le ferait passer à 300 millions à peine.

Les grands musées comme le Louvre ou Orsay, déjà fortement ponctionnés par le précédent gouvernement, verront une nouvelle fois leur dotation réduite (- 5% par an pendant trois ans, au moins, selon Libération). Pire encore, leur fonds de roulement, les économies amassées ces dernières années, seraient ponctionnées sans vergogne pour ne leur laisser que 30 jours d’avance.
Pour le Louvre, cela ne représenterait pas moins de 30 millions d’euros. Certes, on peut s’interroger sur une telle gestion, alors que le musée reconnaît lui même qu’il lui en manque 10 pour finir de payer le chantier du département des Arts Islamiques, inauguré aujourd’hui, ou qu’il s’apprête à laisser partir de France plusieurs trésors nationaux. Mais punir la direction du Louvre sous prétexte qu’il n’est pas « censé dormir sur un tas d’or [1] » revient tout simplement à pénaliser durement le patrimoine au moment où les mesures fiscales fragilisent encore davantage les donateurs des musées, en général « riches » par nature (voir l’article).

On ne sait exactement quel est le rôle de la ministre de la Culture dans cette affaire. Elle a pris, nous semble-t-il, quelques bonnes décisions en suspendant ou en arrêtant certains projets non prioritaires (voir l’article). Mais cela devrait éviter ces coupes budgétaires désastreuses, non pas se combiner avec elles.
« J’affirme que le budget de la culture sera entièrement sanctuarisé durant le prochain quinquennat ». Nicolas Sarkozy, au moins, l’avait fait. François Hollande s’est contenté de le promettre ; il lui reste quelques jours pour tenir sa parole.

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