Cinq toiles monumentales de Lucien Jonas pour le Musée de Soissons

17/01/19 - Acquisitions - Soissons, Musée de Soissons - La Ville de Soissons a acheté pour 16 000 euros (sans les frais) cinq huiles sur toiles monumentales de Lucien Jonas lors de la vente Aisne Enchères qui s’est déroulée à l’Hôtel des ventes de Soissons le 24 novembre 2018. Il s’agit d’un triptyque, intitulé La musique et la danse, et de deux toiles, L’escarpolette et La chaise à porteur, qui ornaient la salle des fêtes de l’hôtel de la Croix d’Or de Soissons. De ce décor, le musée de Soissons possède déjà la tout aussi monumentale Collation, acquise auprès d’un particulier en 1995. Comme cette dernière, présentée dans le Salon d’honneur de l’Hôtel de Ville depuis 2001, l’ensemble qui vient d’être acquis ne pourra être exposé au sein du musée en raison de ses dimensions exceptionnelles. En collaboration avec le C2RMF, le musée réfléchit actuellement au lieu d’exposition adéquat qui permettra de présenter ces gigantesques panneaux dans leur ensemble. S’ils sont dans un bon état de conservation général, leur dépose – les toiles étaient marouflées avant d’être montées sur châssis – a fragilisé le support en certains endroits. La restauration à mener est elle aussi encore à l’étude, toujours avec le C2RMF.


1. Lucien Jonas (1880-1947)
La musique et la danse, 1928
Huile sur toile - 359 x 892 cm
Soissons, Musée de Soissons
Photo : Musée de Soissons
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Le musée de Soissons réunit désormais quatre des six œuvres qui composaient le décor de la grande salle des fêtes de l’hôtel de la Croix d’Or. Ce décor fut commandé à Lucien Jonas en 1928 par l’architecte Pérot en charge de la rénovation de l’hôtel après les ravages que connus la ville lors de la Première guerre mondiale. Lucien Jonas est alors un habitué des grands décors qu’il débute dans les années 1911-1913, au Théâtre et au Lycée Wallon de Valenciennes, avant de les multiplier entre les années 1920 et 1930 à Valenciennes, toujours, mais aussi à Paris, Lille ou Saint-Amand-les-Eaux. A l’instar de celui de l’hôtel de la Croix d’Or, nombre d’entre eux – celui du salon de l’Hôtel Lefrancq à Valenciennes, celui, détruit, de la Salle des fêtes de la Maison des Centraux à Paris ou ceux postérieurs du Théâtre d’Anzin et du café Aux Sports à Saint-Amand-les-Eaux - déploient des thématiques inspirées du monde du spectacle, reflets de l’absolu besoin de divertissement qui anime les années folles. Temps festifs suspendus, ces scènes galantes et fantaisistes aux coloris flamboyants sont peuplées de gracieux musiciens, comédiens et danseurs vêtus à la mode du XVIIIe siècle.


2. Lucien Jonas (1880-1947)
L’escarpolette, 1928
Huile sur toile - 353 x 260 cm
Soissons, Musée de Soissons
Photo : Musée de Soissons
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3. Lucien Jonas (1880-1947)
La chaise à porteur, 1928
Huile sur toile - 353 x 268 cm
Soissons, Musée de Soissons
Photo : Musée de Soissons
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L’hôtel de la Croix d’Or perd sa renommée après la Deuxième guerre mondiale et finit par fermer en 1973 restant alors à l’abandon jusqu’à sa très récente destruction en 2017. L’ensemble du décor fut déposé puis dispersé le 17 décembre 1989 lors d’une vente aux enchères à Soissons orchestrée par Maîtres Hervé Collignon et Frédéric Laurent. Le second triptyque ainsi que le quatrième panneau indépendant, respectivement intitulés La comédie et la tragédie et La rencontre, demeurent aujourd’hui en mains privées qui n’ont pu être localisées.

Il existe pour chacun de ces décors de très nombreux dessins préparatoires. Plusieurs feuilles attachées au décor de l’hôtel de la Croix d’Or sont présentées par la galerie Philippe Kozak à Valenciennes tandis que les donations successives du fils de l’artiste, Jacques Jonas, au Musée Carnavalet en 2003 puis 2004 (voir les brèves du 29/06/03 et du 01/07/04) et au Musée des beaux-arts de Valenciennes en 2005 (voir la brève du 06/07/10) révèlent les études et les esquisses de nombreux décors parisiens - le foyer du Théâtre de la Cité (jamais réalisé), la salle des fêtes de la Maison des Centraux (détruit), l’église espagnole de la Rue de la Pompe - et valenciennois - la coupole du Théâtre (détruit), le Parloir du lycée Wallon (détruit), le plafond de la Chambre de commerce, le salon et la bibliothèque de la maison de son ami Adolphe Lefrancq, la coupole du Musée des Beaux-Arts ou encore la salle à manger du Buffet de la Gare (détruit).

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