Coup d’arrêt à Versailles-land ?

Le long interview que nous a accordé Jean-Jacques Aillagon, président du Domaine de Versailles, nous incite à un optimisme mesuré. Il faut, bien entendu, attendre de voir si ses intentions iront jusqu’à leur réalisation. Reconnaissons en tout cas que, dans plusieurs domaines, ses solutions sont proches de celles que nous préconisions dans notre article Versailles ou Versailles-land.

Sur les reconstitutions, il est vrai, Jean-Jacques Aillagon est ambigu. S’il s’y dit « opposé par principe », il nuance toutefois cette opinion en précisant qu’il pense « qu’une reconstitution [peut] être ponctuellement utile à la compréhension d’un monument ». On retiendra tout de même ces deux fortes affirmations : « il faut, à Versailles, assumer le collage des siècles » et « Il n’ y a pas lieu de revenir à un état présumé idéal et parfait [ni à] reconstituer des états disparus du bâtiment qui ne s’appuieraient sur aucun éléments existants ». On imagine que cette opinion ne fera pas plaisir aux architectes en chef du domaine qui en ont fait leur fonds de commerce depuis plusieurs années. Le Président de Versailles reconnaît en outre que, pour les restaurations lourdes, il est indispensable de s’entourer de tous les avis nécessaires en formant une commission scientifique composée de spécialistes ce qui n’a guère eu lieu jusqu’à aujourd’hui, sauf pour la Galerie des Glaces. On espère qu’il s’entourera d’une telle commission pour la restauration du Bosquet de la Reine dont le sort pourrait être inquiétant : si Jean-Jacques Aillagon se prononce clairement contre la restitution du Labyrinthe, son évocation uniquement végétale ou la création d’un jardin contemporain ne doit pas aboutir à la destruction du bosquet actuel.

Dans l’article cité plus haut, nous écrivions : « la statuaire du parc de Versailles risque de se détériorer encore pendant longtemps. » L’horizon semblait en effet bouché pour ces sculptures dont la dégradation se poursuit d’années en années. Or, le projet de création d’un musée lapidaire avec la statuaire des jardins, dont nous avait parlé Pierre Arizzoli-Clémentel et auquel Pierre-André Lablaude, l’architecte en chef des jardins, s’oppose fortement, semble maintenant en bonne voie. Plusieurs marbres, dont les Bains d’Apollon, ont été mis à l’abri depuis le début de l’année et seront rapidement remplacés par des moulages (voir article). Jean-Jacques Aillagon se déclare partisan de poursuivre cette action et de rentrer les plus importants et les plus menacés. On ne peut que l’applaudir.
Si l’on considère en outre que la visite de la chapelle, cause de dégradation, n’est plus systématique, que le Bassin de Neptune sera libéré en 2011 des gradins qui le défigurent, que les sols du parc deviennent une préoccupation pour l’établissement public et que le musée de l’histoire de France va enfin être mis à l’honneur comme il l’annonçait dans la conférence de presse de l’année dernière (voir article), on peut espérer que Versailles reparte enfin sur de bonnes bases.

Jean-Jacques Aillagon déclare bien haut que : « notre premier devoir à Versailles c’est de prendre en charge le patrimoine dont nous avons la responsabilité » et qu’il est « attaché à ce qu’on dégage plus de moyens pour l’entretien courant trop souvent négligé ». Ces affirmations sont de simple bon sens mais, par les temps qui courent, elles font plaisir à entendre.

P. S. A propos de Jeff Koons, nous avions été informé lundi 20 septembre - après avoir interviewé Jean-Jacques Aillagon - du courrier envoyé par le service des publics aux guides-conférenciers dont le Canard Enchaîné du 22 septembre révèle les meilleurs passages. Il promettait à ceux qui ne se conformeraient pas à la bonne parole - c’est-à-dire clairement à ceux qui oseraient émettre des réserves sur la pertinence de l’exposition Koons - de les empêcher à l’avenir d’exercer à Versailles. Nous avons immédiatement recontacté le Président de l’Etablissement Public pour l’interroger à ce sujet. Celui-ci nous a assuré, après en avoir pris connaissance, qu’il s’agissait pour le moins d’une maladresse de ses services et que cela ne reflétait nullement la politique de l’Etablissement Public. Les guides-conférenciers pourront donc dire ce qu’ils veulent de l’exposition Jeff Koons, ce qui est la moindre des choses.

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