De l’Italie à Chambord. François Ier et la chevauchée des princes français

Château de Chambord. Exposition terminée le 7 octobre 2004.

Quelle est la justification de cette exposition ? On y voit, c’est vrai, quelques beaux tableaux du XIXe siècle (Alexandre-Evariste Fragonard, François-Edouard Picot, Alexandre Menjaud - ill. 1...), des tapisseries splendides (Chasses de Maximilien ; ill. 2) restaurées à cette occasion grâce à la Fondation de la Chasse ou le Codex de Léonard, si on a le courage de subir la file d’attente (par souci de sécurité, le nombre de personnes admises dans la salle est limité). La scénographie, assez lourde (pourquoi ces grands pans de décor, qui cachent les murs, pour n’exposer parfois qu’un seul tableau ?), aux couleurs criardes, n’est pas déshonorante, elle est juste un peu ratée. L’accumulation de copies (du XVIe au XIXe siècles) d’œuvres des collections de François Ier est amusante et donnera l’impression au grand public qu’il voit les originaux.


1. Alexandre Menjaud
François Ier tuant le sanglier, 1827
Huile sur toile - 220 x 192 cm
Toulouse, Palais Niel (dépôt du Louvre)
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2. L’Arrivée en campagne
Tenture des Chasses de François Ier
Château de Chambord
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Mais tout cela ne fait pas une exposition. On se demande pourquoi tant de mauvais tableaux sont montrés : le Lobin (bon créateur de vitraux, par ailleurs) est tellement kitsch qu’il en est drôle (ill. 3), mais est-ce un bon service à rendre à la peinture du XIXe siècle que d’exposer une telle tartine [1] ? Pourquoi présenter une pauvre copie d’après Fleury-Richard (est-ce si compliqué d’emprunter un Fleury-Richard authentique) ? On ne compte pas les toiles d’une faiblesse insigne qui transforment cette exposition en une accumulation dont le propos est décidément fort obscur.


3. Julien-Léopold Lobin
Léonard peignant la Joconde, 1846
Huile sur toile - 192 x 260 cm
Saint-Avertin, Mairie
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Le catalogue ne contribue pas à le rendre plus claire. Seule une liste témoigne de la présence des œuvres. Aucune notice (même courte), aucun historique. Plus grave, on ne trouve nulle trace de bibliographie, même à la fin de l’ouvrage.
L’essai intitulé François Ier : une légende pour les artistes du XIXe siècle cite des études sur ce thème, notamment le travail « très documenté de Cécile Margoulès en 1998 », sans en donner les références. Plusieurs tableaux mentionnés dans le texte sont reproduits dans une autre partie du catalogue sans qu’aucun renvoi à ces illustrations ne soit fait [2]. Certains essais sont plus rigoureux, mais il s’agit davantage d’une juxtaposition de textes sur la Renaissance française traitant souvent de problématiques bien connues, que d’un catalogue d’exposition.

Résumons : une exposition mal conçue, beaucoup d’œuvres médiocres, un catalogue peu rigoureux. Nous le disons sans aucun plaisir, car les auteurs sont tous des érudits compétents, ce qui rend ce ratage d’autant plus regrettable. Les visiteurs se précipiteront sans doute en masse, car le nom de Léonard attire. Mais qu’en retiendront-ils ? On peut, cet été, s’épargner un passage par Chambord, sauf bien sûr pour voir le château.

Commissariat : Catherine Arminjon, Conservateur général du Patrimoine, Direction de l’Architecture et du Patrimoine ; Monique Chatenet, Conservateur en chef du Patrimoine au centre André Chastel (CNRS) ; Claude d’Anthenaise, Conservateur en chef du Musée de la Chasse et de la Nature ; Denis Lavalle, Conservateur en chef du Patrimoine, Sous-Direction des Monuments Historiques.

De l’Italie à Chambord. François Ier et la chevauchée des princes français, Somogy Editions d’art, 168 p., 27 €. ISBN 2-85056-752-3. Les auteurs en sont les commissaires et Maria Vigli, historienne de l’art.

Didier Rykner

Notes

[1Il y a malgré tout, dans ce tableau, des parties intéressantes (Léonard lui-même), au point qu’on se demande si des restaurations trop drastiques n’ont pas transformé un bon tableau en chromo à peine digne d’illustrer le Lagarde et Michard.

[2Notons aussi des erreurs ou imprécisions. Par exemple, il est dit qu’était présentée au Salon de 1827 une esquisse préparatoire de Fragonard pour le plafond de la salle des céramiques antiques du Louvre. En réalité, la mention dans le catalogue du Salon se réfère au plafond lui-même, pas à une esquisse. L’auteur aurait pu citer également l’article de Dominique Lobstein sur L’image de Charles Quint dans les Salons parisiens du dix-neuvième siècle dont un chapitre traite des tableaux représentant l’empereur et les artistes, publié dans la revue franco-japonaise d’histoire de l’art et repris ici-même.

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