Deux enrichissements mystérieux pour le Louvre

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28/8/18 - Acquisitions - Paris, Musée du Louvre - Deux acquisitions récentes du Louvre, publiées dans le tout nouveau numéro de Grande Galerie, viennent fort à propos illustrer notre éditorial d’hier sur les difficultés de l’attribution. Il s’agit en effet de deux œuvres dont l’auteur fait débat et qui n’ont pas encore trouvé la solution définitive à la question de leur paternité. Si la seconde est un don, la première est une acquisition. Et même si l’on peut discuter de la qualité de l’œuvre (a-t-elle vraiment le niveau « Louvre » ?), il faut se réjouir que pour une fois ce musée se décide à acheter un tableau compliqué, à l’attribution non assurée, ce qu’il avait tendance à refuser de faire ces dernières années.


1. Attribué à Georges Lallemant (vers 1575-1636)
ou à Ludolph Büsinck (vers 1600-1669)
Judith et Holopherne
Huile sur cuivre - 33 x 20 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Musée du Louvre
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Car le nom de son auteur est encore loin d’être assuré. On comprend que l’œuvre puisse être située par certains dans le milieu lorrain autour de Georges Lallemant : les types physiques, les traces évidentes de maniérisme, les coloris… Mais cette idée, semble-t-il retenue par le Louvre qui le présente comme « attribué à » cet artiste n’emporte pas l’adhésion complète et encore moins celle de Jacques Bellange qui est également envisagé et dont on ne connaît par ailleurs presque aucun tableau, et aucun dans ce genre. L’autre hypothèse avancée dans l’article de Cécile Scailliérez, d’une œuvre de Ludolph Büsinck, artiste allemand notamment connu par ses gravures d’après Lallemant, et dont les estampes présentent des caractéristiques stylistiques très proches de cette œuvre, nous semble à examiner de près. Guillaume Kientz nous a confié être séduit par cette idée tandis que Guillaume Kazerouni n’y voit pas la main de Lallemant tout en soulignant qu’on ne connaît rien de cet artiste avant qu’il arrive à Paris. Sylvain Kerspern enfin nous a écrit ne pas croire ce cuivre français ni lorrain, et y voit « des liens plus fermes avec la nébuleuse Francken (notamment Frans II) », « même si un rapprochement avec l’art hollandais pré-rembranesque n’est pas exclu », mais « sans pouvoir préciser plus car précisément le cas Frans II Francken reste très nébuleux ».
Quoi qu’il en soit, le tableau est désormais visible dans les salles de peinture française de la seconde école de Fontainebleau, aile Richelieu, niveau 2, salle 824.


2. Italie (ou Espagne ?), XVIIe siècle
Nature morte
Huile sur toile - 75 x 98 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Musée du Louvre
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L’autre peinture est une nature morte du XVIIe siècle publiée par Stéphane Loire et léguée par Marguerite Berger. On y voit une accumulation de légumes posés sur une table. Sa propriétaire le pensait de Diego Velázquez, idée bien entendu insoutenable, et avait tenu à le donner au Louvre pour cette raison. Mais sa paternité réelle reste encore à préciser. Comme l’explique l’auteur de l’article, qui le situe lui même plutôt à Rome, dans la seconde moitié du XVIIe siècle, « certains spécialistes ont maintenu l’hypothèse d’un auteur espagnol, tandis que d’autres n’excluaient pas que l’œuvre revienne à un peintre flamand, ou même français »… Quoi qu’il en soit, la toile sera présentée cet automne dans les salles de peinture italienne (aile Denon, niveau 1).

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