Deux gisants espagnols du XVe siècle entrent dans les collections du Louvre

Castille, fin du XVe siècle
Deux gisants
Albâtre - 37,4 x 195,4 x 65,4 cm pour l’homme
34,3 x 171,4 x 64,8 cm pour la femme
Paris, Musée du Louvre
Photo : Christie’s
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08/08/11 - Acquisitions - Paris, Musée du Louvre - Deux gisants en albâtre, un homme et une femme, sculptés à la fin du XVe siècle en Castille, probablement dans les régions de Tolède, Burgos ou Avila (ill.), ont été acquis par le Louvre lors d’une vente de Sotheby’s à New York, le 23 novembre 2010. Estimées 30 à 50 000 dollars, les deux sculptures ont été adjugées 116 500 dollars.
La figure masculine repose sur un oreiller, lui-même placé sur de grands livres, et serre contre sa poitrine un ouvrage ouvert qu’il semble feuilleter du bout des doigts ; autant de détails qui rappellent aux vivants l’homme de lettres et de sciences que fut le disparu. Pierre-Yves Le Pogam, conservateur en chef au département des sculptures au Louvre, affirme que ce motif de « livres-coussins » « possède ses racines dans l’art septentrional, mais a connu un développement particulier dans les tombeaux de la Péninsule ibérique. » [1] Un autre exemple d’oreiller étonnant, constitué cette fois-ci de branches de lauriers, supporte la tête de Fernando Vázquez de Arce dans la cathédrale Santa Maria de Sigüenza.
A défaut de la science, la femme a pour lot le confort et la piété, reposant sur plusieurs oreillers, les bras repliés sur la poitrine, un chapelet dans les mains. Comme son époux, ses yeux sont ouverts, et contrairement à lui, ses pieds sont cachés, recouverts d’un drap. Le catalogue de vente propose de comparer cette effigie à celle de Doña María de Perea (également en albâtre et datant de la fin du XVe siècle), qui se trouvait dans l’église de San Pedro à Ocaña, près de Tolède, et qui est désormais conservée au Victoria and Albert Museum de Londres.
Pierre-Yves Le Pogam précise que cette acquisition vient combler un manque dans les collections nationales, qui ne conservaient pas jusqu’à présent de gisants de cette époque réalisés dans la péninsule ibérique. La polychromie de ceux-ci a disparu et l’on peut distinguer, hélas, les deux ou trois blocs dans lesquels les personnages ont été sculptés. Une comparaison plus générale avec des œuvres du Louvre montre l’animation progressive des figures funéraires : ainsi les beaux gisants de Charles IV le Bel (mort en 1328) et de Jeanne d’Évreux (morte en 1371) sculptés dans le marbre par Jean de Liège sont statiques et idéalisés, tandis que les deux sculptures espagnoles, un siècle plus tard, révèlent une influence flamande bien différente de l’art de Jean de Liège, sensible dans le traitement des visages plus réalistes, et des drapés plus angulaires et plus cassants ; autant d’effets qui redonnent vie à ces figures contraintes au repos éternel.

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