Disparition de Xavier Bonnet, tapissier et historien de l’art

Xavier Bonnet travaillant sur un meuble présenté dans le
salon de l’hôtel de la Trémoille du musée de la
Legion of Honor de San Francisco
Photo : auteur non identifié
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14/10/18 – Disparition – Il y a vraiment des articles qu’on aimerait ne jamais écrire. Surtout quand ils concernent la disparition d’un homme jeune et brillant comme Xavier Bonnet, qui était par ailleurs un ami, certes pas proche mais avec qui nous avions plaisir à échanger régulièrement sur différents sujets, essentiellement sur le mobilier dont il était un des meilleurs spécialistes.

Disparu soudainement dans son sommeil à seulement 48 ans, Xavier Bonnet avait une double compétence, et chacune était menée à son plus haut niveau [1]. Il était tapissier, reçu compagnon du Devoir en 1993, profitant de son tour de France pour mener des recherches en archives sur les tapissiers du XVIIIe siècle. Il était aussi historien de l’art ; en 2000, il entame des études à l’École du Louvre et se spécialise en architecture, décor et ameublement des grandes demeures. En 2005, son mémoire de muséologie porte sur la conservation-restauration des garnitures de meubles du XVIIIe siècle (histoire des pratiques et perspectives d’avenir). Il entama un travail de recherche sur Claude-François Capin (1727/1789), tapissier ordinaire du Roi et du Garde-meuble de la Couronne, qui devint le sujet de sa thèse.

En 2010-2011, il fut pensionnaire de la Villa Médicis. Le site de la Villa précise l’originalité de l’approche scientifique de Xavier Bonnet : « Fondée sur la pratique, la recherche et la transmission des connaissances, la singularité de l’approche de Xavier Bonnet consiste à établir un dialogue entre artisanat, restauration et histoire de l’art, et à pouvoir confronter ainsi les objets aux sources d’archives. ».
Il travailla à la restauration de nombreuses garnitures de meubles, dans les musées français (Arts décoratifs de Paris, musée Carnavalet, châteaux de Versailles, Compiègne et Fontainebleau…), récemment au château de Ferney-Voltaire (voir cette vidéo), mais aussi à l’étranger où sa compétence était largement reconnue, du Victoria & Albert Museum de Londres au Musée de la Légion d’Honneur de San Francisco, jusqu’à la Maison Blanche à Washington où il avait été appelé à travailler sur le mobilier à l’époque de la présidence d’Obama.

Nous avions beaucoup parlé avec lui des menaces qui pesaient sur le Musée des Tissus de Lyon et il nous avait donné une interview à ce sujet où il expliquait l’importance de cette institution non seulement comme musée mais comme source d’informations fondamentale pour son métier de tapissier.
La disparition si jeune de Xavier Bonnet est une tragédie non seulement du point de vue humain mais de celui du patrimoine. La Tribune de l’Art présente ses sincères condoléances à sa famille.

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