Don d’un Guerchin à Francfort

Giovanni Francesco Barbieri,
dit Le Guerchin (1591-1666)
Vierge à l’enfant, vers 1621-1622
Huile sur toile - 64 x 50 cm
Francfort, Städel Museum
Photo : Städel Museum
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8/2/11 - Acquisition - Francfort, Städel Museum - Fin décembre 2010, le couple d’amateurs Barbara et Eduard Beaucamp [1] ont donné à ce musée allemand leur Vierge à l’enfant du Guerchin (ill.). Ils avaient pu l’acquérir en 1981 sur le marché d’antiquité de Francfort, vendue comme une copie du XIXe siècle, mais ils en reconnurent la grande qualité.

La paternité à Guercino a été depuis acceptée par les spécialistes du peintre [2] et elle a figuré dans les rétrospectives de Bologne en 1991 et à Milan et Rome en 2003-2004 (voir la recension). Ces historiens d’art l’ont datée vers 1621/1622, c’est à dire du séjour romain, au moment où Guerchin, riche de son expérience émilienne et vénitienne, est appelé par son ancien client bolonais Alesssandro Ludovisi devenu pape sous le nom de Grégoire XV. La ville est alors le creuset de l’art baroque et la concurrence y est active. Cependant, Guerchin s’impose avec plusieurs chefs-d’œuvre dont la fresque de l’Aurore au Casino Ludovisi et les Funérailles de sainte Pétronille (Rome, musée du Capitole), deux réponses différentes au classicisme de Guido Reni. Dans ce tableau de dévotion, l’artiste utilise un fort contraste lumineux d’origine caravagesque et un raffinement de la matière qui doit autant aux Carrache qu’aux rubéniens comme Fetti, influences transcendées par l’expression de tendresse intime entre la mère et l’enfant.
Cette Madonne comble une importante lacune dans la belle série italienne du Städel Museum comme dans son riche ensemble de peintures européennes du XVIIe siècle. Il est d’ailleurs l’exact contemporain du Baburen entré en 2008 (Voir brève du 11/1/08). Contrairement aux collectionneurs d’autres pays, les allemands ont été peu sensibles au peintre de Cento, ce qui explique que les musées germaniques ne conservent qu’une dizaine de ses œuvres : les huit toiles conservées à Dresde sont entrées grâce à l’acquisition en bloc de la collection des ducs de Modène en 1745, et Berlin n’en possède qu’une seule, le Mariage de Sainte Catherine, achetée en 1970.

English version

Michel de Piles

Notes

[1Eduard Beaucamp était critique d’art à la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Dès les années 60, il a défendu le travail de Joseph Beuys, soutenu les documenta de Cassel et l’école de Leipzig ; Barbara est diplômée d’histoire de l’art et spécialiste de la céramique européenne et chinoise. Leur collection privée a été montrée au musée de Leipzig en 2009.

[2Luigi Salerno, Denis Mahon, I dipinti del Guercino, Roma 1988, p. 159, n° 80. David M Stone, Guercino, catalogo completo, Cantini, Florence 1991, p. 98, n° 77.

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