Dubreuil et Correa de Vivar : trois tableaux préemptés par le Louvre

24/09/10 – Acquisitions – Paris, Musée du Louvre – La rentrée commence sur les chapeaux de roue pour le Louvre qui, à peine Drouot réouvert, vient de préempter pas moins de trois tableaux à la vente organisée par la Société Boisgirard aujourd’hui 24 septembre.


1. Toussaint Dubreuil (1561 ?-1602) et assistant
Léda et le cygne
Huile sur toile - 150 x 201 cm
Préempté par le Musée du Louvre le 24/9/10
Photo : Boisgirard
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2. Toussaint Dubreuil (1561 ?-1602) et assistant
Angélique et Médor
Huile sur toile - 143 x 199 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Musée du Louvre
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Le premier est un Léda et le cygne présenté comme attribué à Toussaint Dubreuil (ill. 1), et justement mis en relation par la courte notice du catalogue avec l’Angélique et Médor du Louvre (ill. 2). La préemption s’explique aisément : de dimensions quasiment identiques, il s’agit effectivement du pendant de ce dernier tableau. La paire se trouvait jusqu’en 1951 chez Sir Bruce S. Ingram qui donna le premier au Louvre tandis que le second passa ensuite chez Wildenstein à Londres. Cette toile fut publiée notamment de manière très détaillée par Dominique Cordellier dans la notice consacrée à l’Angélique et Médor de l’exposition De Nicolo dell’Abate à Nicolas Poussin : aux sources du classicisme 1550-1650 [1] (Meaux, Musée Bossuet, 1988-1989). On ne sait en revanche s’il s’agit de deux pendants peints comme des tableaux de chevalet, ou des restes d’un décor. Dans le premier cas, il s’agirait, selon Sylvie Béguin citée par Dominique Cordellier qui confirme cette interprétation, de deux représentations allégoriques de la passion amoureuse. Dans le second (suggestion de Bernard Dorival), le lien entre les deux scènes pourraient être fait en déroulant l’histoire de Léda : Hélène de Troie est en effet souvent considérée comme née de son union avec le cygne (Zeus métamorphosé, rappelons-le) ; Hélène mène naturellement à Hector, l’un des fils de Priam, dont la descendance fut selon l’Arioste, Roger, l’un des héros de l’Orlando Furioso dont Angélique et Médor sont également deux protagonistes. Il est donc possible que cet éventuel décor ait mis face à face un cycle sur la guerre de Troie, et un autre sur l’Orlando Furioso. Si ce ne sont que des hypothèses, il est heureux que le Louvre ait réussi, plus d’un demi-siècle après leur séparation, à réunir à nouveau les deux tableaux (pour seulement 79 000 € sans les frais), effectivement réalisés par Toussaint Dubreuil, sans doute avec l’aide d’un assistant. Notons que ces dernières années, les musées français, essentiellement le Louvre et Ecouen, n’ont pratiquement pas laissé passer d’occasions d’acquérir les quelques peintures françaises importantes de la seconde moitié du XVIe siècle apparues sur le marché [2]


3. Juan Correa de Vivar (vers 1510-1566)
L’Adoration des bergers
Huile sur panneau - 145 x 117,5 cm
Préempté par le Musée du Louvre le 24/9/10
Photo : Boisgirard
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4. Juan Correa de Vivar (vers 1510-1566)
La Visitation
Huile sur panneau - 145 x 117,5 cm
Préempté par le Musée du Louvre le 24/9/10
Photo : Boisgirard
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Dans cette même vente, le département des peintures a également préempté une paire de panneaux par Juan Correa de Vivar, les premiers tableaux espagnols à entrer au Louvre depuis bien longtemps [3].
Jusqu’ici absent des collections publiques françaises, Correa de Vivar, qui fut l’élève de Juan de Borgoña, travailla à Tolède où il mourut en 1566. Ses œuvres sont essentiellement conservées dans la province de Tolède et au Prado qui en possède pas moins de 41. D’après la notice du catalogue de la vente, les deux œuvres acquises par le Louvre dateraient du début de la carrière du peintre, dans les années 1530-1540, et la Visitation pourrait être rapprochée de celle appartenant au musée madrilène [4]. Il s’agirait, d’après Isabel Mateo Gómez
, de l’Institut Diego Velázquez [5], de panneaux provenant d’un retable peint pour Salamanque qui devait également montrer une Adoration des Mages et une Annonciation. L’influence de Raphaël sur Correa de Vivar, souvent mise en avant, est visible ici principalement dans le paysage de la Visitation. Ces deux panneaux d’assez grande taille acquis par le Louvre présentent une certaine naïveté, caractéristique du style du tolédan et qui lui donnent tout son charme. Ces œuvres ont été adjugées 100 000 € (sans les frais).

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