Enchères à New York, de Passarotti à Edward Lear

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28/1/19 - Marché de l’art - New York - Bien qu’ayant déplacé sa vente de peintures au printemps, Christie’s New York organise toujours sa principale vacation de dessins en janvier, en même temps que les ventes de Sotheby’s.
Si le catalogue n’est guère épais, on trouve néanmoins quelques feuilles très importantes, notamment de l’École de Fontainebleau, avec un Primatice préparatoire à une composition de la galerie d’Ulysse et une Conversion de saint Paul de Niccolo dell’Abate (ill. 1) pour un tableau non retrouvé. Les deux œuvres étaient inédites jusqu’à aujourd’hui.


1. Niccolò dell’Abate (1509 ou 1511-1571)
La Conversion de saint Paul
Pierre noire, plume et encre brune, lavis brun, rehauts de blanc - 53,5 x 38,7 cm
Vente Christie’s New York, 31/1/19
Photo : Christie’s
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De Pierre de Cortone, on notera une feuille superbe, préparatoire à une fresque peinte par son élève Ciro Ferri pour le Salon d’Apollon au Palais Pitti (ill. 2). Parmi les autres dessins italiens, on signalera aussi une feuille reprenant plusieurs études de Saint Jérôme par Donato Creti.
Dans chaque vente, on remarque des œuvres de grande qualité, avec des estimations relativement basses, souvent car l’artiste n’a pas été identifié. C’est le cas ici d’un Persée et Andromède (ill. 3) particulièrement beau, portant un monogramme MW qui n’a pas été reconnu, estimé seulement 5 à 8 000 $ mais qui devrait probablement se vendre plus cher.


2. Pierre de Cortone
Étude de nymphe
Craie noire et blanche - 18,3 x 23,5 cm
Vente Christie’s New York, 31/1/19
Photo : Christie’s
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3. École allemande, vers 1600
Persée et Andromède
Pierre noire, plume et encre brune, lavis brun, rehauts de blanc - 14,5 x 18,4 cm
Vente Christie’s New York, 31/1/19
Photo : Christie’s
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Du XIXe siècle, nous reproduirons deux feuilles : un paysage (ill. 4) choisi parmi plusieurs œuvres superbes par Edward Lear, l’un des artistes britanniques les plus séduisants, dont les dessins restent relativement abordables, sans doute en raison de leur grand nombre, et une composition imposante d’Isidore Pils représentant La Réception de Napoléon III et d’Eugénie à Alger (ill. 5).


4. Edward Lear (1812-1888)
La Baie de Saint-Paul à Malte
Crayon, plume, encre brune et aquarelle, rehauts de blanc - 11,8 x 35,2 cm
Vente Christie’s New York, 31/1/19
Photo : Christie’s
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5. Isidore Pils
La Réception de l’Empereur Napoléon III et de l’Impératrice Eugénie à Alger le 18 septembre 1860
Craie noire, lavis brun, rehauts de blanc - 62,9 x 96,5 cm
Vente Christie’s New York, 31/1/19
Photo : Christie’s
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Restons dans le domaine du dessin avec Sotheby’s qui propose deux feuilles par deux des plus grands génies de l’art : Rubens et Raphaël. La première (ill. 6) est préparatoire à une figure de L’Élévation de la Croix de la cathédrale d’Anvers. La seconde (ill. 7), inédite, représente un soldat en armure et provient de la collection de Giuseppe Vallardi ; elle est peut-être préparatoire à une figure peinte sur majolique par Nicola da Urbino.


6. Pierre-Paul Rubens (1577-1640)
Étude de nu, jeune homme levant les bras
Pierre noire, rehauts de blanc - 49,1 x 31,5 cm
Vente Sotheby’s New York, 30/1/19
Photo : Sotheby’s
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7. Raffaello Sanzio, dit Raphaël (1483-1520)
Soldat debout en armure vu de profil
Plume et encre brune - 27,2 x 17,5 cm
Vente Sotheby’s New York, 30/1/19
Photo : Sotheby’s
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Nous signalerons aussi deux dessins à la sanguine, tous deux très typiques des artistes qui en sont les auteurs. L’un est dû à Cecco Bravo (ill. 8), l’autre est une draperie par Tanzio da Varallo (ill. 9). Ce dernier (et un autre de la même main) est estimé à un prix très raisonnable, sans doute en raison de son état un peu usé. Il reste que les feuilles de Tanzio sont suffisamment rares pour ne pas négliger une feuille de belle qualité et qui reste, malgré sa condition, tout à fait remarquable.


8. Francesco Montelaticci, dit Cecco Bravo (1607-1661)
Ange nu portant une croix
Sanguine, rehauts de blanc - 41,6 x 25,9 cm
Vente Sotheby’s New York, 30/1/19
Photo : Sotheby’s
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9. Tanzio da Varallo (1575/80-1632/33)
Étude de draperie
Sanguine, rehauts de blanc - 18,4 x 15,2 cm
Vente Sotheby’s New York, 30/1/19
Photo : Sotheby’s
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Les ventes de peintures et de sculptures de Sotheby’s sont riches de nombreux chefs-d’œuvre. C’est le cas d’un Christ triomphant aux coloris presque psychédéliques de Jan van Hemessen, dont on regrette seulement qu’il ait été découpé en partie sur les côtés (ill. 10). C’est le cas également d’un magnifique portrait d’homme de Bartolomeo Passarotti (ill. 11).


10. Jan Sanders van Hemessen (1504-1556)
Christ triomphant
Huile sur panneau - 77 x 58,5 cm
Vente Sotheby’s New York, 30/1/19
Photo : Sotheby’s
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11. Bartolomeo Passarotti (1529-1592)
Portrait de Giulio Franchini
Huile sur toile - 102,1 x 79,4 cm
Vente Sotheby’s New York, 30/1/19
Photo : Sotheby’s
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Depuis la rétrospective qui lui a rendu hommage et qui a permis sa redécouverte, peu de ventes importantes n’ont pas de tableaux de Michaelina Wautier. Celle-ci ne fait pas exception avec pas moins de deux tableaux de sa main, tous deux qui furent d’ailleurs présentés dans cette exposition, une tête de jeune garçon et, surtout, une nature morte que nous avions reproduite dans notre recension (voir l’article).
Parmi les toiles caravagesques de la vente, nous remarquerons celle de Francesco Boneri, désormais identifié à Cecco del Caravaggio, montrant la Dérision du Christ (ill. 13).


12. Michaelina Wautier (1604-1689)
Guirlande de fleurs entre deux crânes d’animaux avec une libellule, 1652
Huile sur panneau - 41,1 x 57,4 cm
Vente Sotheby’s New York, 30/1/19
Photo : Sotheby’s
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13. Francesco Boneri, dit Cecco da Caravaggio (1589/90-après 1620)
La Dérision du Christ
Huile sur toile - 52,5 x 65,5 cm
Vente Sotheby’s New York, 30/1/19
Photo : Sotheby’s
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Plusieurs tableaux des ventes de la journée et du soir étant dus à des mains féminines, la maison de vente a cru bon, pour aller dans l’air du temps, de les réunir sous l’appellation assez ridicule de « La femme triomphante ». Mais n’est-ce pas sexiste de vouloir distinguer des femmes peintres parce qu’elles sont femmes et non parce qu’elles sont souvent d’excellents peintres ? N’est-ce pas regrettable de parler de « triomphe de la femme » alors que l’on place dans la même section des œuvres magnifiques comme la nature morte de Michaelina Wautier (ill. 13) ou le Portrait de Mohammed Shervi Khan par Vigée Le Brun (ill. 14), et d’autres toiles beaucoup plus secondaires comme les deux pendants par Giulia Lama, femme peintre de l’orbite de Piazzetta dont le talent est tout de même assez limité (en tout cas dans ces deux peintures) ?


14. Elisabeth-Louise Vigée Le Brun (1755-1842)
Portrait de Mohammed Dervish Khan
Huile sur toile - 225,5 x 136 cm
Vente Sotheby’s New York, 30/1/19
Photo : Sotheby’s
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Disons un mot, par ailleurs, de ce portrait d’Élisabeth Vigée Le Brun, une nouvelle fois pour regretter la politique incohérente du ministère de la Culture et du Louvre pour les trésors nationaux. Voilà en effet l’une des œuvres les plus importantes de cette artiste, le portrait de l’Ambassadeur Indien à la cour de Louis XVI, présenté au Salon de 1789, qui était conservé en France et qui se retrouve sur le marché international sans que l’on fasse rien pour essayer de la retenir dans notre pays. Une fois de plus un évident trésor national sera sorti de France sans être présenté devant la Commission des trésors nationaux. Et nous n’en saurions rien s’il avait été vendu en vente privée, et non aux enchères...


15. Orazio Gentileschi (1563-1639)
La Chute des anges rebelles
Huile sur albâtre - 49,8 x 40,3 cm
Vente Sotheby’s New York, 30/1/19
Photo : Sotheby’s
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Si parmi les tableaux des femmes peintres Sotheby’s présente aussi une œuvre d’Artemisia Gentileschi, d’ailleurs plutôt de belle facture, nous préférerons reproduire ici celle peinte sur albâtre par son père, Orazio, représentant La Chute des anges rebelles (ill. 15).


16. Giuseppe Maria Mazza (1653-1741)
David vainqueur de Goliath
Terre cuite - H. 47,6 cm
Vente Sotheby’s New York, 31/1/19
Photo : Sotheby’s
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17. Giovanni della Robbia (1460-1529/30)
La Visitation
Terre cuite vernissée - 120 x 105 x 30 cm
Vente Sotheby’s New York, 31/1/19
Photo : Sotheby’s
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Nous terminerons cette recension avec quelques sculptures présentées par Sotheby’s, dont une grande terre cuite du bolonais Giuseppe Maria Mazza représentant Le Triomphe de David (ill. 16) et une grande Visitation de Giovanni della Robbia (ill. 17). On signalera enfin qu’un superbe Cupidon et son arc de Bertel Thorvaldsen (ill. 18), beaucoup plus beau que le sujet équivalent sculpté par Jacques Saly et entré naguère au Louvre, est proposé avec une estimation de 300 000 $, soit environ 15 fois moins que le musée parisien n’avait acheté cette dernière œuvre.


18. Bertel Thorvaldsen (1770-1844)
Cupidon et son arc, vers 1826-1828
Marbre - H. 100 cm
Vente Sotheby’s New York, 31/1/19
Photo : Sotheby’s
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