Enrichissements récents du Musée de Picardie

8/3/18 - Acquisitions - Amiens, Musée de Picardie - Désormais dirigé par Laure Dalon, après le départ d’Olivia Voisin pour Orléans, le Musée de Picardie poursuit une politique d’acquisition judicieuse et variée, soutenu par une Association des Amis des Musées d’Amiens particulièrement active (et réactive).

Le premier achat [1], pour 17 000 € hors frais, est un feuillet d’un missel enluminé (ill. 1), hélas démembré, qui avait été commandé vers 1480 pour un notable amiénois, Adrien de Hénencourt. Lors de la même vente (Romantic Agony, Bruxelles, 29 avril 2017), deux autres feuillets (L’Annonciation et La Crucifixion provenant du même missel n’ont pu être acquis par le musée car leur prix d’adjudication excédait ses moyens.
Ce missel, identifié par François Avril, est datable autour des années 1480 et porte les armes de l’évêque d’Amiens Ferry de Beauvoir dont Hénencourt était le neveu.


1. Amiens, vers 1480
La Visitation
Feuillet d’un missel latin enluminé sur
parchemin - 31,5 x 22 cm
Amiens, Musée de Picardie
Photo : Musée de Picardie
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2. Amiens, 1499
Arbre portant fruict d’éternelle vie
Fragment du Puy d’Amiens de 1499
Huile sur panneau - 27,5 x 17 cm
Amiens, Musée de Picardie
Photo : Caen Enchères
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L’association des amis a offert au musée un panneau peint (ill. 2) préempté chez Caen Enchères le 7 octobre 2017 pour la somme de 11 000 € sans les frais. Donné lors de la vente à Simon Marmion, peintre né près d’Amiens, ce tableau est bien picard, mais il s’agit en réalité d’un fragment du Puy d’Amiens de 1499, soit dix ans après la mort de Marmion. Les Puys - récemment mis à l’honneur dans l’exposition du Louvre « François Ier et l’art des Pays-Bas » - étaient des tableaux peints en l’honneur de la Vierge offerts chaque année par un membre de la confrérie du Puy Notre-Dame-d’Amiens. Ce fragment est issu de celui donné par Antoine de Cocquerel, conseiller au bailliage d’Amiens et bailli de Moreuil. On la connaît par une enluminure de 1518 conservée dans l’ouvrage Chants royaux en l’honneur de la Vierge au Puy d’Amiens (ill. 3) qui copie de manière assez libre de nombreux Puys. La partie inférieure de ce Puy (ill. 4) est également conservée au musée depuis 1838, date à laquelle le tableau était donc déjà découpé [2].


3. Amiens, 1499
Arbre portant fruict d’éternelle vie
Fragment du Puy d’Amiens de 1499
Huile sur panneau
Amiens, Musée de Picardie
Photo : Musée de Picardie
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4. Jacques Platel et
Jean Pichore (Paris, vers 1504-1506)
Chants royaux en l’honneur de
la Vierge au puy d’Amiens
, 1518
Paris, Bibliothèque nationale de France
Photo : BnF
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5. Abbeville, 1520-1540
Linteau de cheminée
Chêne - 32 x 238 x 10,5 cm
Amiens, Musée de Picardie
Photo : Musée de Picardie
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Un linteau en chêne sculpté (ill. 5 et 6), datant de la première moitié du XVIe siècle, a été préempté en vente publique le 17 février 2018 à l’hôtel des ventes de Boulogne-sur-Mer pour 4 300 € sans les frais. Il provient d’une maison située dans un faubourg d’Abbeville. Les sculptures sont proches de celles des tombeaux des Lannoy, qui se trouvent dans le chœur de l’église de Folleville, à une trentaine de kilomètres d’Amiens, ainsi que du décor du sarcophage du Christ du sépulcre de la chapelle des Lannoy, aujourd’hui conservé dans l’église Saint-Jean de Joigny. Enfin, le répertoire décoratif se retrouve également sur le cadre du Puy de 1518. Il s’agit donc d’un exemple rare et représentatif de la Renaissance en Picardie.


6. Abbeville, 1520-1540
Linteau de cheminée, détail
Chêne - 32 x 238 x 10,5 cm
Amiens, Musée de Picardie
Photo : Musée de Picardie
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Un autre don des Amis du Musée, acheté pour seulement 3 000 € (sans les frais) chez Osenat à Fontainebleau le 28 mai 2017 est une très intéressante maquette de chaire à prêcher (ill. 7), en cire et bois. L’inscription qu’elle porte, « chaire de l’église Saint Michel 1789 », permet de la dater précisément et de savoir qu’elle préparait la chaire de cette église détruite au début du XIXe siècle amiénoise La commande, documentée, permet de connaître le nom du sculpteur : Jacques-Firmin Vimeux. Cette belle chaire sculptée (ill. 8) fut détruite dans les bombardements de la Première guerre mondiale qui ont frappé l’église Saint-Firmin de Morbecque dans le Nord où elle avait été transportée. Les modèles de chaire en cire sont extrêmement rares, ce qui renforce encore l’intérêt de cette œuvre.


7. Jacques-Firmin Vimeux (1740-1828)
Maquette de chaire à prêcher, 1789
Cire brune, bois - H. 44 cm
Amiens, Musée de Picardie
Photo : Musée de Picardie
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8. La chaire de Vimeux dans l’église
Saint-Firmin de Morbecque, avant la
Première Guerre mondiale
Carte postale ancienne
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Dans le grand Salon du Musée de Picardie, on peut admirer une très belle peinture intitulée Le Dernier soupir du Christ (ill. 9), par Jean-Michel Gué. L’artiste avait évidemment regardé la gravure de Rembrandt Les Trois croix. Notons que cette composition servit de modèle à un vitrail de Sèvres qui se trouve dans la chapelle royale de Dreux.
La galerie Antoine Tarantino a récemment trouvé un grand dessin préparatoire à cette composition (ill. 10) qui a été achetée par les Amis du musée. Sa technique, au lavis d’encre brune, est frappante en ce qu’elle fait penser davantage à un dessin du XVIIe siècle. On ne peut d’ailleurs, plutôt qu’à Rembrandt, s’empêcher d’évoquer ici Nicolas Poussin.


9. Julien-Michel Gué (1789-1843)
Le Dernier soupir du Christ
Lavis d’encre brune - 30 x 43,4 cm
Amiens, Musée de Picardie
Photo : Musée de Picardie
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10. Julien-Michel Gué (1789-1843)
Le Dernier soupir du Christ, 1840
Huile sur toile - 185 x 260,5 cm
Amiens, Musée de Picardie
Photo : Musée de Picardie
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Enfin, concluons cette revue des acquisitions récentes du musée par un grand tableau de Salon d’Albert Maignan acquis auprès de la galerie bordelaise L’Horizon Chimérique. L’Insulte aux prisonniers - Episode de la croisade contre les Albigeois en 1211 (ill. 11) fut présenté par l’artiste au Salon de 1875. Cette très belle peinture par un artiste encore jeune montre l’influence qu’eut sur lui l’un de ses maîtres que fut Évariste Luminais, notamment dans les prisonniers hérétiques enchainés au premier plan à gauche, qu’insultent les bourgeois de la ville, et dans le soldat à cheval à l’arrière plan à droite.


11. Albert Maignan (1845-1908)
L’Insulte aux prisonniers - Épisode de la
croisade contre les Albigeois en 1211
, 1875
Huile sur toile - 110 x 150 cm
Amiens, Musée de Picardie
Photo : Musée de Picardie
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La composition est particulièrement impressionnante, avec la silhouette géométrique des remparts de la cité et les coloris très doux, presque pastels, qui contrastent avec la violence de la scène. Le Musée de Picardie conservait déjà une esquisse peinte et plusieurs dessins préparatoires à cette œuvre.

Didier Rykner

P.-S.

9/3/18 : On me fait remarquer que la directrice du Musée de Picardie était Sabine Cazenave, ce qui est exact, mais ne changer rien à ma première phrase.

Notes

[1Nous traiterons des œuvres dans leur ordre chronologique. Nous remercions Laure Dalon pour les notices qu’elle nous a transmises, d’où nous avons tiré de nombreuses informations reprises ici.

[2Notons qu’Adrien de Hénencourt dont nous parlions plus haut, était également membre de la confrérie et commanda le Puy de 1492, connu seulement par sa copie dans les Chants royaux en l’honneur de la Vierge au Puy d’Amiens.

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