Grâce à In Situ, redécouverte de deux esquisses de Bruno Chérier

31/8/09 – Publication Internet (et découverte) – Comme nous l’écrivions récemment (voir brève du 22/7/09), non seulement la parution d’In Situ, la revue de l’Inventaire, sur Internet, n’est pas interrompue, mais le rythme des publications semble s’accélérer puisqu’un nouveau numéro vient d’être mis en ligne, consacré au patrimoine religieux des XIXe et XXe siècles, et qu’un second dédié au même sujet est annoncé pour l’automne 2009, c’est-à-dire très bientôt.

Les articles contenus dans cette livraison sont tous passionnants. L’un d’eux nous a permis de retrouver l’attribution de deux esquisses peintes conservées dans une collection particulière parisienne. Elles avaient jusqu’ici résisté à toute tentative d’identification, même s’il paraissait probable, de par leur style, que leur auteur était un élève de François-Edouard Picot, qui fut à la tête d’un des ateliers les plus fréquentés à Paris au XIXe siècle.

1. Bruno Chérier (1817-1880)
La Vierge de l’Immaculée Conception
Peinture murale
Loos, église Notre-Dame-de-Grâce
Photo : P. Thibaut / Inventaire général
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2. Bruno Chérier (1817-1880)
La Vierge de l’Immaculée Conception
Huile sur toile - 43 x 64 cm
Paris, collection particulière
Photo : Didier Rykner
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Signée de Catherine Guillot, conservateur du patrimoine au service de l’Inventaire général du Nord-Pas-de-Calais, cette étude intitulée La peinture religieuse monumentale, une expression artistique emblématique du nord de la France au XIXe siècle ?, publie une peinture murale (ill. 1) faisant partie d’un cycle de seize compositions consacrées à la vie de la Vierge, exécutées dans la nef de l’église Notre-Dame-de-Grâce à Loos par Bruno Chérier. Elle représente la Vierge de l’Immaculée Conception entourée de David et Isaïe, des Archanges saint Michel et saint Gabriel agenouillés et de quatre anges volant et lui lançant des fleurs. L’esquisse préparant cette œuvre (ill. 2) présente de très nombreuses variantes : les anges, notamment, sont au nombre de six, debout et ne jettent plus de fleurs ; David est tourné vers la Vierge et saint Michel ne porte pas de bouclier...

3. Bruno Chérier (1817-1880) et (?)
Archange Bodin (1838-1902)
La Visitation, 1875
Peinture murale
Loos, église Notre-Dame-de-Grâce
Photo : P. Thibaut / Inventaire général
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4. Bruno Chérier (1817-1880)
La Visitation
Huile sur toile - 43 x 64 cm
Paris, collection particulière
Photo : Didier Rykner
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La seconde esquisse, préparatoire à La Visitation (ill. 3), est de bien meilleure qualité que la peinture définitive (ill. 4) Dans l’ouvrage qu’elle prépare sur Bruno Chérier, qui devrait paraître prochainement, Catherine Guillot avait noté la faiblesse de cette dernière, puisqu’elle y écrit : « Lorsqu’il travaillait à Loos, Chérier souffrait cruellement des yeux, il se plaint beaucoup dans sa correspondance. La Visitation date de 1875 (en 1881 son élève Archange Bodin achève Jésus parmi les docteurs). Bodin aurait-il également participé à La Visitation ? Il faut aussi tenir compte du fait que les décors sont placés très haut et qu’il est difficile de calculer la perspective. » [1] Il semble clair, maintenant que l’on peut comparer l’esquisse et l’œuvre réalisée (qui présentent beaucoup moins de différences entre elles que l’Immaculée Conception), que cette dernière, au moins pour les figures de la Vierge et de Zacharie, est effectivement due à un élève moins doué.

Le nord de la France est ainsi riche de plusieurs décors importants par des artistes méconnus du XIXe siècle. Si Victor Mottez, grâce à la présence au Louvre du Portrait de Madame Mottez (fresque qu’Ingres lui-même fit transposer sur toile), à ses décors parisiens et à l’étude qui lui est consacrée dans le livre de Bruno Foucart Le renouveau de la peinture religieuse au XIXe siècle, n’est pas oublié des historiens de la peinture, des artistes aussi intéressants que Bruno Chérier (que l’on connaît davantage comme ami de Carpeaux), Alphonse Colas, Joseph Hussenot, Albéric-Victor Duyver ou Charles Daverdoing (voir brève du 19/10/07) restent à peu près ignorés, même des spécialistes. L’étude de Catherine Guillot publiée dans In Situ, son prochain ouvrage à paraître sur Bruno Chérier et l’exposition dont nous avions rendu compte Du dessin au vitrail. Peintres et maîtres verriers du XIXe siècle au nord de la France (voir l’article [2]) contribuent à une véritable redécouverte de la peinture religieuse au XIXe siècle dans cette région. Un patrimoine d’ailleurs encore mal protégé puisque de très nombreux décors, dont celui de Bruno Chérier à Loos, ne sont ni classés ni inscrits.

Didier Rykner

Notes

[1Nous remercions Catherine Guillot pour les renseignements qu’elle nous a fournis pour l’écriture de cette brève

[2Nous écrivions alors que Chérier était bien inférieur à Mottez, en nous basant sur les cartons de vitraux présentés dans l’exposition. Si la supériorité de Mottez sur Chérier est indéniable, les décors peints de ce dernier sont néanmoins de très bonne facture. Sur Chérier, on peut également lire un autre article de Catherine Guillot publié dans le n° 1 de In Situ.

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