Hidalgo inaugure la place du Panthéon, entre aire d’autoroute et cour de récréation

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Anne Hidalgo a donc inauguré la « nouvelle place du Panthéon » (ill. 1) vendredi 12 octobre, et s’est empressée de le faire savoir avec fierté. Se situant dans le droit fil du général Leclerc (en un peu moins risqué), elle l’a « libérée des voitures ». Un exploit qu’il était simple de réaliser il est vrai : simplement interdire le stationnement autour du monument et délimiter la zone avec des chaines comparables à celles que l’on peut voir sur la place devant la façade (ill. 2), la seule partie de la place épargnée par ce réaménagement.


1. Place du Panthéon
Photo : Didier Rykner
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2. Place du Panthéon, devant la façade,
seule partie épargnée par le réaménagement
Photo : Didier Rykner
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3. Place du Panthéon
Photo : Didier Rykner
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Mais non. Avec le goût et l’amour de Paris qui caractérise l’édile, il a fallu aller plus loin, et transformer ce lieu en aire d’autoroute. Sur ce plan, nous sommes d’accord avec elle, l’aménagement est une véritable réussite. D’ailleurs, le communiqué nous le dit : « les bancs, tables et plateformes semi-allongées qui parsèment cette aire piétonne sont déjà très fréquentés ». Les étudiants, en effet, envahissent les lieux entre leurs cours. Nous sommes injuste donc : ce n’est pas seulement une aire d’autoroute. C’est un mixte entre l’aire d’autoroute et la cour de récréation. Quoi d’étonnant d’ailleurs : vous mettez des bancs et des tables, il fait beau, et les étudiants viennent y lire, y travailler, y manger et pourquoi pas s’y faire bronzer (ill. 3). Cet hiver, ce sera sans doute moins fréquenté...


4. Place du Panthéon
Photo pris en 2017, mais ce
mobilier est le définitif
Photo : Didier Rykner
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5. Table de pique-nique en vente chez Castorama
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Comment faire comprendre à ceux qui s’extasient que tout cela était possible (sauf peut-être se faire bronzer) en y créant un bel aménagement, avec un mobilier digne de Paris, ce mobilier que la municipalité s’efforce de faire disparaître un peu partout ? Les tables de pique-nique (ill. 4) et les bancs semblent tout droit sortis d’un magasin Castorama (ill. 5), les pots où de pauvres arbres vont finir par crever (ill. 7), de Jardiland. Des bouts de trottoir réutilisés (on est écologique à la Mairie de Paris, on ne jette rien) font office de décoration.


6. Place du Panthéon
Photo : Didier Rykner
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7. Place du Panthéon
Photo : Didier Rykner
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Il a fallu deux ans, nous dit la mairie, pour pondre cela, avec le concours du « collectif les MonumentalEs » - nous conseillons la lecture de leur site hilarant [1] - et « l’implication de plus d’un millier de Parisiennes et de Parisiens, qui ont participé pendant deux ans à des ateliers de concertation et de co-conception ». Hidalgo, c’est le peuple et l’imagination au pouvoir.

Rappelons aux non Parisiens que le Panthéon est à 5 minutes à pied du jardin du Luxembourg, ce qui rendait de toute façon assez relatif la nécessité d’un tel réaménagement. Au moins celui-ci a-t-il un mérite : il suffira de quelques camions bennes pour en débarrasser la place, une fois Paris à nouveau libéré, mais cette fois de cette équipe municipale.

Didier Rykner

Notes

[1On y lit notamment leur profession de foi : ils veulent « déjouer une géographie sociale pour aller vers un territoire hybride et ouvert sur les grandes questions urbaines de demain : l’eau, l’air, la flore, la vie sociale, l’égalité, le partage, le recyclage tant des lieux que des matières, les mobilités, les nouvelles économies, et projeter la vie dans les espaces ». Sic, sic et resic.

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