Jacob et ses fils, douze Zurbarán menacés de vente à Durham, en Angleterre

1. Francisco Zurbarán (1598-1664)
Nephtali et Joseph
Huile sur toiles - 200 x 100 cm (chacun)
Bishop Auckland, Auckland Palace
Photo : Auckland Palace
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8/12/10 – Patrimoine – Bishop Auckland, Auckland Palace – En février 1756, Richard Trevor, l’évêque de Durham en Angleterre, acheta une série de tableaux de Francisco Zurbarán représentant Jacob et ses fils (ill.), les fondateurs des douze tribus d’Israël (sur ces treize tableaux, l’un est une copie du XVIIIe siècle par Arthur Pond, mais les douze autres sont originaux). Il souhaitait célébrer par cette acquisition le « Jew Act » qui, en 1753, permit la naturalisation des juifs en Angleterre. Cet ensemble a été conservé depuis cette date dans la résidence de l’évêque, Auckland Palace, à Bishop Auckland, et toujours exposé au public dans la salle à manger qui fut aménagée spécialement pour les recevoir.

Ces douze tableaux de Zurbarán, qui font partie du patrimoine britannique et européen, sont aujourd’hui menacés de vente par les « commissaires de l’Église ».
Les « Church commisionners », au nombre de trente-trois, sont chargés, depuis 1948, d’administrer les biens de l’église d’Angleterre et notamment de payer les émoluments du clergé. Leur logique est purement financière et ils considèrent ces œuvres uniquement comme un actif que l’on peut valoriser. Ils profitent d’ailleurs de la vacance actuelle de l’évêché de Durham pour organiser cette vente au printemps prochain, sachant que le précédent évêque y était opposé comme pourrait l’être le prochain. Il est probable selon certains observateurs que la vente des « actifs » ecclésiastiques aille beaucoup plus loin, le prochain sur la liste pouvant être le Auckland Palace lui-même (ill. 2), siège de l’évêché de Durham depuis plus de 800 ans.


2. Auckland Palace
Durham, Angleterre
Photo : Pit-yacker, Wikimedia Commons
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Nous avons demandé au ministère anglais de la Culture quelle était la position du gouvernement britannique à ce sujet. La seule réponse qui nous a été apportée n’est pas du tout satisfaisante : « Si les peintures sont vendues et qu’une autorisation d’exportation est demandée, le ministère examinera si les peintures sont, ou non, d’importance nationale. Si c’était le cas, ils pourraient alors accorder un délai pour permettre à un acheteur britannique de réunir l’argent pour acquérir les peintures [1] » (les commissioners estiment qu’elles pourraient leur rapporter 15 millions de livres). On sait, malheureusement, que ce système ne permet que rarement de sauver de l’exportation des tableaux vendus au Royaume-Uni. Et l’achat même par un autre musée ne serait certainement pas une bonne solution car il faudrait que les peintures puissent être conservées in situ.

On a peine à le croire, mais la braderie invraisemblable du patrimoine historique et la baisse des crédits que nous connaissons en France sévit avec encore plus de violence dans certains pays européens comme l’Angleterre ou même l’Italie. Face à l’Europe des vandales, il est indispensable de faire preuve de solidarité. Au Royaume-Uni, de nombreuses voix s’élèvent contre la vente de ces tableaux de Zurbarán. Le magazine Country Life a publié aujourd’hui une lettre ouverte aux commissioners signée notamment par de nombreux historiens de l’art et directeurs de musées [2].

English version

Didier Rykner

Notes

[1« If the paintings are sold and an export licence applied for, Ministers would consider whether or not the paintings were of national importance. If so, they would normally delay their decision on whether or not to grant an export licence in order to allow UK buyers time to raise the money to purchase the paintings. »

[2Il ne semble cependant pas y avoir encore de pétitions en ligne.

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