L’abbatiale de Sénanque en passe d’être sauvée

30/7/19 - Patrimoine - Abbaye de Sénanque - Pour qui visite l’abbaye de Sénanque (ill. 1), son état de péril ne saute pas aux yeux. Les bâtiments monastiques, dont le cloître, apparaissent en bon état, et même l’abbatiale quand on pénètre à l’intérieur (uniquement désormais par le transept gauche sans pouvoir avancer davantage) semble solide.


1. L’abbaye de Sénanque
Photo : Didier Rykner
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2. Nef de l’abbaye de Sénanque où l’on voit nettement la fissure indiquant des désordres architecturaux (27/7/19)
Photo : Didier Rykner
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Mais il y a un an, une large fissure est apparue dans la nef (ill. 2) et le diagnostic est tombé : les murs pignons étaient en train de se désolidariser des murs gouttereaux et l’église risquait tout simplement de s’effondrer.
Comme pour la cathédrale de Beauvais, ces désordres sont dus à une « restauration » antérieure. Comme on le voit en effet sur une vue de la fin du XVIIIe siècle conservée à la bibliothèque Inguimbertine de Carpentras (ill. 3), le mur était contrebuté à l’origine par la colline, puis par l’édification d’une chapelle néogothique. Celle-ci a été stupidement supprimée en 1974 dans une recherche absurde d’unité stylistique, ce qui a supprimé la butée, entrainant les désordres actuels ! Nous n’avons pas réussi à trouver le nom du brillant architecte qui a réalisé cet exploit...


2. Vue de l’abbaye de Sénanque où l’on
voit le bas-côté est stabilisé par le bas
de la colline
Dessin conservé à la bibliothèque Inguimbertine de Carpentras
Photo trouvée sur le site de Sénanque
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3. Comparatif trouvé sur le site de Sénanque
à gauche, la chapelle aujourd’hui détruite
à droite, l’abbaye sans la chapelle et donc
sans butée
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Dans l’urgence, les moines (qui n’étaient pas encore sur place lorsque la chapelle a été supprimée et qui ne portent donc aucune responsabilité) ont été contraints en août dernier d’étayer le bas-côté est de l’église (ill. 4) pour remplacer cette butée, qui ne se voit que lorsqu’on se dirige vers la partie de l’abbaye qui sert d’hôtellerie. Cela leur coûte pas moins de 7 000 euros par mois.


4. Le bas-côté est actuellement étayé (27/7/19)
Photo : Didier Rykner
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L’appel des moines, largement relayé par la presse, les réseaux sociaux, et certaines personnalités comme Stéphane Bern ou Élie Semoun [1] a finalement porté ses fruits. Comme on nous l’a confirmé lors de notre visite à l’abbaye, et comme cela a été confirmé il y a deux jours par Le Point, l’argent nécessaire à la restauration (2,2 millions d’euros) a pu être pratiquement entièrement trouvé, et le choix de la mission Bern d’inclure l’abbaye dans sa nouvelle campagne permettra de boucler sans problème le budget.


5. Photomontage trouvé sur le site de l’abbaye
À gauche, état actuel. À droite, état futur
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Les travaux consisteront notamment à édifier des contreforts sur le bas-côté est d’une manière qui ne nuira aucunement à son harmonie architecturale comme le démontrent les photos que l’on trouve sur le site de l’abbaye (ill. 5). La coupole qui subit également des désordres structuraux sera par ailleurs cintrée et des micropieux renforceront les soubassements. Le chantier devrait débuter cet automne.

Didier Rykner

Notes

[1Le comédien a fait plusieurs retraites à Sénanque et a largement contribué à médiatiser son état de péril.

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