La BRAFA 2019 ouvre ses portes

Bruxelles, du 26 janvier au 3 février 2019

1. Entourage de Guillaume Kerricx the Elder (1652-1719)
Ange, Anvers, vers 1700
Chêne - H 173 cm
Galerie Sismann
Photo : Galerie Sismann
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L’art ancien est-il démodé ? La galerie De Backker a choisi, pour cette nouvelle édition de la BRAFA, de mêler peintures et sculptures médiévales à quelques œuvres d’art contemporain, tandis que Gabriela Sismann, qui a réuni une demi-douzaine de pièces du Siècle d’or hollandais et flamand, explique qu’elle tente de séduire les collectionneurs en insistant sur la modernité d’un ange baroque amputé de ses bras (ill. 1). Monumental, sculpté en chêne sans doute pour un confessionnal ou une chaire dans la région d’Anvers, il est attribué à l’entourage de Guillaume Kerricx le Vieux. Et qu’on le trouve moderne ou pas, il frappe par l’expression extatique de son visage, la complexité de sa pose, l’abondance décorative des drapés.

Plus généralement, la nouvelle orientation prise par la foire de Bruxelles depuis trois ans se confirme : sur les seize galeries qui participent pour la première fois cette année à la BRAFA, une dizaine d’entre elles sont spécialisées en art moderne et contemporain. C’est le cas par exemple de Brame et Lorenceau (Paris), de la galerie Cortesi (Londres) ou de Rosenberg & Co (New York). Et puis cette 64e édition se gargarise d’avoir pour invités d’honneur le duo d’artistes Gilbert et George, dont cinq photomontages de grand format sont répartis dans le parcours.

2. Attribué à
Hugues Sambin (vers 1520-1601)
Cabinet à deux corps orné des figures de Lucrèce et de Tarquin
aux armes de la famille Diodati,
vers 1570-1580
Noyer - 192 x 138 x 58 cm
Galerie Steinitz
Photo : bbsg
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Parmi les nouveaux exposants, seuls deux sont étiquetés « art ancien » : Sandro Morelli (Florence) spécialiste de « Haute Époque » (l’expression d’usage est un peu fourre-tout), et Röbbig München (Munich) qui propose de la porcelaine de Meissen. Les arts dit premiers perdent du terrain avec le départ de Philippe Ratton ou du Canadien Jacques Germain, ils restent malgré tout dignement représentés par un certain nombre de galeristes tels que Didier Claes qui a réuni un ensemble impressionnant de peignes de la République du Congo. L’archéologie est un autre point fort de ce rendez-vous, avec les galerie Phoenix, Finch & Co, Gilgamesh et beaucoup d’autres... 133 marchands en tout sont réunis, un chiffre équivalent à celui de l’année dernière ; les Belges sont évidemment les plus nombreux avec une grosse cinquantaine de représentants, suivis de près par les Français. L’éclectisme étant l’une des caractéristiques de cette foire, les spécialités ne sont pas réparties par secteurs, mais volontairement mélangées.

Fidèle au rendez-vous, la galerie Steinitz présente comme toujours un stand spectaculaire, sur lequel un petit bureau de Cressent fait face à une commode du XVIe siècle, attribuée au Bourguignon Hugues Sambin (ill. 2). Un blason visible à l’intérieur suggère qu’elle a appartenu à la famille Diodati originaire de Lucques. Dans l’une des deux niches de la partie supérieure, une femme se perce la poitrine sans sourciller ; c’est Lucrèce et sans doute l’homme qui lui fait pendant est-il Tarquin Collatin. L’École des Beaux-Arts conserve plusieurs dessins de Sambin qui sont autant d’études d’éléments décoratifs très similaires à ceux qui ornent cette commode : trophées, guirlandes de fruits, rinceaux, mascarons, têtes de Lion, palmettes et bien sûr le chou-bourguignon. En guise de cariatides, des bustes de faunes posés sur une gaine. Cette commode est comparable à d’autres meubles de Sambin, conservés à l’Ermitage, au Rijksmuseum ou encore au Musée d’Écouen.

3. Elisabeth Sonrel (1874-1953)
Ligeia
Salon des artistes français de 1904
Huile sur toile - 61,8 x 41,5 cm
Galerie Alexis Bordes
Photo : Alexis Bordes
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La peinture ancienne est le parent pauvre de la foire. On se consolera avec Deux Beautés de la fin du XIXe siècle chez Alexis Bordes, la sage brune et la blonde lascive, peintes par Kornél Mária Spányik. À côté, une rousse incendiaire est représentée en 1904 par Elisabeth Sonrel (ill. 3) : c’est Ligeia, héroïne d’Edgar Poe, qui devrait plutôt avoir des cheveux d’un noir corbeau, sa beauté troublante étant précisément décrite par l’écrivain. Mais le peintre a préféré traduire avant tout le mystère de celle qui, une fois morte, apparaît dans les visions fantasmagoriques de son mari. Éploré, celui-ci se souvient que « la toujours placide Ligeia, à l’extérieur si calme, était la proie la plus déchirée par les tumultueux vautours de la cruelle passion ».

Autre beauté placide et rousse : l’otarie en cuivre de Gabriel René Lacroix trône sur le stand de Xavier Eeckhout (ill. 4) aux côtés d’un fantomatique Fennec de Raymond de Meester de Betzenbroeck, et de la faune nerveuse, sinon sauvage, de Bugatti, Bouledogue ou Biche avec ses deux faons. Lacroix fait preuve d’une virtuosité certaine en martelant une seule feuille de métal pour façonner sa sculpture ; il utilise en fin de compte une technique réservée à la dinanderie ou à l’orfèvrerie. On connaît trois exemplaires de cette œuvre qui fut exposée au Salon des artistes décorateurs de Paris en 1926 ; l’une d’elles se trouve au Musée de Roubaix.
Massive et débonnaire, la lionne de Georges Guyot (ill. 5) contraste, sur le stand de la galerie Cento Anni, avec la nuée de petites danseuses des années 1930, réalisées par Demeter Chiparus ou par Ferdinand Preiss qui aiment l’un et l’autre combiner le bronze, l’ivoire et l’onyx.


4. Gabriel René Lacroix (1894 - 1963)
Otarie, 1926
Cuivre martelé, socle en palissandre
Galerie Xavier Eeckhout
Photo : Galerie Xavier Eeckhout
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5. Georges-Lucien Guyot (1885-1973)
Lionne assise
Bronze - 71,5 x 48 x 55,5 cm
Galerie Cento Anni
Photo : Cento Anni
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Même matière, autre ton : un Christ en ivoire, galerie Mullany, impressionne par sa taille et par la qualité de ses détails (ill. 6). Réalisé dans une défense, il en épouse la courbe, ce qui lui donne de la grâce tout en renforçant l’idée d’un corps supplicié, décrit avec naturalisme. La douleur sur le visage s’exprime par les larmes, les yeux levés, la bouche entrouverte. La sculpture est attribuée à Giovanni Battista Bissoni, fils de Domenico ; il fut actif à Gênes dans la première moitié du XVIIe siècle et réalisa un certain nombre de crucifix comparables à celui-ci, qui se distingue néanmoins par la qualité de son exécution et par le prestige de sa provenance, puisqu’il a appartenu à la reine consort Elena de Montenegro qui l’a offert ensuite à Guglielmina Campello della Spina.


6. Giovanni Battista Bissoni,
(vers 1600-1610– 1657)
Christ en croix, Gênes vers 1630 – 1640
Ivoire
Galerie Mullany
Photo : Mullany
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7. Vierge à l’enfant, Anvers, vers 1704
Argent, bios ébène - H 34 cm
Orfèvre : Josephus I Hennequin
Galerie d’Arschot
Photo : Luk Vander Plaetse
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Exemple intéressant de collaboration entre un orfèvre anversois et un sculpteur malinois au début du XVIIIe siècle, une Vierge à l’enfant, présentée par la galerie D’Arschot & Cie est probablement un objet de dévotion privée (ill. 7). La figure pourrait être attribuée au sculpteur van Dooren tandis que la structure en argent repoussé et ciselé est de Josephus I Hennequin.


8. Raymond-Louis Charmaison (1876-1955)
Végétation fantastique
Huile sur toile - 100 x 81 cm
Galerie Philippe Heim
Photo : Philippe Heim
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Achevons ce parcours par l’invitation au voyage de Philippe Heim : on passe de la savane africaine incarnée par les girafes sculptées par Damien Colcombet, aux neiges du Groenland peintes par le Danois Emmanuel Petersen, et l’on finit dans une Végétation fantastique de Raymond-Louis Charmaison qui fut peintre de chevalet, peintre décorateur, et fournit également des maquettes de tapis à Aubusson (ill. 8).


9. Rapière offerte en 1630 par Charles Ier d’Angleterre à Rubens.
Photo : Fondation Roi Baudouin
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Deux expositions sont enfin organisées dans le cadre de la BRAFA. Pour fêter son centenaire, la ROCAD (Royal Chamber of Art Dealers) - anciennement connue sous le nom de Chambre royale des antiquaires et des négociants en œuvres d’art de Belgique - a proposé à ses membres de présenter un objet qui les a marqués, qu’ils ont vendu à un collectionneur ou à un musée et qui a donc été prêté pour l’occasion. Ce sont ainsi quelque quarante objets d’art de toutes sortes qui sont déployés sur un mur comme autant de trophées.
Enfin, la Fondation du Roi Baudouin réunit les acquisitions de ces dernières années. La plus récente est l’épée de Rubens (ill. 9). Ce sont les descendants de l’artiste, les enfants du Comte van der Stegen de Schrieck qui l’ont donnée à la Fondation. Celle-ci la mettra en dépôt au musée du Grand Curtius à Liège et l’exposera en été au château de Wagnée (Province de Namur). Cette rapière fut offerte à Rubens en 1630 par Charles Ier d’Angleterre, pour le remercier non de ses talents de peintre, mais de diplomate.

Informations pratiques : Tour & Taxis, Avenue du Port 88, BE-1000 Bruxelles, Belgique. Ouvert tous les jours de 11 h à 19 h, jusqu’ à 22 h le 31 janvier. Tarif : 25 € (réduit 10 €).

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