La donation Algaza Villamil au musée du Prado

1. Jacopo Ligozzi (vers 1547-1627)
Allégorie de la Rédemption, vers 1587
Huile sur panneau – 48 x 32 cm
Madrid, Museo del Prado
Photo : Museo del Prado
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6/4/17 – Acquisitions – Madrid, Museo del Prado - Il y a trente ans, la jeune démocratie espagnole sauvait le Portrait de la marquise de Santa Cruz de Goya, menacé d’être exporté, et obtenait dans la foulée le transfert de la collection Thyssen de Lugano à Madrid. Le signal était donné : ce pays aimait ses musées et les collectionneurs. Trente ans, c’est ce qu’il faut pour bâtir des collections importantes, réunir des ensembles cohérents, dans l’art ancien, patrimonial, comme pour les artistes contemporains. Trois décennies plus tard, les musées espagnols, et particulièrement le Prado, retirent les fruits de l’élan politique donné à cette époque. Rappelons rapidement les collections qui y sont entrées récemment [1] (collection Naseiro - brève du 29/7/06, donation Várez Fisa - brève du 29/1/13, donation Plácido Arango - brève du 10/7/15).

Cette fois, c’est l’avocat et professeur de droit constitutionnel, Oscar Alzaga Villaamil, qui a laissé les conservateurs choisir six peintures dans sa collection dans le but de compléter les lacunes du musée, et qui va financer l’acquisition d’une septième [2]. Comme dans le cas de Plácido Arango ou d’Alicia Koplowitz, celui-ci a souvent acquis des œuvres à l’étranger dans le but de les rapatrier dans la péninsule.

De Jacopo Ligozzi, un peintre réellement réévalué depuis le début du siècle [3], le Prado avait acquis un retable aux proportions colossales, la Naissance de la Vierge, en 1982, aux antipodes de la petite Allégorie de la rédemption (ill. 1) qui vient de lui être offerte. La composition, basée sur un jeu de triangles emboîtés les uns dans les autres, est mise au service de l’iconographie de la Contre-Réforme, une vanité sur le Salut. Le discours n’empêche pas les citations raffinées, comme le raccourci du Christ d’après Mantegna ou l’aspect étrange du Péché enchaîné évoquant le vieillard Temps. Le squelette en mouvement rappelle les célèbres dessins à rehauts d’or de cet artiste. Il a été suggéré que ce panneau ait été commandé par François Ier de Médicis pour la Tribune des Offices.


2. . Juan Sánchez Cotán (1560-1627)
La Vierge donnant la chasuble à saint Ildelphonse
Huile sur toile – 156 x 116 cm
Madrid, Museo del Prado
Photo : Museo del Prado
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La célébrité de Sánchez Cotán est due à trois ou quatre natures mortes de bodegón, austères et mystiques (San Diego Museum). Il n’était représenté au Prado que par l’une d’elle, obtenue grâce aux aérages du legs Villashuescas en 1991 et par le Portrait d’une femme à barbe. Pourtant, ce frère convers à la Chartreuse de Grenade peignit essentiellement des sujets religieux et des retables, dans le sillage du luminisme de Luca Cambiaso, très important pour le réalisme en Espagne vers 1600. La donation contient une Vierge donnant la chasuble à saint Ildephonse (ill. 2), un thème typiquement espagnol, traité notamment par Velázquez ou Murillo [4]. On connait d’ailleurs une autre peinture sur ce sujet de sa main (Grenade, Museo de Bellas Artes), de composition différente, mais où figurent aussi les trois anges adolescents à droite [5].


3. Francisco de Herrera le Vieux (1576-1654)
Saint Jérôme dans le désert, vers 1640
Huile sur toile – 143 x 100 cm
Madrid, Museo del Prado
Photo : Museo del Prado
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4. Antonio del Castillo y Saavedra (1603-1668)
L’Immaculée Conception, vers 1645-1650
Huile sur toile – 193 x 131 cm
Madrid, Museo del Prado
Photo : Museo del Prado
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Magnifiquement représenté au Louvre ou au musée de Séville, Herrera le Vieux n’est présent dans les salles du Prado que par une des toiles du cycle de saint Bonaventure, donnée en 1922. Le Saint Jérôme (ill. 3), tardif, est typique de son naturalisme ; il avait d’ailleurs été montré dans l’exposition sur ce sujet de 2005 (voir l’article).


5. Eugenio Lucas Velazquez (1817-1870)
Paysage romantique, 1852
Huile sur toile - 120 x 168,5 cm
Madrid, Museo del Prado
Photo : Museo del Prado
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Citons encore un retable caractéristique d’Antonio del Castillo (ill. 4), qui mêle à Cordoue ténébrisme et baroque [6], et un Paysage romantique de grand format, délicatement bleuté, par Eugenio Lucas Velázquez (ill. 5).


6. Anton Raphaël Mengs (1728-1779)
Portrait de José Nicolás de Azara, 1774
Huile sur toile - 77 x 61,5 cm
Madrid, Museo del Prado
Photo : Museo del Prado
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7. Anton Raphaël Mengs (1728-1779)
Saint Jean-Baptiste enfant
Huile sur panneau - 33,6 x 45 cm
Madrid, Museo del Prado
Photo : Museo del Prado
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Le Prado possède une trentaine de peintures d’Anton Raphaël Mengs, qui travailla à la Cour de Madrid, et acquiert régulièrement de ses œuvres (voir la brève du 22/11/07). Encore en 2013, il a obtenu aux enchères chez Bonham’s à Londres le Portrait de Nicolás de Azara [7] (ill. 6 ; une acquisition que nous n’avions pas signalée). Notre bienfaiteur y ajoute un petit Saint Jean-Baptiste enfant (ill. 7) d’une douceur toute corrègesque (rappelons que son père l’avait prénommé Anton en honneur du peintre de Parme). Il s’agit de la réplique de mêmes dimensions d’un tableau commandé par le roi Carlos III, saisi par Joseph Bonaparte et aujourd’hui dans la collection privée du duc de Wellington à Londres.

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