La pourvoyeuse de Matisse pour Le Cateau-Cambrésis

23/5/19 - Acquisition - Le Cateau-Cambrésis, Musée départemental Matisse - Le musée Matisse du Cateau-Cambrésis s’enrichit d’une œuvre de la période d’apprentissage d’Henri Matisse, La pourvoyeuse, copie de la toile de Jean-Baptiste-Siméon Chardin conservée au Louvre. Elle a été acquise par le Département du Nord auprès d’un collectionneur privé. Elle demeurait par descendance chez la nièce du propriétaire initial qui reçut l’œuvre d’Amélie Matisse - l’épouse de l’artiste - au sortir de la deuxième guerre mondiale. Elle le remerciait ainsi d’avoir abrité ses affaires personnelles durant la période où elle fut arrêtée, avec sa fille Marguerite, pour faits de résistance. La toile était passée en vente chez Artcurial en décembre 2011 où, estimée entre 40 000 et 60 000 euros, elle n’avait pas trouvé acquéreur. Elle avait été authentifiée en 2007 par Wanda de Guébriant, grande spécialiste de Matisse, décédée en mars dernier. La Pourvoyeuse avait été exposée publiquement en 2008 au Musée Matisse de Nice lors de l’exposition Henri Matisse sous les feux de la rampe, 1963-2008.


Henri Matisse (1869-1954)
La pourvoyeuse, 1896-1903
Huile sur toile - 46 x 38 cm
Le Cateau-Cambrésis, Musée Matisse
Photo : Artcurial
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Cette œuvre fut réalisée par Matisse au Musée du Louvre lors de ses années d’apprentissage dans l’atelier de Gustave Moreau qu’il intégra en 1892. Elle illustre un aspect moins connu de son œuvre, sa pratique de copiste, exercice fondamental de l’enseignement artistique du XIXe siècle, perdurant au XXe siècle. Les registres des copistes du musée du Louvre permettent de reconstituer la liste des copies qu’il exécuta à partir de 1893. Aux répliques d’après des maîtres français (Poussin, Le Lorrain, Champaigne, Boucher, Chardin, Prud’hon), s’ajoutent des copies de hollandais (de Heem, Ruisdael), espagnols (Velasquez, Ribera) et italiens (Carrache, Raphaël, Luini, Signorelli). Chardin y occupe une place particulière puisque Matisse réalisa cinq copies d’après ses œuvres - La Pipe, son premier tableau copié, et inachevé, suivi de La Raie, Le Buffet, Nature morte et La pourvoyeuse. Le Cateau-Cambrésis en conserve désormais trois, La pourvoyeuse rejoignant La Raie offerte en 1952 et Le Buffet déposé par le Centre national des arts plastiques. Le tableau nouvellement acquis vient donc compléter la période d’apprentissage de Matisse présentée dans le parcours permanent du musée. Il en sera temporairement soustrait de novembre 2019 à février 2020 pour figurer dans l’exposition catésienne Ce que les Maîtres ont de meilleur. Matisse d’élève à professeur, 1890-1911 dédiée à la formation artistique de Matisse ainsi qu’à l’Académie qu’il fonda en 1908 et dirigea jusqu’en 1911. Elle conclura l’année de commémoration du cent cinquantième anniversaire de la naissance du peintre.

Mais avant de rejoindre les collections permanentes du musée, La pourvoyeuse sera présentée au C2RMF le jeudi 6 juin. Labellisé « Musées de France », le musée Matisse a pu solliciter l’appui du laboratoire pour une étude scientifique de l’œuvre préalablement restaurée. L’analyse des couches picturales a permis de confirmer un point essentiel perceptible à l’œil nu lorsque l’on compare l’œuvre de Matisse à celle de Chardin : la simplification des traits. Plus qu’une copie fidèle, pointe déjà chez Matisse une volonté de synthèse des formes, particulièrement sensible à l’arrière-plan où sa servante n’est plus qu’une silhouette esquissée. Soulignons enfin l’importance particulière de cette Pourvoyeuse qui, à l’heure où Matisse se cantonne aux natures mortes et aux paysages, semble introduire le genre du portrait dans son œuvre.

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