La Renaissance en Croatie

Ecouen, Musée national de la Renaissance. Exposition terminée le 12 juillet 2004.
L’exposition est actuellement présentée, du 26 août au 21 novembre 2004, à la Galerie Klovi ?evi Dvori de Zagreb.

L’exposition que propose le château d’Ecouen explore un sujet à peu près totalement ignoré en France. Si tout le monde connaît, au moins de nom, Dubrovnik, le reste de la Croatie est largement terra incognita pour nos compatriotes. On ne peut donc que se féliciter de cette initiative qui sort des sentiers battus et nous fait découvrir des artistes dont certains - nous pensons surtout aux sculpteurs - n’ont rien à envier aux plus grands créateurs européens des XVe et XVIe siècle.

L’art de la Renaissance en Croatie s’est principalement épanoui sur la côte adriatique, tandis que l’intérieur des terres, possession des Habsbourg et placé perpétuellement sous la menace de l’Empire Ottoman, voit surtout se développer une architecture militaire peu sensible aux nouvelles tendances et encore tout imprégnée d’art gothique. L’influence de l’Italie fut prépondérante, aussi bien pour la partie de la côte occupée par Venise que pour la République de Raguse (Dubrovnik). Quand ce ne furent pas des artistes italiens qui vinrent travailler dans les villes croates, ce furent les artistes locaux qui allèrent se former en Italie. Ainsi, l’exposition rappelle opportunément que de grands créateurs, tels que le sculpteur Francesco Laurana (qui travailla beaucoup dans le sud de la France), Giorgio Clovio, dessinateur et enlumineur (le petit Michel-Ange comme l’appelait Vasari) ou le peintre Andrea Schiavone étaient d’origine Croate.


1. Nicolas le Florentin
Saint Sébastien,
vers 1477-1480
Trogir, église Saint-Sébastien
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2. Nicolas le Florentin
Saint Jean l’Evangéliste, 1482
Trogir, Cathédrale,
Chapelle du
Bienheureux Jean de Trogir
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Si l’exposition présente quelques tableaux dus à de grands artistes italiens (Titien, ou plutôt son atelier, Vittore Carpaccio, Lorenzo Lotto, Jacopo Tintoretto...) décorant des édifices croates, les retables d’artistes locaux sont de qualité moyenne. Rien de déshonorant dans ces œuvres de Nicolas Božidarevic ou Georges Culinovic, mais rien qu’on ne trouve à des milliers d’exemplaires dans les églises italiennes. Un panneau audacieusement attribué à la jeunesse de Dürer ne nous semble avoir aucun rapport avec cet artiste.
La sculpture est, en revanche, une vraie révélation. Les marbres de Georges le Dalmate et Nicolas le Florentin (ill. 1 et 2), tous deux également architectes, de Jean Duknovic (ill. 3) et de Paul Gospodnetic (ill. 4), ce dernier fortement marqué par l’art d’Alessandro Vittoria, sont absolument remarquables.

Le catalogue comprend un essai excellent, clair et précis, sur l’histoire architecturale de la Renaissance en Croatie. Il souligne bien l’évolution de celle-ci, de solutions marquées à la fois par la tradition gothique et le milieu padouan issu de Squarcione (par l’intermédiaire de Georges Culinovic qui fut son élève et est également connu sous le nom de Giorgio Schiavone), en passant par la synthèse réalisée par Georges le Dalmate dans la partie basse de l’abside de la cathédrale Saint-Jacques de Sibenik, à Raguse (Dubrovnik) et à Pag, pour aboutir à la chapelle du bienheureux Jean de la cathédrale de Trogir de Nicolas le Florentin, première construction pleinement renaissante de la côte Dalmate et qui n’a rien à envier aux plus belles créations contemporaines en Italie. C’est au même Nicolas le Florentin que l’on doit l’achèvement de la cathédrale de Sibenik, en particulier le croisement du transept et la façade, cette dernière calquée sur un modèle vénitien dû à Mauro Colussi.
Plus au sud, la Renaissance ne se manifesta à Split et à Zadar qu’au début du XVIe siècle, de manière timide tant leur passé médiéval était prégnant. Au XVIe siècle c’est à Raguse que se trouvera le principal foyer architectural de la renaissance, avec les palais de Dubrovnik et les villas alentour.


3. Jean Duknovi ?
Saint Jean l’Evangéliste, vers 1482
Trogir, Cathédrale,
Chapelle du
Bienheureux Jean de Trogir
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4. Paul Gospodneti ?
Le prophète Elisée,
1594-1595
Sibenic, Cathédrale
Saint-Jacques
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Cette exposition offre donc aux historiens de l’art un ouvrage fort utile [1]. Cela permet de se consoler de la médiocre présentation. Les dessins, exposés sur deux rangs, sont soit trop hauts, soit trop bas. Dans la même salle, le très beau tableau de Lorenzo Lotto est quasiment invisible, et inutilement drapé d’un tissu mauve d’un goût très discutable. Mais le pire est la salle principale, où les peintures sont trop en hauteur et le tout plongé dans une pénombre que brise, dans une mise en scène très à la mode, de grands faisceaux de lumières. Les cartels sont à peu près illisibles car non éclairés. On ne comprend pas bien pourquoi une exposition si intéressante est systématiquement gâchée par cette présentation absurde. Il faut, malgré tout, se rendre à Ecouen pour admirer et découvrir des artistes que l’on ignore absolument en France.

Commissariat : Alain Erlande-Brandeburg et Miljenko Jurkovic.

Catalogue : Collectif, La Renaissance en Croatie. 322 pp., 45 €. ISBN : 2-7118-4779-9

Lien vers le site du Musée National de la Renaissance

Pour se rendre au Musée de la Renaissance à partir de Paris, oubliez votre voiture. Nous vous conseillons de prendre le train à la Gare du Nord, de descendre à Ecouen-Ezanville et de rejoindre le château par le chemin qui traverse les bois.

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