La restauration de l’église Saint-Jean-Saint-François

27/6/19 - Patrimoine - Paris, église Saint-Jean-Saint-François - L’église Saint-Jean-Saint-François, construite en 1623, était la chapelle d’un couvent de capucins. Devenue église paroissiale au XIXe siècle après la destruction des bâtiments monastiques, elle a pris en 1971 le vocable d’église puis de cathédrale Sainte-Croix des Arméniens, après avoir été affectée au culte catholique arménien. Remaniée au XIXe siècle par Godde qui reconstruisit le chœur, et Victor Baltard qui édifia le porche, elle conserve un grand nombre d’œuvres d’art : plusieurs tableaux essentiellement du XIXe siècle dans la nef unique, et des toiles du Frère Luc dans le chœur. De part et d’autre de l’entrée de celui-ci, on trouve deux chefs-d’œuvre de la sculpture française : le Saint François en extase de Germain Pilon (ill. 1) et Saint Denis des frères Marsy (ill. 2).


1. Germain Pilon (vers 1528-1590)
Saint François en extase
Marbre
Paris, église Saint-Jean-Saint-François
Photo : Didier Rykner
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2. Gaspard Marsy (1624-1681) et
Balthazar Marsy (1628-1674)
Saint Denis
Marbre
Paris, église Saint-Jean-Saint-François
Photo : Didier Rykner
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Grâce à un mécène qui souhaitait que l’intérieur, dans un état de décrépitude assez avancé, soit nettoyé et restauré, une opération a été menée par la Mairie de Paris et ses deux services spécialisés : la Conservation des Œuvres d’Arts Religieuses et Civiles (COARC) pour les œuvres d’art et le Département des Édifices Cultuels et Historiques (DECH) pour l’édifice lui même. Le coût total de l’opération est de 1,2 million d’euros, dont 500 000 ont été pris en charge par le mécène.



3. Intérieur restauré (nef) de l’église
Saint-Jean-Saint-François
Photo : Didier Rykner
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4. Intérieur restauré (chœur) de l’église
Saint-Jean-Saint-François avec les
tableaux de Frère Luc
Photo : Didier Rykner
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Le résultat, comme c’est pratiquement toujours le cas dans les restaurations menées par la Ville, est très satisfaisant. L’édifice est maintenant lumineux, les peintures murales purement décoratives de l’arc à l’entrée du chœur avec sa gloire et sa sculpture de la Vierge (ill. 3) et du chevet, avec un groupe du Calvaire (ill. 4)ont été restaurés, tandis que tout l’intérieur de la nef a été nettoyé. Si les tableaux de frère Luc avaient déjà été restaurés il y a quelques années, ainsi qu’une toile d’Hugues Taraval, Le Sacrifice de Noé récemment exposée au Petit Palais dans Le Baroque des Lumières, huit autres peintures sont ou vont être traitées : Thomas Degeorge (Le Christ à la colonne - ill. 5), Ary Scheffer, Saint Louis malade, visitant ses soldats atteints de la peste, Bernard Gaillot, Saint François d’Assise devant le pape Innocent III - ill. 6 et une Crucifixion de l’école flamande du XVIIe siècle ont été raccrochés après leur restauration à la COARC tandis que trois autres tableaux de la nef le seront l’année prochaine (par Félix Trézel, Jérôme Lordon et Jean-Pierre Franque). D’autres peintures provenant des chapelles et du chœur ne sont plus exposées et devront être restaurées, mais ces travaux ne sont pas encore financés. Espérons que désormais, en tout cas, cette église qui est la plupart du temps fermée soit plus régulièrement ouverte aux visiteurs.


5. Thomas Degeorge (1756-1854)
Le Christ à la colonne, 1821
Huile sur toile - 320 x 260 cm
Paris, église Saint-Jean-Saint-François
Photo : Didier Rykner
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6. Bernard Gaillot (1780-1847)
Saint François d’Assise devant le pape Innocent III, 1827
Huile sur toile - 320 x 260 cm
Paris, église Saint-Jean-Saint-François
Photo : Didier Rykner
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On doit donc se réjouir de ce chantier même s’il s’agit, encore une fois, de l’arbre qui cache la forêt. Un fascicule a été édité qui raconte l’histoire de l’église et qui décrit la restauration. Anne Hidalgo en a écrit la préface où elle répète une nouvelle fois les infox habituelles : un plan église « inédit » décidé par elle et 130 millions d’euros engagés (voir notre article sur la réalité de ce budget).
En fait, il a fallu ici, comme à Saint-Germain-des-Prés, qu’un mécène se déclare intéressé pour que la restauration ait lieu. Si celle des décors est une bonne chose, il reste qu’il est paradoxal, quand tant de chapelles peintes par les plus grands artistes du XIXe siècle tombent en ruine, qu’on priorise des décors d’étoiles ou de motifs géométriques.
La politique de restauration de la Ville peut se résumer ainsi : les priorités sont fixées par l’urgence (des pierres tombent et menacent le public) ou par le mécénat. Sans mécénat d’ailleurs, les peintures murales ne sont pratiquement jamais restaurées (à quelques exceptions près).

L’exécutif parisien a néanmoins annoncé 42 millions d’euros supplémentaires accordés aux églises (voir cet article). Une promesse qui n’engage pas beaucoup sur ce mandat puisque, quoi qu’il en soit, il sera difficile, voire impossible de lancer des chantiers supplémentaires d’ici les prochaines élections. Remarquons surtout que la mairie ne manquait pas jusqu’à aujourd’hui d’affirmer que, même avec plus d’argent, elle ne disposait pas de services suffisamment étoffés pour mener les travaux (ce qui se confirme d’ailleurs par les retards au démarrage qu’on connu certains chantiers financés par le mécénat mais initialement non prévus, comme celui de Saint-Germain-des-Prés). Nous n’attendons donc pas seulement une hausse du budget consacré aux travaux, mais aussi un budget de fonctionnement en augmentation, qui va de pair avec le recrutement de personnel supplémentaire pour la COARC et le DECH…

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