La restauration et la nouvelle présentation des plans-reliefs de Lille

L’inauguration a eu lieu il y a quelques mois, mais pour ce type d’information, peu importe d’arriver un peu tard : l’essentiel est d’en parler, surtout si l’on a du bien à en dire. Et il faut reconnaître que la nouvelle présentation, après restauration, des plans-reliefs conservés par le Musée de Lille, est une belle réussite.


1. La salle des plans-reliefs au Musée des Beaux-Arts de Lille
Photo : Didier Rykner
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Précisons tout d’abord que la présence à Lille de ces maquettes nous a toujours semblé discutable, sinon scandaleuse. Les responsables actuels n’y peuvent rien, ils héritent d’une situation léguée par Pierre Mauroy et Jack Lang [1]. L’ancien Premier ministre, redevenu maire de Lille, a réussi à s’emparer pour le musée de sa ville d’un grand nombre de plans-reliefs de villes du Nord et de Belgique. Cela a abouti (et la polémique à l’époque fut violente) à démanteler une collection royale dont l’intégrité aurait dû être conservée (à ce sujet, voir notre article de 2012). Il est vrai que cette collection, depuis fort longtemps, est bien mal traitée par le Ministère de la Culture : réduite à portion congrue dans le Musée des Plans-Reliefs, au dernier étage du Musée de l’Armée aux Invalides, le nombre de modèles présentés est restreint et la majorité des maquettes est conservée en réserve. Si le musée en prend soin comme en témoigne une visite que nous avons pu faire l’année dernière (où nous avons vu une restauration en cours), cette présentation réduite est indigne, alors que les espaces pour les présenter existent dans les combles… Bref, devant l’inconséquence du ministère (une de plus), il faut finalement se réjouir du travail mené par Lille pour mettre en valeur les plans-reliefs qui lui ont été confiés.


2. Plan-relief de Lille
Lille, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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D’autant qu’incontestablement, la ville a mis les moyens : les quatorze maquettes ont été soigneusement restaurées, l’éclairage et les conditions d’exposition ont été revus, et le discours qui entoure ces œuvres est parfaitement pédagogique. On regrette même qu’il n’y ait pas davantage de bornes interactives comme celle dédiée à la ville de Lille, pas invasive et qui apporte de réels avantages tant elle est remarquablement pensée. On peut ainsi mieux comprendre ce qu’on a sous les yeux, qui est parfois difficile à lire par des non initiés. Ces maquettes sont en effet tellement détaillées que s’orienter pour retrouver les principaux monuments n’est pas aisé, d’autant qu’elles représentent pour la plupart des états disparus ou fortement modifiés par le passage du temps.
La maquette de Lille est l’une des moins bien conservées, et l’on comprend pourquoi : lorsque les Prussiens quittèrent la France après la défaite de Napoléon, ils emportèrent avec eux, comme prise de guerre, dix-huit plans-reliefs de villes frontières du nord-est de la France. Ceux-ci ont finalement disparu, sauf Lille qui avait été exposé verticalement (!) comme trophée de guerre, à l’Arsenal de Berlin. Amputé de sa campagne environnante, ayant perdu quelques monuments, il a finalement été récupéré en 1948, et restauré.


3. Vitrine présentant les matériaux dans
lesquels sont réalisés les plans-reliefs
Lille, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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4. Aménagements pour les enfants
Salle des plans-reliefs
Lille, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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Deux livres ont été publiés à l’occasion de ce nouvel aménagement. On y apprend plein de choses passionnantes sur ces œuvres, notamment leur rôle qui était au départ essentiellement militaire en permettant de « discuter, décider et faire comprendre les choix en termes de fortification, de défense et d’attaque » et la manière dont ils étaient élaborés, en bois, papier et soie. On apprend également leur histoire depuis leur création (si beaucoup datent du XVIIe siècle, d’autres furent réalisés au XVIIIe, et même au XIXe siècle jusqu’en 1861).


5. Plan-relief d’Aire-sur-la-Lys
Lille, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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6. Plan-relief d’Audenarde
Lille, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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À Lille sont conservées les représentations de six villes françaises, sept villes belges et une ville néerlandaise, celle de Maastricht. Le système tel qu’il est conçu (plusieurs maquettes par vitrine) ne permet pas de tourner autour d’elles, mais procure tout de même des vues suffisantes sur les maquettes. Remarquons que celles-ci sont un peu hautes pour les enfants (forcément passionnés par ces objets) et qu’il est dommage que seules certaines d’entre elles bénéficient d’un système de tabourets sur lesquels ils peuvent monter pour mieux voir. À cette exception près, la muséographie est très bien adaptée, comme nous l’avons dit, pour permettre aux visiteurs de comprendre ces œuvres. Il y a même, prêté par le musée parisien, une vitrine qui explique, outils et matériaux à l’appui, comment elles étaient faites. Un plan-relief est également montré en partie démonté pour faire comprendre leur structure. Tout cela est assurément extrêmement didactique.


7. Plan-relief d’Ypres
Lille, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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8. Plan-relief de Menin
Lille, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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9. Plan-relief montré démonté au
Musée des Beaux-Arts de Lille
Photo : Didier Rykner
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En 2012, dans le cadre de la préfiguration de la Maison de l’Histoire de France, un projet finalement abandonné, de nombreux plans-reliefs conservés en réserves aux Invalides avaient fait l’objet d’une exposition au Grand Palais. Nous avions intitulé notre article Musée des Plans-Reliefs : une exposition. Après elle, le déluge ? car nous doutions fort que celle-ci puisse changer la donne. Nous avions hélas raison pour le Musée des Plans-reliefs des Invalides qui n’a toujours pas les moyens de déployer cette collection dans des combles qui sont pourtant inutilisés. Alors que Lille prend soin de ses maquettes, on se permettra (sans illusion aucune) de suggérer une nouvelle fois au ministère de la Culture de prendre enfin ses responsabilités en mettant en œuvre ce grand projet de déployer toute la collection qui demeure à Paris dans ces espaces qui semblent faits pour elle. Puisqu’il ne peut désormais plus être envisagé de déménager à nouveau les maquettes lilloises, rien n’empêcherait (sinon un budget, et une volonté politique), de réaliser des copies de ces quatorze maquettes pour compléter la présentation, comme on l’a parfois fait pour des villes de province sans démanteler encore davantage la collection. Celle-ci, même si l’on prend en compte les pertes qu’elle a subies, est un ensemble, qui doit rester le plus accessible à tous, et pour cela Paris est idéal. Réaliser des copies selon les techniques anciennes permettrait de satisfaire tout le monde, tout en entretenant un savoir faire nécessaire pour les restaurations. Encore faut-il une vision. Avec l’argent, c’est ce qui manque le plus.

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