La restauration express de l’Elysée

6/8/11Restauration – Paris, Palais de l’Elysée L’annonce a pu surprendre : la restauration de la Cour d’Honneur de l’Elysée, du Salon Murat (où se tient habituellement le Conseil des Ministres) et du Salon des Ambassadeurs doit se faire en quatre semaines chrono, pendant le mois d’août.
Quatre semaines, un temps bien plus court que toutes les restaurations de ce type. On pouvait donc craindre que ce délai, imposé par la Présidence de la République, ne se fasse au détriment de la qualité des travaux. Nous avons pu visiter ce chantier et, fort heureusement, d’après ce que nous avons pu voir, il semble que les choses se passent pour l’essentiel dans les règles de l’art, à l’exception d’un point très important sur lequel nous reviendrons un peu plus loin.


1. Travaux de restauration de la Cour d’Honneur de l’Elysée
5 août 2011
Photo : Didier Rykner
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2. Travaux de restauration de la Cour d’Honneur de l’Elysée
5 août 2011
Photo : Didier Rykner
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3. Travaux de restauration de la Cour d’Honneur de l’Elysée
Mascarons recouverts d’un masque d’argile
5 août 2011
Photo : Didier Rykner
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Les travaux de la Cour d’Honneur (ill. 1 et 2) ne posent pas de problème particulier. Michel Goutal, l’architecte en chef des monuments historiques en charge des résidences présidentielles, nous a expliqué comment il pouvait mener un tel chantier en un mois seulement, au lieu d’un an comme cela aurait été la règle habituellement. Une grande partie du travail, comme la taille des pierres, a été réalisée en amont, en atelier. L’organisation en deux équipes intervenant sans interruption de 6 heures du matin à 22 h, y compris le samedi (et le dimanche pour les intérieurs), ainsi que la mobilisation de plusieurs centaines d’ouvriers font le reste.
Si un certain nombre de pierres ont dû être changées, cela ne concerne qu’un très faible pourcentage de la façade. Celle-ci et les mascarons qui l’ornent ont été nettoyés grâce à un masque d’argile (ill. 3) , selon un procédé très doux qui permet d’assainir la pierre sans intervention mécanique. On peut noter que la façade sur le jardin (ill. 4) avait déjà été traitée l’année dernière selon le même principe.


4. Façade de l’Elysée sur les jardins
Restaurée en 2010
Photo : Didier Rykner
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5. Salon Murat de l’Elysée
en cours de restauration
5 août 2011
Photo : Didier Rykner
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Nous serons nettement plus réservé sur la restauration des deux salons. Si les décors ont été respectés, si les dorures sont, lorsque cela est possible, simplement nettoyées et qu’on ne peut à première vue faire aucune critique, il n’en va pas de même hélas pour le parquet : celui du Salon Murat (ill. 5), qui datait du Second Empire, a été entièrement changé et remplacé « à l’identique », par un parquet neuf.
On imagine difficilement que le sol ait été dans un tel état que cette substitution intégrale soit nécessaire. C’est bien la rapidité des travaux qui l’a imposée, ce que nous a d’ailleurs à moitié avoué Michel Goutal en nous expliquant qu’on ne pouvait le restaurer à moins de rendre inutilisable le Salon Murat pendant une longue période.
Le plancher du Salon des Ambassadeurs (ill. 6) a, comme le premier, été entièrement remplacé, mais pour revenir cette fois à son état du XVIIIe siècle ! Il ne saurait décidément y avoir de chantier Monuments Historiques qui se respecte sans un retour minimum à un « état d’origine » qui, bien sûr, n’existe plus depuis longtemps, l’ensemble du Palais ayant été largement remanié au XIXe siècle. Le choix - judicieux - de conserver le dernier état historique connu (Napoléon III) rend d’autant plus absurde cette exception pour le parquet du Salon des Ambassadeurs.


6. Salon des Ambassadeurs de l’Elysée
en cours de restauration
5 août 2011
Photo : Didier Rykner
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On pourrait également être choqué par la prise en charge intégrale des travaux par le ministère de la Culture. Normalement, le propriétaire (ou l’occupant lorsqu’il s’agit d’un ministère par exemple) participe au financement des restaurations. Renseignement pris auprès du ministère, celui-ci nous a affirmé que « les résidences présidentielles, propriétés de l’Etat, sont placées domanialement sous la responsabilité du ministère de la Culture et de la Communication. Les travaux de restauration Monuments Historiques afférents sont donc financés par celui-ci, comme d’ailleurs les autres bâtiments relevant de l’ancien régime des Palais nationaux ». Il s’agit donc d’une tradition. On peut néanmoins regretter que cette opération d’envergure, la première de ce genre nous a-t-on dit à avoir lieu sous la Ve République, n’ait pas été exceptionnellement financée en partie par la Présidence de la République, ce qui serait somme toute normal.
Certes, que l’argent vienne du ministère ou de l’Elysée, le financement provient toujours de l’Etat et reste à la charge du contribuable. Mais affecter l’intégralité du coût au ministère de la Culture revient à priver celui-ci d’un budget qu’il aurait pu utiliser efficacement ailleurs.

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