La Résurrection de Lazare de Jean Le Clerc acquise par le Louvre

Jean Le Clerc (1587/1588-1633)
La Résurrection de Lazare
Huile sur toile - 85,9 x 128 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Galerie Richard Feigen
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29/10/11 - Acquisition - Paris, Musée du Louvre - Apparue dans une vente publique chez Christie’s Londres le 10 juillet 1987, puis passée dans une collection particulière new yorkaise, La Résurrection de Lazare de Jean Le Clerc (ill. 1), qu’a acquise cette année le Louvre auprès du marchand Richard Feigen, fut exposée pour la première fois dans l’exposition L’Art en Lorraine au temps de Jacques Callot organisée par le Musée des Beaux-Arts de Nancy en 1992 après avoir été publiée deux ans plus tôt par Luisa Vertova dans la seconde édition revue et élargie de Caravaggism in Europe de Benedict Nicolson,. [1]

L’artiste, bien qu’il fût mentionné par Félibien, reste encore relativement méconnu. Ayant passé une grande partie de sa vie en Italie, Le Clerc fut un proche collaborateur de Carlo Saraceni et obtint même, à la mort de celui-ci, de peindre un important tableau pour le Palais des Doges [2]. Son œuvre la plus célèbre est le Concert nocturne, connu par une gravure et au moins trois versions peintes (dont une à Munich). L’existence d’une manière nocturne (il faudrait citer aussi les deux exemplaires du Reniement de saint Pierre dont l’attribution entre Saraceni et Le Clerc a été discutée) chez un Lorrain ayant travaillé en Italie pose évidemment la question complexe de ses rapports avec Georges de La Tour (et du propre voyage, hypothétique, de ce dernier au-delà des Alpes).

En 1622, Le Clerc revint en Lorraine qu’il ne quitta plus jusqu’à sa mort en 1633 et où il réalisa un grand nombre de tableaux dont seuls quelques-uns sont encore conservés dans les musées de Nancy et de Langres notamment, ainsi que dans plusieurs églises.
La Résurrection de Lazare est la première toile de l’artiste à gagner les collections du Louvre. Elle pourrait avoir été peinte en Lorraine mais reste très marquée par sa période italienne. De très belle qualité et en bon état, elle montre de nombreux points de comparaison avec ses autres tableaux. Les personnages, avec leurs têtes relativement petites assez caractéristiques de Le Clerc, se retrouvent presque semblables dans Le Naufrage de la Villa Simes à Piazzola sul Brenta, exposé à Nancy en 1982 dans l’exposition organisée par Jacques Thuillier Claude Gellée et les peintres lorrains en Italie au XVIIe siècle, mais aussi, par exemple, dans Le Concert de Munich (l’homme barbu assis à droite). Les tableaux lorrains montrent également les mêmes types de figures (par exemple le saint Joseph de L’Adoration des bergers du Musée Breuil de Saint-Germain à Langres). Contrairement à certains peintres provinciaux français ayant fait une partie de leur carrière en Italie dont l’œuvre, sans doute par manque d’émulation, faiblit après leur retour en France, le talent de Le Clerc semble être demeuré intact pour autant qu’on puisse en juger sur des tableaux parfois en mauvais état.

Après l’acquisition en 1985 d’une Madeleine de Guy François, l’entrée de ce tableau permet de représenter plus complètement au Louvre l’influence de Carlo Saraceni sur les peintres français.

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Didier Rykner

P.-S.

Nous avons reçu après la publication de cet article un courrier de Pauline Gomont, auteur d’un mémoire de master sur Jean Le Clerc :

« Ce tableau résume assez bien, à mon sens, l’oeuvre complexe de cet artiste. Mon travail de recherche me pousse plutôt à croire que cette Résurrection de Lazare appartiendrait à la carrière vénitienne de Le Clerc. La palette employée est très riche, et je n’ai pas retrouvé une telle variété dans ses tableaux lorrains. J’ai eu l’impression, en voyant la toile, que Le Clerc travaillait avec ces couleurs non pas pour la première fois, mais presque ; le bleu du manteau du Christ ou encore le vert du manteau de l’homme à gauche, par exemple, sont trop intenses et, à mon avis, déséquilibrent l’ensemble. Comme vous le mentionnez, cette peinture est très proche de celle de la villa de Piazzola sul Brenta et il faut attendre les années 1630 pour trouver quelque chose de semblable en Lorraine. C’est également pour cette raison que je préfère associer La Résurrection de Lazare au séjour vénitien de Le Clerc. »

Notes

[1Nous avions écrit qu’il avait été publié pour la première fois en 1992, mais Pauline Gomont (voir le P. S.) nous a signalé cette erreur.

[2On ne sait exactement cependant la part d’invention qui revient à Saraceni ou à Le Clerc dans ce Doge Enrico Dandolo invitant à la Croisade.

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