La Tefaf, toujours au sommet

Comme chaque année à la Tefaf, dès l’ouverture ou presque, la foire bruit de rumeurs sur les plus belles œuvres qui y sont présentées. Cette année, on y trouvait de manière unanime le tableau de Wright of Derby présenté par Lowell Libson (ill. 1), une de ces scènes de nocturne extraordinaires dont le peintre a le secret. L’œuvre s’est vendue tout aussi rapidement. Selon nos informations, l’acheteur serait le Getty, ce que le vendeur et le musée se sont pour l’instant refusés à confirmer. Nous y reviendrons probablement dans une prochaine brève.


1. Joseph Wright of Derby
Deux garçons avec une vessie
Huile sur toile - 92,7 x 73 cm
Lowell Libson & Jonny Yarker Ltd
Photo : Lowell Libson & Jonny Yarker Ltd
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2. Louis Cretey (1630/1637-après 1709)
La Crucifixion
Huile sur toile - 174 x 120 cm
Rob Smeets
Photo : Rob Smeets
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Parmi les autres objets qui tenaient la vedette, outre le diorama chez Philippe Perrin dont nous avons déjà longuement parlé (voir notre éditorial), prenait place la grande Crucifixion de Louis Cretey (ill. 2), chez Rob Smeets, sans doute le chef-d’œuvre de cet artiste qui n’avait pas été retrouvé pour la rétrospective de 2010 (voir l’article) et qui ne figurait à l’époque dans le catalogue que par une photographie en noir et blanc. Cette grande toile intéressait au moins deux musées français, mais hélas elle fut acquise presque tout de suite par un des collectionneurs particuliers étrangers les plus actifs, notamment dans le domaine de la peinture baroque.


3. Philippe de Champaigne (1602-1674)
L’Annonciation
Huile sur toile - 95 x 129 cm
Stair Sainty
Photo : Stair Sainty
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Cette édition de la foire de Maastricht est d’une qualité une fois de plus remarquable. Parmi les peintures françaises du XVIIe siècle, outre le Cretey, on remarquait notamment une Annonciation de Philippe de Champaigne chez Stair Sainty (ill. 3), un sujet traité à maintes reprises par l’artiste, chaque fois avec de nombreuses variantes, comme à Toulouse ou dans une peinture acquise il y a une quinzaine d’années par le Metropolitan Museum (voir la brève du 11/4/05).
Le XVIIIe siècle français n’est pas moins bien loti. On admirera notamment chez Talabardon & Gautier, dont le stand particulièrement réussi montrait également un ensemble exceptionnel d’œuvres d’Eugène Grasset, avec des vitraux et surtout une reliure en émaux pour l’ouvrage L’Histoire des Quatre fils Aymon, trois peintures de François Boucher, deux paysages (dont l’un considéré comme de l’atelier) et surtout un Sommeil de l’enfant Jésus (ill. 4), dans son cadre d’origine.


4. François Boucher (1703-1770)
Le Sommeil de l’Enfant Jésus, 1763
Huile sur toile - 62 x 36,7 cm
Talabardon & Gautier
Photo : Talabardon & Gautier
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5. Domenico Fetti (1591/92-1623)
Mélancolie, vers 1615
Huile sur toile - 149,5 x 113 cm
Lullo-Pampoulides
Photo : Lullo-Pampoulides
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Le domaine de la peinture italienne est comme d’habitude fort riche, et nous reproduirons ici trois tableaux dont le premier faisait également beaucoup parler de lui, présenté par une des jeunes galeries qui monte, Lullo-Pampoulides. Il s’agit d’une Mélancolie de Domenico Fetti (ill. 5) qui pourrait être la première version de ce thème si connu peint par l’artiste. Le Louvre en conserve notamment un célèbre exemplaire.
Signalons aussi, chez Giacometti Old Master Paintings une autre toile du Seicento, peinte par un artiste moins célèbre mais dont le style est reconnaissable au premier coup d’œil, Luca Ferrari (ill. 6), originaire de Reggio Emilia. Pour le XVIIIe siècle (nous aurions pu aussi reproduire de très nombreuses œuvres antérieures, des primitifs au XVIe siècle), nous choisissons une œuvre peu spectaculaire, mais qui comme pour le Boucher cité plus haut témoigne dans son petit format de l’art du peintre à son plus haut. Il s’agit d’une fuite en Égypte de Pompeo Batoni (ill. 7) chez Alessandra di Castro.


6. Luca Ferrari (1605-1654)
Arréa et Paetus
Huile sur toile - 143 x 120 cm
Giacometti Old Master Paintings
Photo : Giacometti Old Master Paintings
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7. Pompeo Batoni (1708-1787)
Repos pendant la fuite en Égypte
Huile sur toile - 63 x 48 cm
Alessandra di Castro Antichita’
Photo : Alessandra di Castro Antichita’
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8. Domenico Guidi
Buste de Giacomo Franzone
Terre cuite
Altamani & Son
Photo : Altamani & Son
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Restons en Italie avec trois sculptures baroques, dont la première est un remarquable buste en terre cuite de Domenico Guidi (ill. 8), qui réalisa de nombreux monuments dans les églises romaines. Ce portrait rappelle ceux réalisés par son maître, Alessandro Algardi. La deuxième sculpture, qui date du XVIIIe siècle, est en revanche directement marquée par l’art du Bernin. Il s’agit d’un modello en terre cuite dorée (ill. 9) pour la statue de Sainte Rosalie (ill. 10) sculptée par le palermitain Francesco Ignazio Marabatti. Cette sainte en extase rappelle fortement la Bienheureuse Ludovica Albertoni du Bernin.


9. Francesco Ignazio Marabitti (1719-1797)
Sainte Rosalie, 1758
Terre cuite dorée - 15 x 48 x 18 cm
Gallo Fine Art
Photo : Gallo Fine Art
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10. Francesco Ignazio Marabitti (1719-1797)
Sainte Rosalie, 1758
Marbre
Monreale, église Santa Rosalia
Photo : Auteur non identifié
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La troisième sculpture baroque est présentée par la galerie Canesso. Il s’agit d’une Vierge à l’enfant endormi (ill. 11), préfiguration de sa Passion, par Domenico Parodi, artiste gênois influencé par Pierre Puget (à ne pas confondre avec un autre sculpteur appelé Domenico Parodi, le fils de Filippo Parodi).


11. Domenico Parodi (1644/52-documenté jusqu’en 1712)
Vierge avec l’enfant endormi
Marbre - 130 x 50 x 50 cm
Galerie Canesso
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12. Pieter de Grebber (1600-1652)
Marie Madeleine
Huile sur toile - 98,5 x 79,5 cm
Adam William Fine Art Ltd
Photo : Adam William Fine Art Ltd
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Nous n’avons pas, dans cet article, suivi d’ordre chronologique, ni par technique ou par pays, un peu comme si nous nous promenions réellement dans la Tefaf où des surprises se trouvent sur chaque stand. Nous poursuivrons donc avec la seule peinture nordique que nous ayons retenue dans cette recension - ce qui ne signifie pas qu’il n’y en ait pas beaucoup d’autres remarquables, mais nous devons faire des choix - une Marie Madeleine par le peintre de Haarlem Pieter de Grebber (ill. 12), et par un manuscrit enluminé par le Maître des Triomphes de Pétrarque, artiste que nous avions découvert dans l’exposition d’Évreux Une Renaissance en Normandie (voir l’article). Nous reproduisons ici deux magnifiques scènes en grisailles issues de ce livre d’heures (ill. 13 et 14).


13. Livre d’Heures à l’usage de Rome
Tours, vers 1490-1500
Saint Jean à Patmos
enluminé par le Maître des Triomphes de Pétrarque
Vélin
Dr. Jörn Günther · Rare Books AG
Photo : Dr. Jörn Günther · Rare Books AG
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14. Livre d’Heures à l’usage de Rome
Tours, vers 1490-1500
L’Annonciation
enluminé par le Maître des Triomphes de Pétrarque
Vélin
Dr. Jörn Günther · Rare Books AG
Photo : Dr. Jörn Günther · Rare Books AG
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La galerie J. Kugel présente une nouvelle fois un stand extraordinaire, et sortent un peu de leur champ chronologique en exposant un décor entier peint par José Maria Sert. Mais celui-ci ne servira que d’arrière-plan pour la photographie que nous publions (ill. 15) où nous voyons un ensemble exceptionnel de Nefs de la Renaissance allemande, essentiellement d’Augsbourg et de Nuremberg, chefs-d’œuvre de l’orfèvrerie, riches de multiples détails. La galerie a publié un nouveau catalogue pour les décrire, et vend la collection comme un ensemble.


15. À l’arrière-plan, décor de J. M. Sert
au premier plan, nefs d’Augsbourg et de Nuremberg
Galerie J. Kugel
Photo : Didier Rykner
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16. Meissen
Attribué à Johann Caspar Ripp (1681-1726)
Vase avec chinoiserie, vers 1720-21
Porcelaine dure - H. 64,5 cm
Christophe de Quénétain
Photo : Christophe de Quénétain
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Parmi les céramiques, nous avons retenu, chez Christophe de Quénétain, un extraordinaire vase de Meissen à motif de chinoiseries, attribué à Johann Caspar Ripp (ill. 16).


17. Peter Balke (1804-1887)
Aurore boréale près de Vardø
Huile sur panneau - 30,5 x 39,2 cm
Daxer & Marschall
Photo : Daxer & Marschall
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Et nous terminerons cet article avec trois œuvres du XIXe siècle. D’abord, un petit tableau du norvégien Peter Balke (ill. 17) montrant une aurore boréale, un phénomène météorologique complexe qu’il transcrit dans des nuances de bleu et de gris tout à fait extraordinaire. Ensuite, une toile d’Eugène Roger (ill. 18), un envoi de Rome. Cet élève d’Hersent et Ingres, lauréat du Prix de Rome en 1833, mourut trop jeune, à 33 ans, pour avoir la carrière qu’il aurait sans doute mérité si l’on se fie à cette œuvre particulièrement réussie, proche d’Horace Vernet, et dont on peut apprécier particulièrement le très beau paysage et sa gamme raffinée de coloris.


18. Eugène Roger
Moïse défendant les filles de Jéthro, 1837
Huile sur toile - 149 x 221 cm
Galerie Michel Descours
Photo : Galerie Michel Descours
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19. Georges Moreau de Tours (1848-1901)
Didon portée aux Enfers
Huile sur toile - 204 x 283 cm
Joan Wijermars
Photo : Joan Wijermars
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Enfin, une toile de Georges Moreau de Tours (ill. 19) révèle ce peintre d’histoire sous un jour nouveau. Loin du sous Jean-Paul Laurens comme certains de ses tableaux pourraient le faire penser, il révèle ici une inspiration et une ambition bien supérieure, dans une scène fantastique qui relève à la fois du romantisme tardif et du symbolisme. Cette Didon portée aux Enfers est un authentique chef-d’œuvre qu’on rêverait de voir exposé au Musée d’Orsay.

La TEFAF Maastricht est ouverte jusqu’au dimanche 24 mars. Toutes les informations pratiques se trouvent sur son site.

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