Le Centre Pompidou construira ses réserves à Massy

Conférence de presse de présentation du
Centre de conservation du Centre Pompidou
Photo : Didier Rykner
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Selon Jean-Luc Martinez, le président-directeur du Louvre : « Plusieurs options ont été envisagées en Île-de-France [pour accueillir le Centre de conservation du Louvre], mais aucune n’était satisfaisante. » L’impossibilité de trouver des terrains et des partenaires financiers pour installer les réserves du Louvre en banlieue parisienne a toujours été un des principaux arguments de la direction du Louvre pour justifier leur envoi à Liévin.

L’annonce faite aujourd’hui par le Centre Pompidou (ill. ) de l’installation de son propre Centre de conservation à Massy, dans l’Essonne, un bâtiment sensiblement équivalent en surface (22 000 m2 contre 18 500 m2 à Liévin) à un coût proche (50 millions contre 60 millions) démontre une fois de plus l’inanité des arguments du Louvre qui, s’il l’avait vraiment voulu, avait tout à fait les moyens de trouver une solution beaucoup plus raisonnable pour la construction de ses réserves.
Si une installation à Massy reste très éloignée du musée et pas entièrement satisfaisante, il suffit de comparer ce que cela donne en matière de transport dans l’un et l’autre cas.

Louvre-Liévin : un nombre très réduit de liaisons quotidiennes (et qui menace de se réduire encore, si l’on en croit les annonces de la SNCF), un coût très élevé (entre 70 et 100 € l’aller-retour), et une durée de porte à porte d’environ deux heures.
Centre Pompidou-Massy : une desserte fréquente par le RER (et, à l’ouverture, par la ligne 18 du Grand Paris Express), un coût très modique (5 € environ, et 0 € pour les possesseurs d’un passe Navigo), et une durée porte à porte de moins de 45 minutes.

On constate donc que les deux centres de conservation n’auront absolument rien à voir en terme de facilité d’accès. Le Louvre impliquera toujours un déplacement d’une journée pour un coût élevé tandis qu’une demi journée suffira, pour un coût quasi nul pour le Centre Pompidou.

Le projet de Beaubourg prévoit donc la conservation des réserves (qui actuellement se trouvent dans des entrepôts loués) et des ateliers de restauration, comme pour le Louvre. Contrairement au Louvre-Liévin cependant, une partie en sera accessible au public avec l’organisation de trois expositions par an, tandis que le reste du programme reste assez flou (on parle de « spectacles vivants, conférences, cinéma… »).

Le financement de ce centre, comme pour Liévin d’ailleurs, ne sera pratiquement pas à la charge du ministère de la Culture. Celui-ci avait été sollicité, mais a refusé d’y participer. L’État en revanche contribuera pour six millions d’euros apportés par le préfet d’Île-de-France via la dotation de soutien à l’investissement local (DSIL), la communauté d’agglomération de Paris-Saclay et la Ville de Massy apporteront 12 millions [1].

L’Île-de-France apportera pour sa part 20 millions d’euros, un nouveau signe de l’intérêt que semble devoir porter à la culture et au patrimoine Valérie Pécresse, la présidente de la Région. Celle-ci, il y a un mois, avait présenté son action en faveur du patrimoine francilien qui se traduit notamment par un renforcement de son partenariat avec la Fondation du Patrimoine en portant sa dotation à 300 000 € par an, la création d’un label « Patrimoine d’intérêt régional » pour soutenir le patrimoine non protégé au niveau national, et le maintien d’un vrai service de l’inventaire. La Région est désormais en charge de la maison de Jean Cocteau à Milly-la-Forêt, suite à une donation, et a finalement et heureusement renoncé à vendre le château de Villarceaux. Le montant des crédits d’investissement consacrés à la restauration du patrimoine sont portés à un peu plus de onze millions d’euros par an. Il faudra néanmoins en enlever les deux millions (!) que Valérie Pécresse a tenu à affecter à la reconstruction de la flèche de Saint-Denis. Or, et nous ne reviendrons pas sur cette affaire (il suffit de lire nos articles), à notre sens ce chantier n’a rien à voir avec la protection du patrimoine, bien au contraire, sans compter qu’il devait - c’était promis, juré, craché - se dérouler sans un euro d’argent public. Les promesses, cela se vérifie une fois de plus, n’engagent que ceux qui y croient. Nous n’y avions pas cru, et bien sûr nous avions eu raison.

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