Le dais de Charles VII : une acquisition majeure pour le Louvre

1. France, vers 1430-1440
sans doute d’après Jacob de Littemont
Dais de Charles VII
Laine et soie - 292 x 285 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

17/9/10 – Acquisition – Paris, Musée du Louvre – L’œuvre qui vient d’enrichir les Objets d’Art du Louvre (ill. 1 et 2) grâce aux Amis du Louvre [1] n’est pas seulement la plus importante à entrer depuis longtemps dans les collections de ce département. Elle est désormais aussi l’une de celles pour lesquelles on se déplacera spécialement, un objet majeur pour le Louvre mais aussi pour l’histoire de l’art français, dont personne ne soupçonnait même l’existence avant septembre 2008.

Il s’agit en effet d’une tapisserie du XVe siècle, réapparue il y a seulement deux ans dans une demeure privée. Rapidement informés, les conservateurs du Louvre ont alors découvert ce qui est sans doute le seul dais royal encore conservé, qui plus est dans un état de fraîcheur exceptionnel.
Un dais, selon le dictionnaire de l’Académie Française, est « un ouvrage de bois ou de tenture fixé sur un châssis, disposé en marque d’honneur au-dessus du maître-autel d’une église, d’un trône, de la place d’un grand personnage, etc. » Celui acquis par le Louvre représente deux anges habillés d’une tunique à fleur de lys tenant une couronne portant les mêmes fleurs de lys, sur un fond rouge avec un grand soleil d’or rayonnant et une multitude de soleils plus petits. L’étude stylistique et historique a permis de conclure rapidement qu’il s’agissait du dais de Charles VII. La tapisserie était placée derrière le roi qui apparaissait comme couronné par les anges, signifiant ainsi qu’il tenait son pouvoir directement de Dieu.


2. France, vers 1430-1440
sans doute d’après Jacob de Littemont
Dais de Charles VII, détail
Laine et soie - 292 x 285 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

L’état de conservation exceptionnel du dais et son intérêt historique ne sont pas tout. L’œuvre est d’une beauté à couper le souffle et les photographies ne rendent qu’imparfaitement le choc visuel qu’elle peut causer à celui qui la découvre dans les salles. L’auteur du carton a été identifié : il s’agit probablement de Jacob de Littemont, peintre de Charles VII, l’auteur notamment de la verrière de l’Annonciation de la cathédrale de Bourges (vers 1450).
Le dais est visible au Louvre à partir d’aujourd’hui 17 septembre, aile Richelieu, 1er étage, salle 6.

Le hasard fait parfois curieusement les choses. Le jour même (16 septembre) où cette tapisserie royale était présentée, lors d’une petite cérémonie présidée par le ministre de la Culture, avait lieu au Palais de Justice l’audience sur le jubé de Chartres, affaire que nous avons largement traité sur ce site [2] (voir notamment cet article et celui-ci). On ne peut s’empêcher de faire le rapprochement entre les deux affaires : d’un côté, un fragment de jubé qui, lors de sa destruction, n’appartenait pas à la Couronne et ne faisait pas partie du domaine public et dont l’appartenance à ce dernier n’a jamais pu être prouvée ; de l’autre, une tapisserie royale, en bon état. L’un est revendiqué, la seconde est achetée fort normalement par le musée du Louvre. La différence est peut-être là : jamais le Louvre n’aurait fait l’erreur de revendiquer l’élément du jubé. Il a fallu l’intervention de la défunte direction du Patrimoine [3], sous l’égide du peu regretté Michel Clément, pour que ce mauvais procès soit mis en œuvre. Deux poids, deux mesures.

English version

Didier Rykner

P.-S.

(20/9/10) Signalons pour être parfaitement précis que le véritable inventeur, celui qui a daté précisément et identifié cette œuvre, est Pierre-Yves Machault, expert en tapisserie et membre du CNES. Il l’a découverte chez un collectionneur privé alors qu’elle passait pour être du XIXe siècle, et l’a vendue au Louvre.
Il est regrettable que ceci n’ait pas été précisé dans les discours, ni dans le dossier de presse.

Notes

[1Avec une participation du Fonds du patrimoine et des fonds propres du Louvre.

[2Mis en délibéré, le jugement sera rendu le 28 octobre.

[3Remplacée, rappelons-le, par une direction des Patrimoines qui regroupe également les musées et les archives.

Mots-clés

Vos commentaires

Afin de pouvoir débattre des article et lire les contributions des autres abonnés, vous devez vous abonner à La Tribune de l’Art. Les avantages et les conditions de cet abonnement, qui vous permettra par ailleurs de soutenir La Tribune de l’Art, sont décrits sur la page d’abonnement.

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous.