Le Louvre achète un chef-d’œuvre de Juan Bautista Maíno

11/7/11Acquisition – Paris, Musée du Louvre Resté trop longtemps sans conservateur dédié à la peinture espagnol, cela faisait des années que le Louvre n’avait pas acquis un tableau ibérique digne de ce nom. L’arrivée de Guillaume Kientz, il y a quelques mois, semble avoir changé la donne. Après un tour de chauffe avec la préemption de deux panneaux de Juan Correa de Vivar (voir la brève du 24/9/10), c’est une œuvre magistrale que vient d’acheter le musée à une collection privée par l’intermédiaire d’Emmanuel Moatti.


1. Juan Bautista Maíno (1581-1614)
Les Larmes de saint Pierre, avant 1612
Huile sur toile - 141 x 109 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Musée du Louvre
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2. Luis Tristán (1585-1624)
Les larmes de saint Pierre, premier quart du XVIIe siècle
Huile sur toile - 161 x 111 cm
Madrid, Palacio Real (Patrimonio Nacional)
Photo : Patrimonio Nacional
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3. Michelangelo Merisi, dit Caravaggio (1571-1610)
Saint Matthieu et l’ange, 1602
Huile sur toile - 232 x 183 cm
Détruit à Berlin en 1945
Photo : D. R.
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Il s’agit des Larmes de Saint Pierre de Juan Bautista Maíno (ill. 1), déjà publié sur ce site en 2005 dans la recension de l’exposition : Caravaggio y la pintura realista europea. Ce tableau est une découverte récente apparue au milieu des années 1990, sans attribution, dans le commerce d’art barcelonais. Rendu de manière unanime à l’artiste, il fut présenté dans la rétrospective qui lui a été consacrée par le Prado à la fin de l’année 2009, recensée ici-même par Pierre Curie.
Le sujet est fréquent dans la peinture européenne du XVIIe siècle et notamment en Espagne. On peut, par exemple, citer un Saint Pierre repentant de Diego Velázquez passé en vente (mais resté invendu) à Madrid en 2004 (voir la brève du 26/1/04) ou celui de Luis Tristán conservé au Palais Royal de Madrid [1], dont la composition est très proche de celle de Maíno.
Le nouveau tableau du Louvre, datable d’avant 1612, est par ailleurs un jalon important du caravagisme européen. Maíno a pu connaître directement Michelangelo Merisi puisqu’il était présent à Rome en même temps que celui-ci (il y baptise un fils naturel en 1605). On peut notamment comparer ce Saint Pierre avec le premier Saint Matthieu et l’ange peint en 1602 pour la chapelle Contarelli, refusé par le clergé et acquis par le Marquis Giustiniani, détruit en 1945 à Berlin (ill. 3).

Maino est un artiste rare. Même la collection de Louis-Philippe n’en possédait pas. En achetant l’un de ses chefs-d’œuvre, le Louvre réussit un coup de maître et complète son fonds espagnol, bien plus riche qu’on ne le dit généralement, avec un tableau qui fera envie à bien des musées.

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