Le Metropolitan Museum achète chez Sotheby’s la toile de Johann Liss

4/7/19 - Acquisition - New York, Metropolitan Museum - La superbe peinture de Johann Liss que nous avions mise à l’honneur dans notre recension des ventes londoniennes (voir l’article) a été acquise chez Sotheby’s par le Metropolitan Museum de New York pour 5 665 200 £ avec les frais.


Johann Liss (vers 1595/1600-1631)
La Tentation de sainte Marie-Madeleine
Huile sur toile - 98,8 x 125,8 cm
Acheté par le Metropolitan Museum (en attente de sa licence d’exportation)
Photo : Sotheby’s
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Il s’agit incontestablement d’un des chefs-d’œuvre de cet artiste. On y voit les multiples influences qui se sont exercées sur lui, mais qui ne l’ont pas empêché d’avoir un style propre qui rend ses tableaux assez faciles à reconnaître. La marque de la peinture anversoise - il séjourna dans cette ville vers 1616-1617 - tout d’abord, plutôt Jacob Jordaens ou Abraham Janssens que Rubens, mais aussi celle de Domenico Fetti, peintre romain qu’il rencontra à Venise. Actif ensuite à Rome où il regarda la peinture caravagesque, il revint enfin à Venise et est plutôt considéré comme appartenant à l’école vénitienne.

En raison de sa courte vie, et de l’absence de datation précise de ses peintures, celles-ci restent difficiles à situer dans sa carrière. La présence dans cette œuvre de toutes les influences citées plus haut, combinée également à celle de Johann Carl Loth, l’un des autres Allemands présents à Venise, incite les spécialistes à la dater des années 1622 à 1625, soit après son installation à Venise.
La toile combine une exécution brillante à un parfait état de conservation. Sa réapparition en 1994 dans une vente aux enchères avait rabaissé un tableau de la Gemäldegalerie qui passait pour original jusqu’à présent (et publié comme tel dans le catalogue d’une exposition de 1975 à Augsbourg et Cleveland) au rang de réplique ou plutôt de copie car il ne semble pas que Liss ait eu un atelier : si certaines compositions sont connues à plusieurs exemplaires, il n’y en a à chaque fois qu’une d’originale, les autres étant plus probablement des copies sans l’intervention du maître.

Notons néanmoins [1] que le musée américaint doit demander l’autorisation d’exportation, dont on sait qu’elle peut être refusée pendant plusieurs mois, le temps pour un musée britannique de réunir l’argent nécessaire. Contrairement à la France, il est possible aussi que ce soit un particulier britannique qui se porte acquéreur de l’œuvre s’il satisfait un certain nombre de conditions, notamment celle de la présenter au public pendant au moins 100 jours par an et de ne pas la revendre pendant dix ans, sauf s’il obtient les mêmes conditions de son acheteur.
On ne peut donc encore affirmer que le tableau franchira l’Atlantique. Remarquons cependant que la National Gallery de Londres conserve deux toiles de Johann Liss, Judith et Holopherne (un autre chef-d’œuvre, proche du tableau acquis par le Metropolitan) et La Chute de Phaëton venant de la collection d’Anthony Blunt, tandis que le Metropolitan Museum peut déjà montrer Nymphe et berger.

Didier Rykner

Notes

[1Nous avions repris une information de Paul Jeromack - très souvent bien informé - indiquant que le Metropolitan avait déjà essayé de l’acquérir en 1994 mais que l’exportation avait été refusée. Keith Christiansen, que nous avons interrogé, nous a répondu que cette information n’était pas bonne. Nous avons donc modifié notre article en conséquence.

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