Le musée avant le musée. La Société des beaux-arts de Montpellier (1779-1787)

Montpellier, Musée Fabre, du 9 décembre au 11 mars 2018.

1. Exposition Le musée avant le musée
au Musée Fabre (salle 1)
Photo : Didier Rykner
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Beaucoup de villes de province créèrent au XVIIIe une école de dessins ou de peinture, basée sur l’exemple sinon sur le modèle parisien de l’Académie. Montpellier suivit cet exemple même si sa propre Société des Beaux-Arts fut créée assez tard dans le siècle, en 1779, non par des artistes mais par des amateurs. Leur objectif était double : créer une école gratuite de dessins et permettre l’organisation de Salons de peinture et de sculpture.
Les collections de cette société furent à partir de 1806 intégrées aux collections du musée qui venait de naître, formées par ailleurs de saisies d’émigrés et de biens du clergé, et d’envois de l’État. La Société des Beaux-Arts est donc largement à l’origine de sa création bien avant que Fabre ne lui léguât sa collection. L’exposition que le musée organise dans ses salles permanentes, avec beaucoup d’œuvres de son propre fonds mais également des prêts extérieurs, raconte cette histoire. Elle est accompagnée d’un très riche catalogue qui va au delà de ce qui est exposé en ajoutant plusieurs annexes et en faisant la liste intégrale (avec lorsque cela est possible des notices) de toutes les œuvres dont on sait avec certitude ou probabilité qu’elles ont été présentées aux Salons. Seuls deux livrets sont conservés intégralement, mais des œuvres exposées les autres années peuvent être connues par des sources diverses. On soulignera le caractère pratique du format compact de ce catalogue en ne regrettant que l’absence d’un index qui se serait avéré fort utile compte tenu de la richesse des informations qu’il contient.


2. Augustin Pajou (1730-1809)
La Marine : Colbert et Duquesne, 1786
Terre cuite - 34 x 21 x 20 cm
Montpellier, Musée Fabre
Photo : Didier Rykner
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3. Joseph-Siffred Duplessis (1725-1802)
Portrait d’Abraham Fontanel, vers 1779
Huile sur toile - 72,6 x 60 cm
Montpellier, église des Pénitents bleus
Photo : Didier Rykner
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La première salle (ill. 1) évoque la ville de Montpellier à la fin du XVIIIe siècle, à la fois par les monuments sculptés qui y sont érigés et par les figures locales qui joueront un rôle dans l’histoire de la Société des Arts. Cela permet de redécouvrir dans un contexte différent des œuvres de la collection, comme les deux maquettes pour la place du Peyrou, celle de Pajou pour le groupe de La Marine : Colbert et Duquesne (ill. 2) et celle de Moitte pour celui de La Religion : Bossuet et Fénelon. Quant aux grands hommes montpelliérains, associés fondateurs de la Société des Beaux-Arts, ils ont pour nom Maurice et Jean-Baptiste Riban, le père et le fils, portraiturés par Pajou, ou Philippe-Laurent de Joubert peint par David. Le catalogue là encore va plus loin que l’exposition en proposant une biographie de chacun des artistes fondateurs, illustrés quand cela est possible.
Un autre portrait clôt cette section et ouvre la suivante. Conservé par les Pénitents Bleus de Montpellier et fort heureusement classé monument historique ce qui garantit qu’il ne pourra pas sortir de France, il s’agit de celui d’Abraham Fontanel par Joseph-Siffred Duplessis (ill. 3), une œuvre splendide comme cet artiste en réussit lorsqu’il est à son meilleur.

C’est donc à la figure de Fontanel qu’est dédiée la deuxième salle. Celui-ci, à qui le commissaire de l’exposition Pierre Stépanoff consacre un essai entier, fut une figure emblématique de la vie culturelle à Montpellier. D’abord libraire à Mende dans le Gévaudan (on voit dans l’exposition un amusant, ou effrayant c’est selon, dessin naïf représentant la bête du Gévaudan qu’il vendit), il vint ensuite à Montpellier où il fit le lucratif commerce de livres prohibés qu’il se procurait à Neufchâtel mais aussi de tableaux, d’estampes, papiers peints ou objets scientifiques divers. Sa fortune s’accrut peu à peu, jusqu’à faire de lui l’un des principaux marchands de Montpellier, qui se fournissait d’ailleurs largement dans les ventes parisiennes. Il mena parallèlement cette activité de marchand de tableaux puis d’associé fondateur de la Société des Arts et de gardien des œuvres appartenant à cette dernière. Après une interruption de quelques années en raison des événements révolutionnaires, il rouvrit une galerie en 1803 qui, bien que constituée d’œuvres à vendre, était largement ouverte au public et fit même de l’ombre au musée naissant. S’il n’enrichit pas directement le Musée Fabre (sauf par sa participation à la constitution des collections de la Société des Arts), beaucoup d’œuvres qui étaient restées en sa possession à sa mort furent acquises de son fils, et données par son petit-fils.


4. Carle van Loo (1705-1765)
Jeanne-Antoinette Poisson, marquise de Pompadour
Huile sur toile - 81,2 x 64,8 cm
Versailles, Musée national du château
Photo : Didier Rykner
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5. Charles Alexandre Renaud (1756-1816)
Projet pour le tombeau de Mme Abraham Fontanel, vers 1797-1798
Terre cuite - 69 x 46 x 16,5 cm
Montpellier, Musée Fabre
Photo : Didier Rykner
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Quelques-unes des œuvres passées entre les mains de Fontanel sont montrées dans l’exposition, et témoignent de l’acuité de son goût (il fut notamment l’acheteur à David des Funérailles de Patrocle de Dublin) : des tableaux de François Lemoyne, de Carle van Loo (un superbe portrait de Mme de Pompadour - ill. 4), le modèle en plâtre du Voltaire assis de Houdon, le Saint Jérôme de François-André Vincent, des Vierge à l’enfant de Jacques Blanchard et Simon Vouet n’en sont que quelques exemples. Parmi les rares regrets que nous laissent le catalogue, on trouve l’absence de reproduction et d’étude de la maquette en plâtre du tombeau de son épouse par le sculpteur peu connu Charles Alexandre Renaud (ill. 5).

6. Exposition Le musée avant le musée au Musée Fabre
Salle consacrée aux Salons
Photo : Didier Rykner
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Les Salons montpelliérains sont directement évoqués dans la grande salle suivante (ill. 6) qui montre, avec un accrochage serré, des œuvres qui ont été présentées à l’un ou l’autre. Peintures, sculptures et dessins, ces dernières parfois sans certitude que l’œuvre exposée soit exactement celle qui était présentée.
Les Salons ne se contentaient pas de montrer la création actuelle, mais étaient aussi l’occasion de découvrir les artistes du passé. Citons Œtra enseignant à son fils Thésée où étaient cachées les armes de son père par Laurent de La Hyre et l’exceptionnelle modello de Pierre Le Gros pour l’un de ses groupes du Gesù à Rome. Le catalogue recense ainsi beaucoup d’autres noms tels que Le Brun, Mignard, Jouvenet, La Fosse, Collin de Vermont ou Natoire auxquels venaient ainsi se confronter les artistes vivants. On notera aussi la présence de dessins de Fragonard et de Giuseppe Cades, cet artiste étant largement présent dans les collections montpelliéraines (on voit également une feuille de sa main dans la salle consacrée à Fontanel). On signalera enfin deux reliefs du sculpteur Louis Journet que le musée vient d’acquérir et dont nous avions parlé dans un récent article.


7. Jean-Baptiste Marie Pierre
Diomède roi de Thrace, tué par Hercule et
dévoré par ses propres chevaux
, 1742
Huile sur toile - 194,5 x 140 cm
Montpellier, Musée Fabre
Photo : Didier Rykner
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8. Anonyme (Jean-Louis Journet ?)
Jupiter, Neptune et Junon
Marbre - D. 35 cm
Monpellier, Musée Fabre
Photo : Didier Rykner
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9. France, XVIIIe siècle
Amours sur des nuages
Terre cuite - 20,5 x 53 cm
Montpellier, Musée Fabre
Photo : Didier Rykner
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La section suivante évoque la naissance du musée, avec de nombreux tableaux saisis à la Révolution ou déposés par le Muséum central, dont plusieurs grands morceaux de réception à l’Académie. On y voit quelques-unes des toiles les plus célèbres du musée exposées d’ordinaire dans sa grande galerie telle que Tullie faisant passer son char sur le corps de son père de Michel-François Dandré-Bardon ou Diomède dévoré par ses chevaux de Jean-Baptiste Marie Pierre (ill. 7). On y découvre aussi trois petits reliefs (ill. 8) qui n’avaient encore jamais été exposés et qui sont peut-être attribuables au même Journet dont deux œuvres viennent d’être acquises. Notons enfin un relief en terre cuite, de même provenance, qui n’est pas très loin de Clodion même s’il reste pour l’instant sans attribution (ill. 9). On passe ensuite dans une salle montrant des œuvres provenant de l’école de dessin, exercices scolaires (académies, études d’après l’Antique, têtes d’expression…) souvent dues à des artistes aujourd’hui complètement oubliés, avant de passer à la conclusion, et en quelque sorte l’apothéose de l’exposition : l’évocation de la figure de Fabre.


10. Exposition Le musée avant le musée au Musée Fabre
Trois esquisses de François-Xavier Fabre pour
La Prédication de saint Jean-Baptiste
Montpellier, Musée Fabre
Photo : Didier Rykner
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11. Jérôme-René Demoulin (1758-1799)
Environs de Subiaco, vers 1784-1790
Huile sur toile - 74 x 97,5 cm
Montpellier, Musée Fabre
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On appréciera ici un petit dossier consacré à l’élaboration de la dernière peinture de l’artiste qu’il ne put finalement jamais achever, la Prédication de saint Jean-Baptiste. Le Musée Fabre conserve deux esquisses d’ensemble, une étude peinte pour la tête de saint Jean-Baptiste (ill. 10) et deux autres pour deux des fidèles qui l’écoutent parler, ainsi que plusieurs dessins préparatoires. À ce dossier déjà très complet s’ajoute le prêt par le Musée Réattu du grand fragment inachevé, seul vestige restant de la toile finale, vue récemment dans l’exposition Réattu (voir l’article). Si l’on ajoute la présentation de deux paysages par des artistes montpelliérains contemporains de Fabre, Jérôme René Demoulin et Jacques Moulinier (tous les deux fort bons peintres même s’ils demeurent peu connus), on ne pourra que reconnaître la richesse de cette exposition tant dans son propos que dans les œuvres qu’elle permet de découvrir ou de redécouvrir, même si nombreuses sont celles qui proviennent du fonds du musée.

Commissaireq : Michel Hilaire et Pierre Stépanoff.


Sous la direction de Michel Hilaire et Pierre Stépanoff, Le musée avant le musée. La Société des beaux-arts de Montpellier (1779 - 1787), Éditions Snoeck, 2017, 231 p., 20 €, ISBN : 9789461614346.


Informations pratiques : Musée Fabre, 39, bd Bonne Nouvelle, 34000 Montpellier. Tel : +33 (0)4 67 14 83 00. Ouvert du mardi au dimanche de 10 h à 18 h. Tarif : 4 € (réduit : 2,50 €).

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