Le pont des Trous sera détruit (avec l’assentiment des associations)

25/3/19 - Patrimoine - Tournai, Pont des Trous - On se rappelle qu’une forte opposition s’était élevée devant la destruction annoncée des arches du pont médiéval de Tournai, qui devait être remplacé par une construction contemporaine sans aucun lien avec le pont d’origine (voir les articles).

Cette opposition a gagné, mais il s’agit d’une victoire à la Pyrrhus. Il a suffi en effet d’une déclaration du ministre Carlo di Antonio [1] pour contenter les associations. Nous avouons ne pas comprendre. Car la proposition du ministre est la suivante :

- le projet contemporain est abandonné,
- le pont sera détruit (hors les tours),
- il sera reconstruit presque à l’identique.

La seule certitude que l’on ait désormais est que le pont sera détruit. Quant à la reconstruction, on n’en connaît ni les modalités, ni les délais, ni le financement ! Autant dire qu’une promesse de cet acabit n’engage que ceux qui y croient. Nous pourrions multiplier en France les exemples de destructions avec promesses de reconstruction jamais tenues. C’est, en réalité, systématiquement le cas lorsque les modalités n’en sont pas clairement définies et validées à l’avance. L’exemple le plus récent est celui de la halle Eiffel d’Arles dont la ministre de la Culture, des journalistes et une association de défense du patrimoine se félicitaient qu’elle soit sauvée quand elle est en réalité en train de pourrir sur un terrain vague (voir l’article).

Non seulement la destruction du pont médiéval est certaine, mais elle devrait avoir lieu très rapidement. On ne voit d’ailleurs pas comment une reconstruction pourrait lui conserver son caractère médiéval. Il ne s’agirait, au mieux, que d’un pastiche. Rappelons que le pont a déjà subi une modification juste après la guerre : l’arche centrale ayant été dynamitée, elle avait été reconstruite un peu plus haute, tandis que le reste des arches avaient été remontées avec un système de vérins hydrauliques. Seule une solution de ce type, qui conserverait les pierres d’origine et l’aspect général, pourrait être admissible, à supposer qu’elle soit possible. La meilleure solution - bien sûr plus coûteuse - serait évidemment un contournement du pont.

Les associations ont pourtant des moyens juridiques pour empêcher la destruction du monument : celui-ci est classé et il est nécessaire de le déclasser avant de le détruire, ce qui n’a pas été fait. Au lieu de profiter de l’avantage qu’il a réussi à obtenir de haute lutte, le Collectif « Défense du Pont des Trous » a abandonné d’un coup toute velléité de combat, « accueillant sans réserves la proposition », et annonçant qu’il renonçait à tout recours d’urgence devant le Conseil d’État « pour preuve de [sa] bonne foi » (sic). Comme si c’était aux associations de faire preuve de leur bonne foi et pas au ministre... Tout cela est d’une naïveté incroyable. Le ministre peut donc détruire, et ne rien reconstruire, cela fera des économies, et tout le monde sera content. Sauf les vrais amoureux du patrimoine.

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