Le Porte-Étendard de Rembrandt classé trésor national

22/4/19 - Trésor National - Rembrandt - L’information est passée un peu inaperçue, mais elle aurait été sans doute l’une des plus importantes sur le plan de l’actualité patrimoniale si elle n’avait pas été communiquée la semaine de l’incendie de Notre-Dame : le ministre de la Culture Franck Riester a annoncé que le Porte-Étendard de Rembrandt avait été classé trésor national. Cela prouve que l’affaire des précédents Rembrandt Rothschild (voir les articles) a servi de leçon et qu’il n’était cette fois pas question de le laisser sortir de France sans autre forme de procès. Le Louvre et le ministère ont joué leur rôle, même si l’objectif n’est pas un refus de certificat, mais bien l’entrée de cette œuvre dans les collections nationales.


Rembrandt van Rijn (1606-1669)
Le Porte-Étendard, 1636
Huile sur toile - 118,8 x 96,8 cm
Collection particulière
Photo : Photographe inconnu (domaine public)
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Le Porte-Étendard est, comme les portraits de Marten Soolmans et de son épouse acquis par le Louvre et le Rijksmuseum, également un tableau Rothschild, mais appartenant à une autre branche de la famille, celle des héritiers d’Élie et Liliane de Rothschild.
Un porte-étendard a pour rôle de conserver le drapeau hors de portée de l’ennemi pendant toutes les batailles. Les porte-étendards étaient en général peints sur les portraits de groupe, plus rarement individualisés, même si l’on connaît quelques exemples avant celui-ci dans la peinture hollandaise. En revanche, il s’agit de véritables portraits, ce que n’est pas réellement la toile de Rembrandt dont le modèle est habillé d’un costume quelque peu fantaisiste, sans doute du XVIe siècle, et qui est sans doute plutôt une « représentation symbolique des qualités de chaque bon porte-drapeau, héros vaillant, qui courait des risques majeurs et dont la hardiesse grandissait la bravoure de toute la compagnie [1] » Certains ont considéré qu’il s’agissait d’un autoportrait en costume de porte-étendard, mais cette hypothèse n’est pas certaine.

L’œuvre, qui a rarement été vue par le public - et que personnellement nous n’avons jamais pu admirer - est peinte dans une gamme de coloris restreints « dominée par les bruns, les ors et les gris », à une période (elle date de 1636) où Rembrandt tend « à amplifier les contrastes lumineux et à restreindre l’utilisation des couleurs [2] ». Elle est considérée comme un des chefs-d’œuvre majeurs du peintre, et l’un des tableaux encore conservé dans les collections françaises dont la sortie de notre territoire ne peut être envisagé, au même titre que le double portrait qui a fait récemment l’actualité ou, un jour sans doute, celui de Betty de Rothschild par Ingres. Sa provenance est prestigieuse puisque avant la collection Rothschild et sa présence en France depuis le XIXe siècle, il avait appartenu au roi d’Angleterre George IV.

L’annonce de ce refus de certificat, la semaine même où jamais une opération de mécénat n’aura réuni autant d’argent, sonne à la fois comme un espoir, et comme une inquiétude. Un espoir car la preuve est faite que, pour les causes importantes, il est possible de trouver de l’argent. Une inquiétude car compte tenu des réactions d’hostilité qui ont accompagné les dons importants pour Notre-Dame, les mécènes risquent d’être rebutés tandis que le gouvernement pourrait craindre lui aussi d’être critiqué. Quel que soit le prix demandé pour ce tableau (nous ne le connaissons pas précisément, mais il est supérieur à 100 millions), il n’est pas envisageable de ne pas l’acheter. Une fois de plus, l’État est face à ses responsabilités.

Didier Rykner

Notes

[1Notice par Pieter van Thiel du catalogue de la rétrospective de Berlin, Amsterdam et Londres en 1991 et 1992 où l’œuvre avait été exposée, publié en français par Flammarion, p. 200-203 du tome consacré aux peintures.

[2Voir note précédente.

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