Le retable d’Issenheim va être restauré

1. Mathias Grünewald (1475/1480-1528)
Retable d’Issenheim
La Tentation de saint Antoine - Saint Antoine

Panneau - 330 x 590 cm
Colmar, Musée d’Unterlinden
Photo : Didier Rykner
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23/4/11 – Restauration – Colmar, Musée Unterlinden – Le retable d’Issenheim est l’une des œuvres les plus célèbres des musées français, au point de symboliser à lui tout seul le Musée Unterlinden de Colmar pourtant fort riche par ailleurs, notamment en art germanique du Moyen Age et de la Renaissance.
Pour cette raison, l’annonce de la restauration prochaine du polyptyque de Mathias Grünewald ne peut laisser indifférent. Celui-ci va en effet, en partie grâce au mécénat de la Fondation du Patrimoine, subir une intervention consistant à amincir les derniers vernis et à dégager « certains repeints maladroits et dénaturant l’œuvre de Grünewald en masquant la composition originale [...] (par exemple le ciel étoilé de la Résurrection (ill. 2) et la présence dans le même panneau de soldats en arrière-plan qui aujourd’hui sont invisibles) ».

2. Mathias Grünewald (1475/1480-1528)
Retable d’Issenheim
La Résurrection du Christ - L’Annonciation

Panneau - 330 x 590 cm
Colmar, Musée d’Unterlinden
Photo : Didier Rykner
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L’intervention sera effectuée devant le public. Il n’est en effet pas question de le priver entièrement du retable ni de déplacer celui-ci qui, depuis son installation dans la chapelle en 1945, s’est adapté à son climat ; les écarts de température et d’hygrométrie entre l’été et l’hiver sont « amortis par l’épaisseur des murs et l’inertie de l’air liée au volume de l’espace ».
Comme le souligne le communiqué de presse, il ne s’agit en aucune manière d’une restauration fondamentale. Le polyptyque est en effet en bon état. Certes, « les vernis fortement jaunis et altérés, comportant de multiples irrégularités et coulures, déforment considérablement la vision rapprochée, ainsi que celle plus lointaine, et éliminent une grande part de la luminosité d’une palette franche, composée souvent de tons primaires, très utilisée par Grünewald pour représenter en quelques coups de pinceau francs et spontanés de savoureux détails, situés pour la plupart au second plan. Ces couches souvent dégradées diminuent aussi la profondeur et la perspective : les ciels à l’origine d’un bleu clair limpide sont devenus jaunes et ne servent ainsi plus de "plan de fuite" ».

Réalisée par des restaurateurs ayant l’habitude de travailler pour les musées et suivie par un comité scientifique, cette restauration sera certainement faite selon les règles de l’art. On ne peut cependant s’empêcher de s’interroger sur son coût total, soit 340 860 € TTC [1], sans doute justifié par la taille et le nombre des panneaux mais tout de même fort élevé alors que leur apparence n’est objectivement pas mauvaise. Il faut reconnaître un certain courage dans la prise d’une telle décision. Seul le résultat permettra de savoir si une telle dépense était justifiée. On peut seulement espérer qu’il soit aussi satisfaisant que le précédent récent des Pélerins d’Emmaüs de Rembrandt (voir la brève du 15/4/11).

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