À la Bourse, une nouvelle édition du Salon du Dessin

Le Salon du Dessin est décidément l’événement de cette spécialité, celui autour duquel tournent tous les autres. ll est fascinant ainsi de constater que Maastricht, la plus belle foire d’antiquités au monde, est relativement faible en art graphique tant Paris domine cette spécialité. Le nombre d’expositions chez les marchands et de ventes aux enchères organisées au même moment est aussi un témoignage de ce succès, sans compter les expositions dans les musées. Chaque année d’ailleurs, un musée prête des œuvres au Salon, et pour cette édition la sélection montrée par Carnavalet est fort belle. Nous en retiendrons notamment une aquarelle de Charles de Wailly pour une chaire à l’église Saint-Sulpice (ill. 1). Notons aussi la présentation de dessins de la maison Chaumet.


1. Charles de Wailly (1730-1798)
La Chaire de Saint-Sulpice
Plume, encre noire, aquarelle - 58 x 48 cm
Paris, Musée Carnavalet
Photo : Paris-Musées
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Beaucoup estiment cette édition l’une des plus réussies ; pour notre part nous avons été un peu déçu par la présence toujours plus grande d’œuvres de la seconde moitié du XXe siècle, voire du XXIe, aux dépens des dessins anciens. Il ne faut pas que le Salon du Dessin perde sa spécificité, qui est de présenter la plus belle réunion possible d’œuvres du XVe au début du XXe siècles. Notre critique est à relativiser car les amateurs avaient largement de quoi faire leur marché comme le démontre la sélection de quelques œuvres que nous reproduisons ici. Ils l’ont d’ailleurs montré car beaucoup de ventes se sont faites dès la soirée d’inauguration.

Notons que nous sommes un peu frustré par l’impossibilité de publier les magnifiques sanguines du Dominiquin pour les écoinçons de la coupole de Sant’Andrea della Valle. Il s’agit à notre avis des plus belles feuilles de la foire, présentées sur le stand de Jean-Luc Baroni et Emmanuel Marty de Cambiaire, mais leur nouveau propriétaire - elles ont été vendues immédiatement - ne semble pas souhaiter qu’elles apparaissent sur le web. Nous ne pouvons que conseiller aux amateurs d’aller les voir sur le Salon, ou dans le beau catalogue publié à cette occasion.


2. Bartholomeus Spranger (1546-1611)
Sainte Ursule, vers 1583
Plume, encre brune, craie noire et lavis d’aquarelle rose et turquoise - 19,7 x 16,2 cm
Christopher Bishop Fine Art
Photo : Christopher Bishop Fine Art
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3. Abraham Bloemaert (vers 1565-1651)
L’ange vengeur traverse la Terre d’Israël, 1632
Crayon, encre et lavis, avec des touches de plomb blanc - 25,6 x 20,2 cm
Galería José de la Mano
Photo : Galería José de la Mano
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Notre sélection n’a pas prétention à être totalement représentative du Salon mais à montrer quelques feuilles qui nous ont particulièrement marqué. Deux dessins maniéristes, l’un par un néerlandais, l’autre par un flamand actif à Prague, sont les plus anciens de notre choix. Le premier, par Abraham Bloemaert (ill. 2), est présenté par la galerie madrilène José de la Mano, aux côtés d’un plus large ensemble de feuilles espagnoles. Le second, dû à Bartholomeus Spranger (ill. 3), est proposé par Christopher Bishop Fine Art, une galerie nouvellement installée à New York.


4. Antoine Coypel (1661-1722)
Études pour le plafond de l’ancienne Chancellerie d’Orléans
Trois crayons
Galerie de Bayser
Photo : Galerie de Bayser
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La galerie de Bayser présente une grande feuille dont nous avions déjà parlé ici lorsqu’elle était réapparue à l’hôtel des Ventes, mal identifiée alors qu’il s’agit d’un Autoportrait de Charles-Antoine Coypel (voir la brève du 15/6/18). Ils montrent également à côté de cette œuvre un montage de plusieurs dessins de son père, Antoine, préparatoires à son plafond de la Chancellerie d’Orléans (ill. 4) actuellement en remontage dans l’hôtel de Rohan (voir les articles).


5. Charles Meynier (1763-1832)
La dernière communion de saint Louis
Plume, encre brune, lavis brun et gris, sur traits de pierre noire - 45,1 x 60, 2 cm
Galerie Éric Coatalem
Photo : Galerie Éric Coatalem
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Chez Éric Coatalem, on remarque parmi d’autres une grande feuille de Charles Meynier (ill. 5), cataloguée par Isabelle Meyer Michallon dans sa monographie parue chez Arthena mais qui était non localisée. Le tableau qu’elle prépare est aujourd’hui conservé dans la chapelle du Grand Trianon à Versailles.


6. Christoffer Wilhelm Eckersberg (1783-1853)
Vaisseau de ligne russe, 1827
Plume, encre et lavis - 37,3 x 28,5 cm
Galerie Didier Aaron
Photo : Galerie Didier Aaron
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Quittons la France - largement majoritaire dans notre sélection - quelques instants pour une feuille d’Eckersberg présentée par la galerie Aaron et représentant un Vaisseau de ligne russe (ill. 6), proche de celui qu’il a également représenté dans un tableau conservé à Odense. On admirera la manière dont cet artiste, à l’aide de traits très fins et appliqués, parvient à donner une présence presque physique à ce navire.


7. Jules Boilly (1796-1874)
Portrait de chasseur et de son chien, 1819
Craie noir, pastel - 75,5 x 46,6 cm
Mark Brady
Photo : Mark Brady
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Il arrive parfois que des artistes un peu secondaires dépassent leur niveau de qualité habituel pour produire des œuvres dignes des plus grands. C’est un peu ce que l’on constate, chez Mark Brady, avec un grand pastel de Jules Boilly (ill. 7), le fils de Louis Boilly. Il représente un chasseur qui est d’ailleurs peut-être son père.


8. Eugène Boudin (1824-1898)
Étude de ciel
Pastel - 21 x 29 cm
Galerie Terradès
Photo : Galerie Terradès
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Eugène Boudin est un artiste inégal, mais qui peut atteindre dans certaines de ses œuvres une qualité extraordinaire. La galerie Terradès propose une étude de ciel par cet artiste (ill. 8), d’une beauté saisissante, dans un genre assez fréquent dans l’art du XIXe siècle.


9. Sacha Guitry (1885-1957)
Portrait de Kees van Dongen
Huile sur carton - 79 x 59 cm
Galerie Mathieu Néouze
Photo : Galerie Mathieu Néouze
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Certains artistes amateurs surprennent en réussissant des œuvres qui ne déparent pas lorsqu’on les compare aux professionnels. C’est le cas d’un portrait de Kees van Dongen dessiné par Sacha Guitry (ill. 9) présenté par Mathieu Néouze. On sait que les écrivains ou les acteurs (ce qu’était Guitry, en plus d’être un cinéaste talentueux) sont parfois d’excellents artistes (qu’on songe à Sarah Bernhardt ou Victor Hugo par exemple). Nous ne connaissions pas les dessins de Guitry qui réussit ici un tour de force en dessinant à l’huile sur carton van Dongen, avec le visage entièrement en réserve, ce qui lui donne un côté presque surréaliste.


10. Marcel Roux (1878-1922)
Quasimodo portant Esmeralda dans l’une des tours de Notre-Dame de Paris, 1904
Pinceau et aquarelle - 43 x 33 cm
Galerie Michel Descours
Photo : Galerie Michel Descours
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La galerie Descours présente une aquarelle de Marcel Roux (ill. 10), datée de 1904, représentant une scène de Notre-Dame de Paris. Son auteur est un graveur et illustrateur lyonnais qui fut également peintre, proche de l’art symboliste. Ce Quasimodo qui porte Esméralda vers les cloches de Notre-Dame, une scène qu’on ne retrouve pas littéralement dans le roman, possède une atmosphère un peu fantastique. Elle n’a pas été utilisée pour une illustration.


11. Louis-Eustache Anselin (1727-1810)
Serpent, 1787
Encre sous verre - 13,9 x 49 cm
Galerie Talabardon & Gautier
Photo : Galerie Talabardon & Gautier
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Nous terminerons avec un objet extraordinaire comme savent en présenter souvent Talabardon & Gautier. Il s’agit d’un dessin certes mais d’un dessin d’une technique particulière : en réalité une gravure à l’encre sur verre. Son auteur, Louis-Eustache Iselin, était chirurgien à l’Académie d’Amiens. L’œuvre porte au verso, de la main de Cochin, le texte suivant : « Copie du certificat du premier graveur de l’ancien gouvernement. / Je soussigné, certifie que Mr Anselin maitre en chirurgie, de l’académie d’Amiens, m’a fait voir / plusieurs morceaux d’histoire naturelle, tel que serpens, papillons &c. Lesquels il a exécuté sur verre / sans le secours d’aucun instrument de dessinateur, lesquels rendent très bien en blanc et noir les / diverses nuances de la nature, et y conservent un moelleux plus peint que ne pourroit le faire / la gravure en taille douce. ce nouveau procédé peut voir beaucoup d’utilité, & mérite d’être / accueilli a paris le 7. 7bre 1787. Signé Cochin »

Le Salon du Dessin est ouvert tous les jours jusqu’au 1er avril, de 11 h à 22 h jeudi, de 12 h à 20 h vendredi, de 11 h à 20 h samedi et dimanche, et de 12 h à 19 h lundi.
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