Le Salon du Dessin, une institution parisienne

Palais de la Bourse, du 21 au 26 mars 2018.

Le Salon du Dessin est réellement devenu un événement majeur de la vie du marché de l’art parisien et international. Outre le nombre incroyable de feuilles qu’il propose, les collectionneurs ont le choix entre de nombreuses ventes aux enchères et des expositions organisées par des galeristes ne participant pas au Salon, un off en quelque sorte. Ce sont des milliers d’œuvres qui sont ainsi dispersées et dont beaucoup trouveront preneur car le marché est très actif. Les ventes du Salon étaient d’ailleurs très nombreuses dès le soir de l’inauguration et les marchands faisaient part de leur satisfaction.


1. Guido Reni (1575-1642)
Étude de tête d’ange
Pierre noire, sanguine et pastel sur
papier marou é sur vélin - 42,5 x 29,5 cm
Galerie Marty de Cambiaire
Photo : Galerie Marty de Cambiaire
Voir l´image dans sa page

Nous ne publierons ici que quelques feuilles parmi celles qui nous ont marqué, à commencer, sur le stand de la galerie Marty de Cambiaire, par une superbe tête d’ange par Guido Reni (ill. 1) préparatoire à une Annonciation qui se trouve dans l’église de Fano. Le dessin est incisé pour être transposé sur la toile. Il s’est rapidement vendu dès mardi soir.


2. Giulio Parigi (1571-1635)
Projet théâtral avec le Navire d’Amerigo Vespucci
découvrant le Nouveau Monde
, 1608
Plume, encre brune et pierre noire - 30,5 x 42 cm
Galerie Antoine Tarantino
Photo : Galerie Antoine Tarantino
Voir l´image dans sa page

Une autre œuvre italienne, bien différente mais tout aussi belle, est due à Giulio Parigi, architecte à la cour des Médicis (ill. 2). Il s’agit d’un décor de théâtre pour le quatrième intermède du Jugement de Pâris, un drame pastoral écrit par Michelangelo Buonarotti le jeune, le petit-neveu de Michel-Ange. On y voit la découverte du nouveau monde par Amerigo Vespucci dont le navire apparaît sur la droite. Ce décor minutieusement dessiné à la plume et au lavis, savoureusement maniériste, est également connu par une gravure de Remigio Cantagallina.


Hyacinthe Rigaud (1659-1743)
Portrait de Charles de La Fosse
Pierre noire, plume et encre brune,
rehauts de gouache et de craie - 37 x 28,5 cm
Galerie Éric Coatalem
Photo : Galerie Éric Coatalem
Voir l´image dans sa page

Restons dans le XVIIe siècle (mais l’extrême fin de celui-ci) et passons en France avec un somptueux portrait du peintre Charles de La Fosse par Hyacinthe Rigaud (ill. 3). Celui-ci ci est un immense dessinateur, comme une exposition organisée par le Musée des Beaux-Arts de Meaux l’avait démontré en 2000, et cette feuille ne le démentira pas. Elle est très comparable à un tableau exposé au Salon de 1704 et conservé aujourd’hui à Berlin. Comme c’est parfois le cas chez Rigaud, le visage et la perruque sont de la main de celui-ci, tandis que le costume a été délégué à l’un de ses meilleurs collaborateurs, B. Montmorency. Des précisions sur ce dernier artiste, peu connu jusqu’à présent, se trouvent sur le site d’Ariane James-Sarazin (voir notamment ici).


4. Louis Janmot (1814-1892)
La Famille, 1868
Graphite et rehauts de craie blanche - 62 x 205 cm
Galerie Michel Descours
Photo : Galerie Michel Descours
Voir l´image dans sa page

Nous terminerons cette courte recension avec quatre dessins français du XIXe et du début du XXe siècle. Le premier est une très grande feuille de Louis Janmot (ill. 4), proposée par la galerie Michel Descours et préparatoire à un décor aujourd’hui disparu. Nous renvoyons à la longue notice d’Élisabeth Hardouin-Fugier sur le site internet de la galerie et nous nous contenterons de préciser qu’il s’agit d’un modello pour la peinture murale que Janmot réalisa pour sa propre salle à manger, connue seulement aujourd’hui par une photographie. On notera également à l’arrière-plan à droite que sur ce portrait de famille, le peintre a représenté, sous la forme d’un enfant enlevé par un ange, son premier fils Henry mort à l’âge de huit mois. Des figures d’ange emmenant un enfant se retrouve souvent dans le célèbre cycle du Poème de l’âme.


5. Paul Gauguin (1848-1903)
Deux léopards et une femme tahitienne endormie (recto)
Aquarelle, plume et encre brune - 17,8 x 27,3 cm
Jean-Luc Baroni Ltd
Photo : Jean-Luc Baroni Ltd
Voir l´image dans sa page

La galerie Jean-Luc Baroni présente une feuille très importante de Paul Gauguin (ill. 5) représentant au recto deux études de léopards et une femme tahitienne endormie, à l’aquarelle, tandis que le verso montre un autoportrait avec des études de deux femmes en costume breton. Il s’agit d’une page d’un carnet démembré dont d’autres exemples se trouvent notamment à l’Art Institute de Chicago et au Chrysler Museum of Art.
Gauguin put étudier ces fauves lors du passage à Arles d’une ménagerie alors qu’il demeurait dans la Maison Jaune.


6. André Devambez (1867-194)
Une Martyre (Baudelaire)
Aquarelle gouachée - 26 x 21 cm
Galerie Talabardon & Gautier
Photo : Galerie Talabardon & Gautier
Voir l´image dans sa page

Nous reproduisons un dessin d’un artiste dont le talent et la diversité des styles ne cesse de nous étonner. Il s’agit d’André Devambez dont la galerie Talabardon & Gautier montrent une œuvre que l’on peut qualifier de symboliste, inspirée d’un poème de Baudelaire Une Martyre, tiré des Fleurs du Mal (ill. 6). Sur un meuble, une tête de femme coupée et sanglante, portant un diadème et de grandes boucles d’oreilles, pose sur le spectateur le regard vide de la mort. L’artiste illustre ainsi le texte de manière littérale :

[...]
La tête, avec l’amas de sa crinière sombre
Et de ses bijoux précieux,

Sur la table de nuit, comme une renoncule,
Repose ; et, vide de pensers,
Un regard vague et blanc comme le crépuscule
S’échappe des yeux révulsés.


7. Pierre Amédée Marcel-Beronneau (1869-1937)
Les deux hiboux
Pastel - 55 x 38 cm
Galerie Matthieu Neouze
Photo : Galerie Matthieu Neouze
Voir l´image dans sa page

Enfin, Matthieu Néouze propose aussi une œuvre d’un artiste que nous apprécions particulièrement et qui se montre ici sous un jour inédit. Il s’agit de l’élève de Gustave Moreau, Pierre-Amédée Marcel-Beronneau, avec un pastel représentant deux hiboux (ill. 7). Là encore, des yeux vides fixent le spectateur, mais ils sont bien vivants cette fois et ont une profondeur presque hypnotique. L’artiste se révèle ici proche d’un autre élève de Moreau, Simon Bussy, mais avec un caractère fantastique et symboliste que l’on ne trouve pas vraiment chez ce dernier.

Comme d’habitude, les conservateurs de musée se pressaient nombreux dans les allées du Salon et certaines œuvres rejoindront très vite des institutions. Il faut parfois attendre que ces achats se confirment, mais nous pourrons dès aujourd’hui ou demain écrire une brève sur un achat d’un musée français, modeste, mais de grande qualité.

Informations pratiques : Du 21 au 26 mars 2018. Palais de la Bourse, Place de la Bourse, 75002 Paris. Horaires : de 12 h à 20 h. Jeudi 22 mars jusqu’à 22 h. Tarif : 15 € (réduit 7,50 €).

Site du Salon du Dessin

Vos commentaires

Afin de pouvoir débattre des article et lire les contributions des autres abonnés, vous devez vous abonner à La Tribune de l’Art. Les avantages et les conditions de cet abonnement, qui vous permettra par ailleurs de soutenir La Tribune de l’Art, sont décrits sur la page d’abonnement.

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous.