Les bases de données de l’INHA regroupées pour un résultat mitigé

29/4/11 - Internet - Bases de données - L’INHA vient de mettre en ligne un nouveau système de gestion de ses bases de données, appelé AGORHA (Accès global et organisé aux ressources en histoire de l’art) dont l’objectif est d’offrir un point d’entrée unique et la possibilité de rechercher un même terme sur toutes les bases à la fois.
Si cela permet de trouver pour certaines requêtes précises davantage de résultat plus rapidement (puisque l’on peut interroger toutes les bases en même temps plutôt qu’une par une), force est de constater que ce système aboutit dans bien des cas à une véritable usine à gaz qui ne permet plus certains types de recherches pourtant bien pratiques pour les historiens de l’art. Manifestement, la technicité de l’outil a pris le pas sur les besoins des utilisateurs.

Nous prendrons comme principal exemple l’excellente base de données des tableaux italiens dans les collections publiques françaises (RETIF) dont nous avions déjà parlé (voir la brève du 26/6/08).
Jusqu’ici la recherche était simple et possible par plusieurs biais comme on pourra s’en rappeler sur cette page qui conserve les archives de l’ancien système, avec seulement cinq régions (Bretagne, Centre, Pays-de-Loire, Nord-Pas-de-Calais, Poitou-Charente). On pouvait alors effectuer une recherche par localisation en choisissant une région ou une ville, ou même un édifice précis, en ayant sous les yeux la liste exhaustive de toutes les possibilités ; on pouvait également trouver dans les menus déroulants les noms de tous les peintres cités dans les notices. Le tout était simple et parfaitement clair même pour les utilisateurs les moins doués en informatique.
Désormais, même si plusieurs régions ont été ajoutées, il n’est pas possible de savoir simplement lesquelles puisqu’aucun menu déroulant n’est plus disponible. On dispose maintenant de 10 régions puisqu’aux précédentes se sont rajoutées l’Auvergne, la Basse-Normandie, la Haute-Normandie, Champagne-Ardennes et la Picardie [1]. Il faut donc garder cette liste dans un coin de sa tête, car on ne la retrouvera pas autrement. Et ne pas se tromper : si l’on tape « Normandie », on n’obtient rien : il faut choisir « Basse-Normandie », ou « Haute-Normandie ». Quant aux villes, comme il est impossible de mémoriser une liste de toutes celles dans lesquelles sont conservés des tableaux italiens, l’absence d’un tel index rend impossible de se promener simplement dans la base si l’on ne sait pas déjà ce que l’on recherche.

Encore faut-il savoir l’interroger. Pour chercher, par exemple, tous les tableaux italiens conservés en Bretagne, il faut, en partant de la page d’accueil AGHORA :

- cliquer dans la colonne de gauche en haut sur « Recherche sur »,
- cliquer sur « Oeuvres »,
- cliquer sur Recherche avancée,
- dans le champ Filtrez votre recherche cliquer à droite sur le petit symbole d’un livre ouvert,
- dans la fenêtre qui s’est ouverte, chercher « REPERTOIRE DES TABLEAUX ITALIENS DANS LES COLLECTIONS PUBLIQUES FRANCAISES » et cliquer dessus,
- Fermer cette fenêtre,
- Sélectionner Lieux dans le champ du haut,
- Taper Bretagne dans le champ du haut,

Et l’on aboutit, enfin, à une liste de tous les tableaux italiens conservés en Bretagne. Ce processus est à comparer avec la simple sélection du champ « Bretagne » dans l’ancienne base.

Il faut, maintenant, comparer les résultats de l’ancienne base avec ceux de la nouvelle (il est impossible de fournir un lien vers celle-ci en raison du système employé ; pour la voir, il faut faire la manipulation indiquée ci-dessus).
Et malheureusement, là encore, la comparaison n’est pas forcément flatteuse pour AGORHA car les photos qui apparaissent sur cette liste sont beaucoup plus petites, trop petites pour se faire une bonne idée du tableau. Il faut donc cliquer pour faire apparaître la fiche technique qui est la même que celle de l’ancienne base, avec un petit avantage : les références bibliographiques sont cliquables, ce qui amène comme résultat tous les tableaux signalés par cette référence. Remarquons aussi, ce qui est là un véritable progrès par rapport à l’ancienne base, que la taille et la définition des photos lorsqu’on les agrandit est bien plus importante. Encore faut-il y arriver.

Le principe est exactement le même pour le Répertoire des tableaux français conservés en Allemagne (voir la brève du 23/6/07). Là, les (trop) petites vignettes qui apparaissent sur les pages de résultat sont plutôt un progrès par rapport à l’ancienne base pour laquelle nous déplorions l’absence d’images dans ces listes. Mais les mêmes critiques peuvent être faites : à moins de parcourir toute la liste des œuvres qui y sont répertoriées, il est impossible de savoir simplement toutes les villes allemandes qui conservent des tableaux français.
Nous n’avons pas poussé plus loin notre exploration, découragé par la complexité de ce système. Plusieurs éléments du menu restent mystérieux : à quoi correspondent les menus « Fonds d’archives » (et ses sous-menus : « Arborescence » et « Notices »), « Evénements » ou « Personnes et organismes » ? Les explications fournies qu’on obtient en cliquant sur le point d’interrogation sont tout sauf claires.

Notre critique peut paraître un peu dure si l’on prend en compte la somme de travail énorme qu’il a dû falloir pour aboutir à cette nouvelle base de données. Mais elle est à la hauteur de notre déception : l’enfer est parfois pavé de bonnes intentions. L’interrogation croisée de toutes les bases est certainement utile dans bien des cas mais l’impossibilité d’interroger simplement une base précise, à partir de menus déroulants, est extrêmement pénalisante pour de nombreuses recherches. Qui peut le plus devrait pouvoir le moins. Il est indispensable que ce type de fonctionnalité soit réintroduite, sinon la complexité de ce système aura raison de son utilisation.

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