Les Chardin commandés pour Bellevue entrent au Louvre

3/8/10 – Acquisitions – Paris, Musée du Louvre – Grâce aux Amis du Louvre et à la générosité des descendants d’Eudoxe Marcille, deux chefs-d’œuvre de Jean-Siméon Chardin [1] (ill. 1 et 2), peints comme dessus-de-porte pour le château de Bellevue et exposés au Salon de 1767 où ils furent célébrés par Diderot, font leur entrée au Musée du Louvre.


1. Jean-Siméon Chardin (1699-1779)
Les Attributs de la musique civile, 1767
Huile sur toile - 112 x 144,5 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Musée du Louvre
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2. Jean-Siméon Chardin (1699-1779)
Les Attributs de la musique guerrière, 1767
Huile sur toile - 112 x 144,5 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Musée du Louvre
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Construit pour Madame de Pompadour, Bellevue fut réaménagé après sa mort [2]. Chargé du programme décoratif par Marigny, Charles-Nicolas Cochin écrivait le 15 juillet 1766 [3] : « La salle de musique me paraît demander quelque chose de relatif à sa destination. C’est pourquoi je penserais qu’elle serait convenablement décorée avec deux dessus-de-porte de M. Chardin. Cet artiste atteint à un degré de perfection unique dans son genre. »
A la Révolution, on perd la trace des deux toiles qui réapparaissent dans une vente publique en 1853 où elles sont acquises par le collectionneur François Marcille. Elles sont léguées ensuite à son fils aîné Eudoxe dans la famille duquel elles sont restées jusqu’à nos jours.

Ces deux tableaux viennent rejoindre au Louvre les Attributs des arts et les Attributs de la musique, deux dessus-de-porte peints par Chardin pour le château de Choisy, de dates proche (1765) et de dimensions comparables qui forment, avec celui de l’Ermitage réalisé en 1766 pour l’Académie des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg, un ensemble cohérent dont Pierre Rosenberg a écrit, en les comparant à ceux peints au début des années 1730 pour le comte de Rothenbourg (deux sont conservés au Musée Jacquemart-André [4], deux autres appartiennent également encore aux descendants d’Eudoxe Marcille [5]) : « Plus rien de la somptueuse et quelque peu chaotique richesse des premières toiles, du lyrisme incontrôlé ; une rigueur de peintre cubiste, un sens de l’harmonie, une pratique parfaitement maîtrisée de la théorie des rappels les a remplacés. Mais la grandeur de Chardin est de ne jamais abdiquer devant les impératifs de l’emplacement prévu pour ses toiles, de la destination finale de ses créations. Jamais il ne glisse vers le décoratif, ne tombe dans la décoration. En fait, jamais Chardin n’a été plus peintre que lorsqu’il a eu à exécuter ces œuvres de commande. »

English version

Didier Rykner

Notes

[1Rappelons que son prénom n’est pas Jean-Baptiste Siméon, mais Jean-Siméon, contrairement à ce qu’on écrivait souvent de son vivant et jusqu’à aujourd’hui - et même sur ce site dans des articles précédents.

[2Comme nous le précise aimablement Gérard Mabille, Bellevue avait été vendu à Louis XV par Mme de Pompadour dès 1757. Ce n’est qu’après la mort de Louis XV en 1774 que Louis XVI cèda le château à ses tantes, Mesdames, les filles de Louis XV.

[3Cité dans le catalogue de l’exposition Chardin du Grand Palais à Paris en 1979, p. 347.

[4Les Attributs des sciences et Les Attributs des arts, n° 29 et 30 du catalogue de 1979, p. 149-152.

[5Instruments de musique et perroquet et Instruments de musique et corbeille de fruits, n° 27 et 28 du catalogue de 1979, p. 146-149.

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