Les mesures fiscales de François Hollande : une menace mortelle pour le patrimoine historique

Château de Gevrey-Chambertin
Classé monument historique
Vendu à un investisseur chinois
Photo : Johelm/Wikimedia Commons
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La Tribune de l’Art n’est pas partisane sur le plan politique. Nous dénonçons les menaces sur le patrimoine historique qu’elles viennent de droite ou de gauche. Nous n’avions pas épargné les précédents gouvernements, ce qui nous avait d’ailleurs valu l’épithète de « gauchiste » par un ou deux lecteurs qui semblaient oublier nos attaques virulentes contre quelques maires socialistes tels que Bertrand Delanoë ou Guy Delcourt...

Sans doute certains vont-ils désormais nous traiter de réactionnaires suppôts de la droite. Peu nous chaut. Car les mesures, avouées ou non, que le gouvernement de François Hollande prépare dans la loi de finances 2013, auront des conséquences désastreuses pour les monuments historiques et les musées sans que cela semble émouvoir quiconque.
François Hollande a en effet décidé, tout seul, à la surprise même de ses conseillers, de créer une tranche d’imposition à 75% au-dessus de 1 million d’euros de revenus par an. Une mesure dont d’autres que nous ont dénoncé l’aspect idéologique (le Président de tous les Français avait affirmé en son temps « haïr les riches ») et confiscatoire (surtout si l’on y rajoute la CSG et l’ISF qui font passer le taux à plus de 100%).
Nous aimerions donc que le Président de la République nous explique, alors que l’État a de moins en moins de moyens et de volonté pour entretenir le patrimoine historique qui, au juste, va pouvoir désormais s’en charger. François Hollande, il est vrai, selon le témoignage direct de plusieurs personnes l’ayant côtoyé autrefois, ne s’intéresse aucunement à l’art ni au patrimoine, peut-être encore moins, si cela est possible que Nicolas Sarkozy. Comment pourrait-il se douter des moyens dont il faut disposer pour acquérir, restaurer et entretenir les châteaux et monuments historiques privés qui font une partie des richesses de la France ? Beaucoup des riches que déteste François Hollande dépensent leur argent et une grande partie de leur temps à sauver, pour le bénéfice de tous, des édifices que l’État dans son impéritie aurait depuis longtemps laissé s’écrouler.

Nous aimerions savoir également comment les Trésors Nationaux, œuvres d’art les plus importantes qui coûtent plusieurs centaines de milliers, parfois plusieurs millions d’euros, et dont on sait qu’elles quittent déjà, et depuis des années, le territoire français, pourront trouver acquéreur en France. Sans doute le président, qui ne visite pas souvent les musées, ignore-t-il que leurs collections sont, pour une part essentielle, dues à la générosité de riches qu’il abhorre tant. D’ailleurs, il y a un an, celui-ci faisait partie de la bande de parlementaires, de gauche comme de droite d’ailleurs, qui souhaitait faire entrer les œuvres d’art dans le champ de l’impôt sur la fortune. Une mesure en son temps refusée même par François Mitterrand conscient de son caractère dévastateur pour le patrimoine national (nous renvoyons aux articles que nous avons déjà écrits à ce sujet) et dont l’application se profile pourtant régulièrement depuis cette époque. Nul ne doute que le ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, dont, selon le Canard Enchaîné, Aurélie Filippetti affirme qu’il « voue une haine idéologique à l’art et à la culture » ne se prépare à ce sujet à une nouvelle offensive, ainsi qu’à une augmentation très forte des plus-values sur les œuvres d’art qui aura des conséquences également gravissimes, surtout si elles se surajoutent aux mesures précédentes.

Nous étions d’ailleurs en train de rédiger cet article lorsque le ministre du Budget a affirmé que les niches fiscales seraient plafonnées a 10 000 € par foyer. Les dépenses sur monuments historiques ne sont pas citées, mais il est certain qu’elles sont incluses dans ce montant. Nous avions dénoncé il y a quatre ans une première tentative en ce sens (Les monuments historiques ne sont pas des niches fiscales) et, ô surprise, le nom de Jérôme Cahuzac apparaissait déjà, alors que nous ne savions évidemment pas qu’il deviendrait un jour ministre parmi ce que nous appelions les « ennemis du patrimoine », ce qui rejoint la réflexion d’Aurélie Filippetti. On attend maintenant d’elle qu’elle monte au créneau pour exonérer les monuments historiques de ce plafonnement.

Nous oublions ici certainement d’autres mesures fiscales qui ne manqueront sûrement pas de se rajouter à ce matraquage totalement contre-productif et purement politique. La crise a bon dos. Le patrimoine ne se délocalise pas. Il est l’une de nos seules ressources économiques qui ne soit pas menacée par la mondialisation. Le protéger, l’entretenir, n’est pas seulement nécessaire pour des raisons morales et historiques. Il est, maintes études l’ont montré, une source de développement économique. Si l’État se désengage, si les riches n’ont plus les moyens d’y suppléer, qui le maintiendra ?
Dans un de ses tweets récents [1], l’excellent humoriste Didier Porte se scandalisait, sur le mode ironique, que le château (classé monument historique) de Gevrey-Chambertin soit acheté par un casinotier chinois. Lui qui appelait à voter Mélenchon qui trouve mou le programme fiscal de François Hollande contre les "riches" ne devrait-il pas plutôt se réjouir que plus aucun Français ne puisse (ou ne veuille) acheter notre patrimoine. Demain, il n’y aura peut-être plus que les riches étrangers pour le sauver.

English Version

Didier Rykner

P.-S.

11/9/12 : le plafonnement des niches fiscales à 10 000 € par foyer ne concernera finalement pas les monuments historiques - qui, comme nous l’avons déjà écrit, ne doivent pas être considérés comme des niches. Quant à l’ISF sur les œuvres d’art, il semble que cette idée soit une nouvelle fois heureusement repoussée par le gouvernement.

Notes

[1« Un casinotier Chinois vient de racheter le château de Gevrey-Chambertin. Va peut-être falloir penser à prendre les armes, non ? », le 22 août à 9 h 05.

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