Marie d’Orléans. Princesse et artiste romantique. 1813-1839

Paris, Musée du Louvre, du 18 avril au 31 juillet 2008
Chantilly, Musée Condé, du 9 avril au 31 juillet 2008.

1. Ary Scheffer (1795-1858)
Portrait de Marie d’Orléans
Huile sur toile - 155 x 73 cm
Chantilly, Musée Condé
Photo : Musée Condé
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Marie d’Orléans (ill. 1), fille de roi, a un statut ambigu dans l’histoire de l’art. Certains n’ont vu dans son activité de sculpteur qu’un caprice de petite fille riche. Morte à vingt-cinq ans, son œuvre forcément réduit eut vite fait d’être oublié et négligé. A l’exception d’une œuvre, sa Jeanne d’Arc debout, reproduite jusqu’à l’écœurement dans toutes les matières et dans toutes les dimensions, le reste de sa production est ignoré. La double rétrospective que lui consacrent ensemble le Louvre et le Musée Condé vient, peu de temps après l’exposition Triqueti, révéler une véritable artiste.

L’apprentissage du dessin était une constante de l’éducation des princes, et cette tradition remontait bien avant le XIXe siècle. Louis XIII, par exemple, dessinait bien [1]. Le Prince de Joinville, frère de Marie, a laissé d’assez belles aquarelles.
Marie d’Orléans prit donc, comme ses frères et sœurs, des cours de dessins auprès d’Ary Scheffer, un proche de Louis-Philippe. Le peintre se désespérait d’ailleurs du faible talent de sa jeune élève. S’il lui reconnaissait une bonne imagination, la correction de son trait laissait à désirer et il se déclarait « ennuyé de corriger tous les jours des bras cassés et des jambes tordues ». Rien ne prédisposait donc Marie à devenir artiste avant que sa sœur Louise ne la quitte pour rejoindre la Belgique après son mariage avec Léopold [2]. La princesse vécut tellement mal cette séparation qu’elle sombra dans une profonde dépression. La sculpture, que Scheffer commença à pratiquer en sa compagnie, vint rapidement remplir sa vie et elle s’y réfugia. Il n’était plus question alors d’incorrections dans le dessin. Les quelques œuvres qu’elle produisit dans sa courte carrière le furent sans doute sous la supervision et avec l’aide d’Ary Scheffer. On ne peut cependant leur nier le mérite de l’originalité, et les témoignages contemporains, comme celui de Scheffer lui-même, prouvent que Marie est bien l’auteur des compositions qu’on lui attribue, malgré les rumeurs et les ragots que de mauvaises langues - toujours prompts à critiquer les Orléans - faisaient courir.


2. Marie d’Orléans (1813-1839)
Jeanne d’Arc pleurant à la vue
d’un Anglais blessé

Bronze - 53 x 52 x 37 cm
Chantilly, Musée Condé
Photo : Musée Condé
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Les quelques dessins de Marie d’Orléans présentés dans l’exposition sont, il est vrai, de qualité moyenne. Il est à cet égard regrettable que son autoportrait peint, conservé à Dordrechts [3] et reproduit en p. 32 du catalogue, n’ait pu venir ni à Paris ni à Chantilly, car il donnerait une meilleure idée de l’artiste dans une œuvre bi-dimensionnelle. Ce portrait - très proche du style d’Ary Scheffer - est d’une remarquable qualité qu’on ne retrouve pas vraiment dans ses aquarelles ni même dans le cycle dessiné d’après Byron (provenant du Dordrechts Museum, exposé au Louvre).
Marie est donc, et avant tout, un sculpteur. Le visiteur devra, pour se faire une idée complète de son art, visiter les deux expositions. L’amateur pressé pourra cependant se contenter d’une seule puisque la statuaire, art du multiple, permet de présenter dans chaque lieu l’une des versions de ses principales œuvres.

On verra, bien sûr, la Jeanne d’Arc debout dont nous parlions plus haut. Le marbre définitif, provenant de Versailles, est exposé au Louvre. On pourra lui préférer la magnifique Jeanne d’Arc à cheval pleurant à la vue d’un Anglais blessé (ill. 2) montrée dans plusieurs versions dont une exceptionnelle fonte à la cire perdue par Honoré Gonon (Chantilly). L’artiste est proche ici de Barye dont elle s’inspire sans doute aussi pour son Combat de chevaliers qui fait également penser aux batailles sculptées par Théodore Gechter.
Gechter, Barye, ces noms montrent que Marie est proche de ces sculpteurs si appréciés par son frère Ferdinand alors qu’ils obtiennent bien peu de succès aux Salons dont ils sont souvent exclus. On pourra aussi citer le nom d’une autre femme sculpteur, la légitimiste Félicie de Fauveau, à propos d’un modèle de pommeau d’épée (cat. 63).


3. Marie d’Orléans (1813-1839)
La Résurrection du poète, 1834
Plâtre - 54,2 x 86,5 x 7 cm
Chantilly, Musée Condé
Photo : Musée Condé
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Les amateurs de sculpture romantique découvriront sans doute pour la première fois les deux reliefs inspirés par Ahasvérus, le poème en prose d’Edgar Quinet. Comme pour la plupart des autres compositions, plusieurs exemplaires en plâtre sont connus, l’artiste en ayant fait réaliser plusieurs tirages afin de les offrir aux membres de sa famille ou à des proches. Ceux de Chantilly provenant du duc d’Aumale bénéficient de cadres néo-gothiques en bois. Sans doute parmi les premiers essais de sculpture de Marie, ils sont en tout cas les premiers (et les seuls ?) reliefs qu’elle ait jamais exécutés. Scheffer en attribue l’entière invention à Marie. La Résurrection du poète montre (ill. 3) cependant l’influence du maître sur l’élève. Cette scène très poétique témoigne déjà, comme le souligne Isablle Lemaître dans sa notice, d’un grand sens du relief. On peut aussi souligner la parenté de cette œuvre avec un autre grand sculpteur romantique, Antonin Moine.


4. Marie d’Orléans (1813-1839)
Ange de la Résignation
sur console

Terre cuite - 29 x 9 cm
Chantilly, Musée Condé
Photo : D. Rykner
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Le Louvre a fait l’acquisition, il y a quelques années, du mobilier néo-gothique, dessiné par l’architecte Louis Charles Théodore Charpentier, qui ornait, aux Tuileries, l’atelier de Marie. Cela permet d’évoquer ce lieu dont l’agencement - connu par plusieurs tableaux de Prosper Lafaye - fut pieusement conservé jusqu’à la Révolution de 1848.
Figure éminemment romantique, Marie le fut jusque dans sa mort. En 1837, elle partit s’installer en Allemagne avec Alexandre de Wurtemberg qu’elle venait d’épouser. En janvier 1838, un incendie ravagea son atelier et elle prit froid en s’enfuyant dans la nuit glacée. Fragilisée, après avoir donné naissance à un fils en juillet, elle mourut de la phtisie à Pise en Italie, où elle séjournait sur les conseils des médecins. Trois ans plus tard, un autre Orléans la rejoignait dans un décès précoce, son frère Ferdinand. Les deux enfant les plus prometteurs, l’un sur le plan artistique, l’autre sur le plan politique, de Louis-Philippe, disparaissaient ainsi. Ils furent réunis une dernière fois dans la chapelle de la Compassion à Paris : à la tête du Prince gisant sculpté par Triqueti, un Ange inventé par Marie [4] (exécuté par Auguste Trouchaud) présente son âme au ciel.

Le catalogue le donne à Auguste Trouchaud, le praticien qui fut chargé de sa transcription dans cette matière. Cette attribution pose d’ailleurs la question du véritable auteur d’une telle sculpture. On sait, et cela est particulièrement vrai au XIXe siècle, que bien des sculpteurs confiaient à un praticien le soin de réaliser en marbre les œuvres dont ils avaient exécuté le modèle en terre cuite ou en plâtre. Rodin, en particulier, n’a jamais ou presque touché un marbre. Même si, dans l’inventaire de Versailles, la sculpture définitive se trouve sous le nom du praticien, elle est pourtant bien l’œuvre de Marie. C’est ainsi que Louis-Philippe lui-même, en l’inaugurant, la considérait.

Sous la direction de Anne Dion-Tenenbaum, Marie d’Orléans. Princesse et artiste romantique, Somogy Editions d’Art, 256 p., 32 €. ISBN : 978-2-7572-0165-7.


Catalogue tout à fait remarquable, qui équilibre parfaitement les essais, consacrés aux différents aspects de la carrière de Marie d’Orléans ainsi qu’à ses relations avec les artistes de son temps, et les notices des œuvres exposées.

Informations pratiques :Paris, Musée du Louvre (aile Richelieu, entresol). Ouvert tous les jours sauf le mardi de 9 h à18 h, nocturnes le mercredi et le vendredi jusqu’à 22 h. Tarif : accès avec le billet pour les collections permanentes : 9 euros (tarif plein), 6 euros (tarif réduit).

Site du Louvre.

Chantilly, Musée Condé, BP 70243, 60631 Chantilly Cédex. Tél : +33 (0)3 44 27 31 80. Ouvert tous les jours sauf le mardi de 10 h 30 à 18 h. Tarifs : 9 € (réduit : 7,50 et 3,50 €).

Site du Musée Condé

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