Mise en ligne d’une base de données des tableaux saisis en Belgique

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28/8/18 - Site internet - Nous en avions parlé avec Pierre-Yves Kairis de l’Institut Royal du Patrimoine Artistique lors de l’interview qu’il nous avait accordée : à la demande du gouvernement belge, un rapport sur les œuvres saisies en Belgique pendant la période révolutionnaire et emmenées en France avait été établi. Nous avions publié ce rapport que l’on peut donc trouver sur notre site en libre accès. Pour compléter ce travail, une base de données de ces œuvres a également été demandée à l’IRPA qui vient de la mettre en ligne ici.

Comme l’avait précisé dès l’origine Pierre-Yves Kairis, il était bien question de réaliser un inventaire scientifique et non une base de revendication. On sait en effet que certains politiciens belges n’hésitent pas, régulièrement, à exiger de la France la restitution d’œuvres [1].
Pierre-Yves Kairis, avec qui nous avons discuté également lors d’un débat sur notre site, consacré aux restitutions, est absolument opposé à cette idée. Il souligne d’ailleurs qu’un accord, certes tacite, mais réel, était intervenu en 1818 entre la France et le Royaume des Pays-Bas (qui comprenait alors la Belgique) pour figer la situation telle qu’elle se trouvait. Le travail qui vient d’être effectué contribue à expliquer cet accord : en réalité, il reste à peu près autant de tableaux saisis de Belgique en France qu’il y en eut envoyés par le Louvre au Musée de Bruxelles en 1802 et 1811. Aujourd’hui, l’inventaire démontre que sur 192 peintures et 3 sculptures emportées (dont la Madone de Bruges de Michel-Ange), 100 œuvres sont revenues en Belgique après la chute de l’Empire, 7 ont été renvoyées dans d’autres pays d’Europe (6 en Allemagne, à Mayence, et une à Milan), et seulement 64 sont aujourd’hui conservées en France, 24 étant aujourd’hui de localisation inconnue (sans doute en France). Dans le sens opposé, 70 tableaux furent envoyés du Louvre à Bruxelles comme la Mort de la Vierge de Nicolas Poussin ou La Présentation au temple de Philippe de Champaigne.

Il faut saluer l’important travail réalisé par l’IRPA qui objective ainsi les idées fausses qui peuvent circuler, et livre aux chercheurs un matériau essentiel pour mieux connaître les échanges entre le Royaume des Pays-Bas et la France pendant la période révolutionnaire. La base de données (que l’on peut aborder via son index, qui se trouve ici) est en effet complétée, grâce aux Archives Nationales, par des documents bruts : des centaines de pages d’archives avec les inventaires de l’époque ont ainsi été versées sur le site.

Le processus dangereux ouvert par Emmanuel Macron de restitutions aux pays africains (lire par ailleurs cette tribune d’Yves-Bernard Debies) risque sans aucun doute de réveiller les politiciens belges qui aimeraient récupérer des œuvres appartenant aujourd’hui à des musées français. Il faut espérer que ce travail scientifique permettra d’éviter de telles dérives.

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