Nombreuses découvertes au cabinet des dessins des Arts décoratifs

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24/3/19 - Découvertes - Paris, Musée des Arts décoratifs - Toutes les nouvelles en provenance des musées ne sont pas mauvaises. Il y a même, en ce moment, un véritable mouvement de renouveau qui touche de nombreux établissements, grâce à des conservateurs passionnés, conscients de leur mission de sauvegarder le patrimoine pour les générations futures. C’est par exemple le cas du Musée des Arts Décoratifs (nous ne pouvons nous résoudre à l’appeler par son acronyme MAD) et notamment de son cabinet d’art graphique.

Cette collection de dessins était un peu un mythe. On savait qu’elle était d’une richesse inouïe sans réellement y avoir accès. Depuis l’arrivée de Bénédicte Gady à sa tête, intelligemment recrutée par Olivier Gabet, le département revit. Les chercheurs s’y succèdent et attribuent des dessins, des grands cartons sont déroulés, les restaurations se multiplient, des acquisitions sont faites et les mécènes se pressent pour aider ce renouveau, une aide d’autant plus précieuse que le budget de cette institution en est largement tributaire. Une grande exposition, qui aura pour objectif de montrer un vaste échantillon du fonds, aura lieu entre mars et juillet 2020.


1. Maurice Denis (1870-1943) et Marguerite Huré (1895-1967)
Apothéose de Dominique Moreau-Nélaton entre saint Martin et saint Louis
Vitrail
Fère-en-Tardenois, église Saint-Macre
Photo : Amis de Maurice Denis
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Cette activité se traduit donc par des découvertes incessantes. Nous commencerons par un grand carton de Maurice Denis, préparatoire à un vitrail de l’église Saint-Macre de Fère-en-Tardenois (ill. 1). Celui-ci avait été commandé en 1923 par Étienne Moreau-Nélaton, le collectionneur et mécène bien connu, pour célébrer la mémoire de son fils unique Dominique, tué pendant la Première guerre mondiale à l’âge de 24 ans. On y voit un ange l’emmenant au ciel, entouré de saint Martin qui partage son manteau et saint Louis ayant à ses pieds deux soldats. L’œuvre finale fut exécutée par Marguerite Huré dont l’atelier avait été créé en 1920 [1].


2. Maurice Denis (1870-1943)
Apothéose de Dominique Moreau-Nélaton entre saint Martin et saint Louis
Carton - 450 (environ) x 236 cm
Paris, Musée des Arts décoratifs
Photo : Bénédicte Gady
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3. Maurice Denis (1870-1943)
Apothéose de Dominique Moreau-Nélaton entre saint Martin et saint Louis
Carton - 450 (environ) x 236 cm
Paris, Musée des Arts décoratifs
Photo : Didier Rykner
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Le carton avait été légué au Musée des Arts décoratifs par Étienne Moreau-Nélaton et vient donc d’être déroulé (nous ne pouvons en montrer des photos que par partie - ill. 2 et 3). Cette œuvre, en état moyen, a besoin d’une restauration fondamentale pour, à terme, être exposée. Les mécènes seront les bienvenus !


4. Boite à peinture de
François-Marius Granet
contenant les dessins de Léopold Hugo
Photo : Didier Rykner
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5. Boite à peinture de
François-Marius Granet
contenant les dessins de Léopold Hugo
Photo : Didier Rykner
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Signalons une autre découverte amusante : il s’agit d’une boite marquée d’un G, qui était la boite à peinture de François-Marius Granet (ill. 4), et qui contient un ensemble de dessins de Léopold Hugo, neveu de Victor Hugo. La boite porte la mention « donné à / Melle J. Duvidal / par Granet / Rome 1824 » (ill. 5). Julie Duvidal de Montferrier était peintre, femme d’Abel Hugo et mère de Léopold. Ce dernier dessinait, certes moins bien que son oncle mais certaines feuilles comme cette Tour aux corbeaux (ill. 6) évoquent les dessins de l’écrivain, tandis que d’autres ressemblent davantage à ceux de Baudelaire (ill. 7).


6. Léopold Hugo (1828-1895)
Tour aux corbeaux
Plume, lavis noir, crayon jaune
Paris, Musée des Arts décoratifs
Photo : Didier Rykner
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7. Léopold Hugo (1828-1895)
Julie Duvidal peignant
Plume, encre et lavis noir
Paris, Musée des Arts décoratifs
Photo : Didier Rykner
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Nous l’avons dit, la collection de dessins est énorme. Il y a davantage de feuilles au Musée des Arts décoratifs qu’au Louvre, même si bien entendu le contenu est fort différent. Si les dessins liés aux arts décoratifs et à la mode y sont majoritaires, avec certains artistes représentés par des fonds importants, on y trouve également beaucoup de feuilles relevant des « beaux-arts » tels que l’on pourrait les trouver dans les plus grands cabinets d’art graphique du monde. Nous avions, il y a quelques années, signalé ici des découvertes, dont un Parmigianino, effectuées par Timothy Clifford (voir la brève du 12/1/04) alors que le cabinet était très peu accessible.

Désormais, les chercheurs s’y succèdent et y sont plus que bienvenus. C’est ainsi que ces derniers jours, trois feuilles (ce n’est qu’un échantillonnage) inédites ont pu être identifiées et seront sans doute incluses dans l’exposition à venir.


8. Charles de La Fosse (1636-1716)
Projet de plafond
Plume, encre brune, gouache - 44,3 x 36,5 cm
Paris, Musée des Arts décoratifs
Photo : Didier Rykner
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- un projet de plafond de Charles de La Fosse (ill. 8) a été attribué par Bénédicte Gady (dont on se rappelle qu’elle avait été commissaire d’une exposition sur ce sujet au Louvre - voir l’article).


9. Friedrich Sustris (vers 1540-1599)
Projet de nef
Plume, encre brune, lavis brun - 37,2 x 41,8 cm
Paris, Musée des Arts décoratifs
Photo : Didier Rykner
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- Éric Pagliano a pu attribuer un dessin (ill. 9) représentant une nef, probablement un projet pour un objet d’orfèvrerie, de Friedrich Sustris, le fils de Lambert Sustris.


10. Amico Aspertini (1474-1552)
Marcus Curtius se jetant dans le gouffre
Plume et encre brune - 27 x 19 cm
Paris, Musée des Arts décoratifs
Photo : Didier Rykner
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- Nicolas Schwed a trouvé une feuille d’Amico Aspertini (ill. 10), peintre bolonais du XVIe siècle, figurant Marcus Curtius se jetant, avec son cheval, dans le gouffre qui s’ouvre sur le forum romain et qui ne pouvait se refermer que lorsque Rome y aurait jeté ce qu’elle avait de plus précieux.


11. Italie, XVIe siècle
Projet d’éventail
Plume, encre brune, lavis brun - 27 x 54 cm (environ)
Paris, Musée des Arts décoratifs
Photo : Didier Rykner
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12. Italie, XVIe siècle
Projet d’éventail
Plume, encre brune, lavis brun - 27 x 54 cm (environ)
Paris, Musée des Arts décoratifs
Photo : Didier Rykner
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Encore une fois, il ne s’agit ici que d’exemples parmi d’autres, et un très grand nombre d’œuvres restent à identifier. C’est le cas, parmi des centaines, voire des milliers d’autres, de ces deux très beaux projets d’éventails (ill. 11 et 12), de l’école italienne du XVIe siècle.

Le cabinet des dessins du Musée des Arts décoratifs s’est également enrichi grâce à des acquisitions qui feront l’objet d’une prochaine brève.

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