Expositions Picasso à Paris et à Montpellier

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« Guernica » , Paris, Musée Picasso, du 27 mars au 29 juillet 2018.
« Picasso - Donner à voir 14 moments clés », Montpellier, Musée Fabre, du 15 juin au 23 septembre 2018.

1. Pablo Picasso (1881-1973)
Guernica, 1937
Huile sur toile - 349,3 x 776,6 cm
Madrid, Museo Reina Sofia
Photo : Museo Reina Sofia
© Succession Picasso, 2018
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La multiplication des expositions Picasso va sans doute finir un jour par occasionner un sentiment de lassitude. Nous avouons volontiers que découvrir régulièrement un nouveau projet nous agace parfois. Il n’empêche. Il n’empêche que là où peu d’artistes pourraient survivre à un tel déferlement, Picasso a ceci d’extraordinaire que son œuvre réserve toujours des surprises, et que, quand les commissaires d’exposition ont du talent, ces expositions résistent à ce trop plein. C’est le cas, par exemple, de celle consacrée à « Guernica » organisée par le Musée Picasso à Paris, et de celle qui s’apparente à une rétrospective au Musée Fabre de Montpellier.

Il faut se dépêcher pour voir « Guernica » à Paris car l’exposition se termine dans deux semaines. Voir « Guernica » et non voir Guernica. Le tour de force, est en effet de réussir à tout dire sur cette toile mythique en son absence puisqu’elle ne peut désormais plus quitter le Museo Reina Sofia à Madrid qu’elle a rejoint en 1992. Chaque aspect de l’œuvre est abordé dans une chapitre de l’exposition et l’ensemble constitue une véritable leçon d’histoire de l’art.

Le parcours commence avec une section dédiée à l’iconographie de l’œuvre, puis rappelle le contexte de sa création, la guerre civile espagnole et les sources visuelles qu’utilise le peintre pour réaliser son tableau, tant celles extérieures - Poussin notamment et son Massacre des Innocents comme le rappelait récemment une exposition du Musée Condé (voir l’article) - que l’œuvre propre de Picasso et notamment ses tableaux en rapport avec la tauromachie et la Minotauromachie. Certes, tout cela est largement connu, mais l’intelligence de l’exposition, apppuyée par un excellent catalogue, apporte réellement quelque chose.
Travaillant à un projet pour l’Exposition international des Arts et Techniques qui doit se dérouler à Paris, l’artiste changea complètement son projet après le massacre de Guernica, petite ville basque qui devient le symbole, grâce à cette œuvre, de la barbarie nazie avant même le début de la Seconde guerre mondiale. Tout cela est également finement analysé.

Les liens avec Dora Maar, qui documenta par la photographie l’élaboration de l’œuvre et qui inspira la série des Femmes qui pleurent, sont ensuite traités dans les sections suivantes, avant que la destinée du tableau, qui devint un véritable instrument de propagande circulant à travers le monde, conclut l’exposition. Après avoir été conservée au Museum of Modern Art à New York, la fin de Franco permit son retour définitif à Madrid.

Au Musée Fabre, l’exposition vient de commencer. Plutôt que de s’attacher à un seul aspect de l’œuvre de Picasso, il s’agit au contraire de scander sa carrière, du début à la fin, en quatorze sections qui sont autant de ruptures. L’exercice, remarquablement mis en valeur par la scénographie, est fascinant car il donne à voir, côte à côte parfois ou dans des perspectives savamment agencées, des œuvres qui ne sont séparées que de quelque mois, voire qui sont peintes quasiment simultanément, et qui pourtant relèvent d’une esthétique et d’influences très différentes.


2. Pablo Picasso (1881-1973)
Autoportrait, 1896
Huile sur toile - 33 x 24 cm
Barcelone, Museu Picasso
Photo : Didier Rykner
© Succession Picasso, 2018
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3. Pablo Picasso (1881-1973)
Femme repassant, 1901
Huile sur toile montée sur carton - 50 x 26 cm
New York, Metropolitan Museum of Art
Photo : Didier Rykner
© Succession Picasso, 2018
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Le parcours commence par la formation du peintre à Barcelone avec plusieurs œuvres conservées au Museu Picasso de cette ville, dont un Autoportrait (ill 2), tandis que la deuxième section ne pâtit pas vraiment de l’exposition prochaine au Musée d’Orsay sur les périodes bleues et roses qui a interdit certains prêts. Il ne s’agit pas en effet dans cette exposition de s’attarder sur telle ou telle période de l’art de Picasso, mais de montrer la manière dont celui-ci évolue. Notons ainsi le prêt par le Metropolitan Museum de la très belle Femme repassant (ill. 3), tandis que la section suivante, « 1906, Arcadie et archaïsme », montre une œuvre provenant d’une collection particulière, peu connue, Jeune garçon à cheval (ill. 4) où se mêlent les influences de Gauguin et de Puvis de Chavannes dont on sait qu’il marqua fortement Picasso.


4. Pablo Picasso (1881-1973)
Jeune garçon nu à cheval, 1906
Huile sur toile - 55 x 38 cm
Collection particulière
Photo : Didier Rykner
© Succession Picasso, 2018
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5. Vue de l’exposition Picasso - Donner à voir
Photo : Didier Rykner
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L’intelligence de la mise en scène se note par exemple dans la perspective (ill. 5) qui permet d’admirer en même temps la Femme au peigne du Musée de l’Orangerie, que l’on peut rattacher à la période rose, et Femme aux mains jointes, une étude pour les Demoiselles d’Avignon du Musée Picasso. La première date de l’été-automne 1906, la seconde du printemps 1907.
Une autre confrontation particulièrement stimulante se voit un peu plus loin avec un mur entier consacré aux années 1920-1925. Là encore, l’incroyable vigueur du peintre, qui essaye tout et ne se repose jamais sur une seule manière est visible grâce à des œuvres proches dans le temps et pourtant de styles très différents.


6. Pablo Picasso (1881-1973)
Nature morte à la chaise cannée, 1912
Huile et toile cirée sur toile encadrée de corde - 29 x 37 cm
Paris, Musée Picasso
Photo : Didier Rykner
© Succession Picasso, 2018
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L’exposition s’appuie en grande partie sur les collections du Musée Picasso (on y voit par exemple certaines icônes telles Nature morte à la chaise cannée (ill. 6), La Flute de Pan ou Arlequin musicien) mais pas seulement. Certains prêts ont été rarement vus, voire jamais. Ainsi, outre deux tableaux de collections privées qui sont de véritables découvertes - dont l’ill. 4 -, on peut voir des toiles importantes provenant des États-Unis, parmi lesquelles trois venant de la collection de David Nahmad. Mais on sort, là, de la période traitée par La Tribune de l’Art qui s’arrête à la fin des années 30. Picasso reviendra néanmoins bientôt sur le site, à propos de l’exposition du Palais-Lumière, à Évian, dédiée au thème du Minotaure.


Commissaires : Émilie Bouvard et Géraldine Mercier (Guernica) ; Michel Hilaire et Stanislas Colodiet (Picasso - Donner à voir).


Sous la direction d’Amélie Bouvard, Guernica, Gallimard, 2018, 320 p., 42 €. ISBN : 9782072776243.


Sous la direction de Michel Hilaire et Stanislas Colodiet, Picasso. Donner à voir, Bernard Chauveau, 2018, 360 p., 42 €. ISBN : 9782363062512.


Informations pratiques : Musée Picasso, 5 rue de Thorigny, 75003 Paris. Tél : +33 1 85 56 00 36. Ouvert du mardi au vendredi de 10 h 30 à 18 h 00, les samedi et dimanche de 9 h 30 à 18 h. Tarif : : 12,50 € (réduit : 11 €).
Site internet du Musée Picasso.

Musée Fabre, 39, bd Bonne Nouvelle, 34000 Montpellier. Tel : +33 (0)4 67 14 83 00. Ouvert du mardi au dimanche de 10 h à 18 h. Tarif : 10 € (réduit : 9 €).
Site internet du Musée Fabre.

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