Plusieurs œuvres de Maurice Denis mises en vente à Drouot

1. Maurice Denis (1870-1943)
Annonciation à Fiesole (aux chaussons rouges), 1898
Huile sur toile - 78 x 117 cm
Vente Drouot, 12 février 2014
Photo : Beaussant Lefèvre
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11/2/14 - Marché de l’Art - Paris - Maurice Denis passera sous le feu des enchères, demain, à Drouot : Beaussant-Lefèvre met en vente [1] six de ses œuvres [2] dont cinq sont issues de l’ancienne collection de Gabriel Thomas (1854-1932), financier injustement oublié qui joua un rôle majeur dans le développement du Musée Grévin, l’achèvement de la Tour Eiffel, et la construction du théâtre des Champs-Élysées. C’était aussi un grand amateur d’art qui avait réuni un ensemble aujourd’hui dispersé de toiles de Berthe Morisot (sa cousine), de Manet, Vuillard, Flandrin... et surtout de Maurice Denis dont il posséda une centaine d’œuvres, parmi lesquelles la fameuse série de L’Éternel Printemps qu’il lui avait commandée pour la salle à manger de sa maison à Meudon.

Un des thèmes chers à l’artiste est l’Annonciation. La version qu’il a peinte à Fiesole en 1898 (ill. 1) alors qu’il séjournait dans la villa Papiniano louée par Ernest Chausson dans les hauteurs de Florence, trahit l’influence de Fra Angelico. Il met en scène l’annonce de l’incarnation dans un cadre réel, la terrasse de la villa donnant sur un vaste paysage toscan, et n’hésite pas à faire une entorse à la tradition iconographique en plaçant la Vierge à l’extérieur et en représentant l’archange Gabriel sous l’apparence d’un prêtre accompagné d’enfants de chœur, comme il l’a déjà fait. Les tons doux de la composition sont rehaussés par les touches rouges des chaussons de la Vierge et des aubes des enfants. Ce tableau qui fut acheté par Denys Cochin avant d’appartenir à Gabriel Thomas, comporte au verso une esquisse pour Marthe et Marie, peinture de 1896 aujourd’hui conservée à l’Ermitage.


2. Maurice Denis (1870-1943)
La Résurrection de Lazare, 1919
Huile sur toile - 130 x 160 cm
Vente Drouot, 12 février 2014
Photo : Beaussant Lefèvre
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3. Maurice Denis (1870-1943)
La Résurrection de la fille de Jaïre, 1921
Huile sur toile - 75 x 104 cm
Vente Drouot, 12 février 2014
Photo : Beaussant Lefèvre
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Deux autres peintures de 1919 et 1921 illustrent deux résurrections : celle de Lazare et celle de la fille de Jaïre. La première (ill. 2) se déroule là encore dans un paysage réel : les carrières de granit rose de Ploumanac’h à Perros-Guirec dont Denis a d’ailleurs réalisé plusieurs dessins. La lumière du crépuscule qui délimite le jour et la nuit, les ténèbres et la résurrection est le sujet de cette œuvre qui fut présentée en 1920 à l’Exposition d’art chrétien moderne au Pavillon de Marsan à Paris. Les critiques admirèrent l’économie de moyens du peintre « juste ce qu’il faut de signes extérieurs pour exprimer l’intensité de la vie intérieure » [3]. Denis reprit cette œuvre en 1922 pour la fresque de la chapelle du Prieuré à Saint-Germain-en-Laye, dans une composition réduite et inversée. Quant à la Fille de Jaïre (ill. 3), elle intéressera peut-être le musée d’Orsay qui conserve trois croquis pour cette composition.

4. Maurice Denis (1870-1943)
Le Christ aux enfants et la drachme du Tribut, au Yaudet, 1922
Tempera à l’œuf sur toile - 80 x 129 cm
Vente Drouot, 12 février 2014
Photo : Beaussant Lefèvre
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Le Christ aux enfants et le drachme du tribut au Yaudet (ill. 4) est un tableau a tempera réalisé en 1922. Le peintre illustre deux épisodes de l’Évangile de Matthieu qu’il situe dans le paysage de Yaudet à Ploulec’h : à droite, Pierre a péché un poisson à la demande du Christ, dans lequel il trouve deux drachmes, de quoi payer le tribut exigé [4]. À gauche, Jésus se tient debout, il fait venir à lui un enfant et clame « si vous ne changez pas et ne devenez pas comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. » [5]. L’artiste semble s’inspirer directement de la fresque de Masaccio Le Tribut de saint Pierre qui orne la chapelle Brancacci dans l’église Santa Maria del Carmine à Florence (1424-1427).

5. Maurice Denis (1870-1943)
Le Choeur, 1912
Sanguine, fusain et craie blanche sur papier contrecollé
sur papier avec mise aux carreaux - D. 122 cm
Vente Drouot, 12 février 2014
Photo : Beaussant Lefèvre
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Enfin, une superbe esquisse de Chœur (ill. 5) attirera, espérons-le, les conservateurs du Musée Carnavalet ou du Musée Maurice Denis. Cette étude à mi-grandeur est préparatoire à l’un des médaillons de la coupole du théâtre des Champs-Élysées à Paris. Le décor, qui évoque l’histoire de la musique, fut commandé par Gabriel Thomas en 1910 et achevé en 1912 : quatre panneaux représentent L’Orchestique grecque, L’Opéra, La Symphonie, Le Drame lyrique, séparés par des tondi illustrant L’Orchestre, Le Chœur, La Sonate et L’Orgue. Le Musée Maurice Denis conserve deux études antérieure et postérieure à ce dessin : la première est plus petite, la seconde est à échelle d’exécution. Maurice Denis a su ici trouver « l’union intime entre la forme grecque et l’esprit chrétien » [6].

Gabriel Thomas, qui fit en outre appel à Bourdelle pour le théâtre des Champs-Élysées, possédait lui-même des œuvres du sculpteur, le célèbre Héraklès archer notamment, mais aussi une épreuve en plâtre de la Bacchante aux raisins (1907) que Beaussant et Lefèvre mettent en vente, dédicacée au ministre Louis Barthou. Le modèle rencontra un certain succès et Bourdelle en offrit plusieurs versions en plâtre.

La vente comprend aussi des œuvres importantes qui n’ont pas appartenu au financier. On retiendra trois Vlaminck, deux huiles et une gouache saisissant des cieux agités : Ciel rouge sur les usines, Hiver sur le hameau et Nuages sur le village.

Bénédicte Bonnet Saint-Georges

Notes

[1Vente mercredi 12 février 2014 à 15 h à Drouot, salle n° 5.

[2Celle qui n’est pas issue de la collection de Gabriel Thomas s’intitule Santa Reggina, 1921, huile sur carton estimée 15 à 20 000 euros.

[3La Gazette des Beaux-Arts, citée dans le catalogue de vente Beaussant Lefèvre.

[4Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu, chapitre 17, versets 24 à 27 : « Lorsqu’ils arrivèrent à Capharnaüm, ceux qui percevaient les deux drachmes s’adressèrent à Pierre, et lui dirent : Votre maître ne paie-t-il pas les deux drachmes ? Oui, dit-il. Et quand il fut entré dans la maison, Jésus le prévint, et dit : Que t’en semble, Simon ? Les rois de la terre, de qui perçoivent-ils des tributs ou des impôts ? de leurs fils, ou des étrangers ? Il lui dit : Des étrangers. Et Jésus lui répondit : Les fils en sont donc exempts. Mais, pour ne pas les scandaliser, va à la mer, jette l’hameçon, et tire le premier poisson qui viendra ; ouvre-lui la bouche, et tu trouveras un statère. Prends-le, et donne-le-leur pour moi et pour toi ».

[5Matthieu, XVIII, 1-6.

[6Maurice Denis, cité dans le catalogue de vente.

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